Les trois assassins couraient en silence sous les épaisses frondaisons de la forêt elfique, écartés de plusieurs dizaine de mètres l´un de l´autre. Le sol était couvert de feuilles mortes qui craquaient sous leurs pas. Mais qu´importe, les fuyards se savaient suivis. Llavam peinait à tenir le rythme de ses frères car il n´était pas encore habitué à autre chose qu´aux terres-cendre de Vvardenfell. Il parvenait cependant à se maintenir à la hauteur de Sarah qui, elle, laissait un peu d´avance à Yenammu qui décidait du chemin à suivre.
Déjà les rayons du soleil ne parvenaient plus à traverser les vastes ramures des arbres et la pénombre gagnait rapidement du terrain concédant ainsi un avantage certain aux agents de la Morag Tong, parfaitement entraînés à opérer dans le noir le plus complet. Moins d´une heure plus tard, alors que la nuit venait de s´installer, les trois dunmers rattrapèrent leur cible. Celle-ci avait trouvé refuge au sommet d’une colline caillouteuse que les assassins commencèrent à gravir rapidement et sans bruits. Soudain une voix perça les ténèbres :
« Ils sont trois, ils arrivent par le versant nord.
- Vous les voyez peut-être mais pas moi, répondit une grosse voix rageuse.
- Bien, reprit la première voix, je vais faire de la lumière pour que vous puissiez vous défendre. De toute façon ils doivent être capables de se battre aussi bien dans la nuit qu´à la lumière. »
Les derniers mots finirent à peine de se perdre entre les arbres que, soudain, la colline et ses alentours furent éclairé d’une vive lueur verte.
Surpris, les trois assassins stoppèrent leur course puis, comprenant qu´il s’agissait d´un sortilège, reprirent l´ascension de plus belle. Ils adoptèrent une formation plus serrée, Sarah sur la gauche, Yenammu au centre et Llavam à droite. L´orc, au sommet de la colline, sortait sa hache et resserrait les sangles de son armure. Pendant ce temps, le mage les regardait courir, attendant patiemment le moment opportun pour entrer en action. Ce moment ne tarda pas et, trente secondes plus tard, il tendit la main vers la petite formation qui accélérait encore sa course. Des crépitements se firent entendre, puis des étincelles apparurent au bout des doigts de l´enchanteur. Un éclair jaillit de sa main et vint frapper de plein fouet Yenammu qui fut projeté en arrière avec violence. Sarah vit son corps désarticulé dévaler la colline, entraînant dans sa chute des masses de gravas. Le cadavre finit sa course contre un arbre où il fut encore agité de quelques soubresauts avant de s´immobiliser pour toujours.
Aussitôt, Llavam et Sarah se jetèrent chacun derrière de gros rochers dans l´espoir d´échapper au mage et à la pluie de feu qui dévalait maintenant la colline. Lorsque Sarah redressa la tête, durant une petite accalmie, elle se tourna vers le bloc de pierre qui abritait, il y avait une minute encore, son frère. Celui-ci avait disparu et de son abri il ne restait q´un tas de pierres éclatées, dispersées sur une importante surface. Tout était calme, plus un bruit ne se faisait entendre. L´orc demanda alors au mage :
« Ils sont tous morts ?
- Je suis sûr d´en avoir tué un.
- Et les autres alors !? Je vous paye en bon or pour que vous m´en débarrassiez, pas pour vous voir inonder de flammes une forêt !
- Patience. Si les deux autres ne sont pas morts, ils ne tarderont pas à sortir. »
Sarah glissa un bref regard vers le sommet de la colline. Le sol était calciné, rien n´avait résisté à l´enfer déchaîné par l´homme en robe grise quelques minutes auparavant. S´il la trouvait, elle mourrait. Une vingtaine de mètres la séparait des deux hommes et jamais elle ne parviendrait à parcourir cette distance sans que le mage ne la repère. Il lui fallait faire diversion. Son regard parcouru la zone en quête d´une échappatoire. Le tas de gravas qui avait servi de cachette à Llavam lui donna une idée. Lentement, elle se concentra et, usant d´un des seuls sortilèges qu´elle connaissait alors, elle déplaça quelques pierres, faisant de son mieux pour attirer l´attention du mage. Celui-ci fut prompt à repérer le mouvement et arrosa les rocs de sorts de destruction. Sarah saisit sa chance. Elle bondit hors de sa cache, une dague à la main. Sa main fit un geste rapide en direction du sorcier et la dague s´envola, fendant les airs. Bien sûr, il était absolument impossible de lancer ce genre d´arme de manière efficace sur une distance supérieure à dix mètres… Fatalement, à mi-parcours, la dague commença à perdre de la vitesse et à se rapprocher du sol. Le mage avait aperçu la tueuse du coin de l´oeil et dirigeait déjà sa main dans sa direction. Sarah utilisa alors intégralement le peu d´énergie magique dont elle disposait et fit repartir la dague grâce à son sort de télékinésie. La lame, mut par la force de l´esprit, repris sa course droit vers la poitrine du magicien qu´elle atteignit avec une rapidité bien supérieure à celle normalement obtenu avec un lancer à la main. L´homme en robe s´effondra en essayant, en vain, de marmonner une dernière incantation.
L´orc regarda Sarah puis poussa un hurlement de rage et de frustration. Son hurlement fut étouffé par le jaillissement de sang qui noya sa gorge. Il s´effondra dans un fracas de métal, laissant apparaître Llavam qui nettoyant sa dague.
Avant de partir, les deux assassins retournèrent voir le corps de leur frère pour faire disparaître toutes traces de son affiliation avec la Morag Tong. Le corps du cendrais était dans un piteux état. Sa cuirasse de cuir avait était détruite et son torse déchiré par la décharge magique. Son cadavre était noirci et aussi flasque que celui d´un pantin abandonné par son marionnettiste.
« Les bêtes s´occuperont de faire disparaître les cadavres pour nous, laissa tomber Sarah. Nous partons. »
Elle n´avait jamais revu Llavam mais avait, l´une ou l´autre fois, entendu parler de contrat qu´il avait mené avec brio.
Quoi qu´il en soit, depuis ce jour, elle s´efforçait d´apprendre les rudiments de la magie pour ne plus être prise au dépourvu par une telle puissance. Cependant, privilégiant ses capacités physiques, ses pouvoirs de mage se résumaient à peu de choses : nul en guérison, nul en mysticisme, nul en destruction, nul en invocation, médiocre en altération et passable en illusion. Au moins savait-elle à quoi elle avait à faire lorsqu´elle se retrouvait face à un mage...