Je n'en peux plus.
Je n'en peux plus d'être seul. Absolument seul.
Il est deux heures passées et je suis seul. Seul avec du métal symphonique dans les oreilles, à m'enivrer de voix féminine et de méloies puissantes, comme depuis le début de la journée, comme depuis le début des vacances, comme depuis le début du Début !
Il est deux heures et je suis seul, il est deux heures et je n'ai rien fait de ma journée ; il est mercredi et je n'ai rien fait de mes vacances... Il est quinze ans et je n'ai rien fait de ma vie !
Il est deux heures, mercredi, quinze ans, et je suis seul !
Il n'y a personne dans ma chambre, il n'y a personne dans ma maison ; il n'y a personne sur ce topic, il n'y a personne dans ma liste de contacts... Il n'y a personne sur le net, il n'y a personne sur Terre !
Je suis seul. Personne à droite, personne à gauche, personne sous terre - à part deux grands-pères que j'ai vaguement cotôyés sans les connaître -, et personne au ciel !
Nieztsche a dit, et je le redis : " Dieu est mort !", Sartre a dit, et je le redis : " Je crois aisément au rire sain de l'homme défiant un Dieu qui n'existe pas. Je crois aussi que, passé minuit, l'impterinent dût sentir sur ses épaules la terrible amertume de ceux qui ont raison "... je crois, enfin je pense, étant donné que je ne crois plus. Impossible de vérifier, Sartre est mort, et Nietzsche aussi : je suis seul !
Je sens l'amertume prédite par Sartre et par moi-même, passé minuit. Seulement, il est deux heures passées, et cette amertume est encore plus forte, car je suis seul.
Je suis seul. J'ai toujours été seul. Je n'ai jamais pu compter sur personne, je n'ai jamais aimé personne. J'ai cru aimer, à une certaine époque. Mais je n'ai pas aimé. Et je n'aime toujours pas. Et je n'aimerai-je un jour ? Certainement pas, car il n'y a personne, et car je suis seul !
Seul ! Seul depuis que je me suis levé ce midi, seul, seul depuis que j'ai commencé ces vacances, seul, seul, seul depuis que je suis né !
Je suis seul, alors je reste, là, seul, seul, seul, tout seul, à écrire. Je reste seul, à écrire quelque chose, ni récit, ni poème... je reste seul, à écrire quelque chose qui n'est rien !
Je reste seul à écrire rien que personne ne lira car je suis seul.
Je suis seul, alors j'écris un rien qui s'étend en longueur, un néant dévorant, je suis seul et ce rien a l'ampleur de ma solitude ! Je suis seul, etm on rien sera un message trop long, et je devrais poster un premier message qui restera seul.
Je suis seul, et mon premier message, mon premier rien, restera seul, et il est seul, le néant solitaire de la solitude !
Mon rien est seul, et les paragraphes dont il est formé sont seuls, sans liens avec les autres ! Et les mots qui forment les paragraphes essaulés du rien solitaire sont seuls également, et je suis seul, je suis tout seul !
Et je suis seul, et les mots solitaires et esseulés le sont aussi, ils sont seuls, je suis seul, tout est seul !
Et tout est seul, les lettres sont seules, seules, le s est seul, le e est seul, le u est seul, le l est seul !
Je suis tout seul, et tout est seul.
Et j'écoute du métal symhonique.
Et je m'emplis les oreilles de métals symphonique, je m'enivre pour oublier ma solitude.
Et mon rien est seul, et les paragraphes qui forment son néant sont seuls, et les mots des strophes solitaires du non-poème sans vers sont seuls, et leurs lettres esseulés sont seules, et tout est seul !
Et j'écoute du métal symphonique, et j'augmente le son solitaire, en espérant, puisque sans Dieu et sans femme, sans foi et son amour, il faut bien espérer !
Je suis seul, et j'écoute du métal symhphonique en espérant que la voix féminine me fasse oublier ma solitude, et mon manque d'amour, et ma solitude amoureuse, et la solitude de mon amour qui n'existe pas !
Tout est seul, les mélodies puissantes sont seules, et, seul, je les écoute résonnent dans ma solitude, en espérant, en espérant rien. Ou si peu. Mon seul espoir, dans ma solitude, est que cette puissance solitaire me fasse oublier, à moi qui suis seul, mon apathie incurable et solitaire.
Je suis seul. Tout est seul. Je suis tout. Je ne suis rien.
Le rien est seul, car tout est seul. Tout est rien, rien est tout !
Alors, tout seul, je ris d'un rire solitaire. Pourquoi ? Ma seule raison de rire est le fait que je sois seul !
Alors oui, je suis seul, tout seul, seul, seul seul, seul ! Et j'en ris ! Et j'écoute du métal symphonique !
Et il est deux heures et demies, et je suis toujours seul !
Et le métal symphonique s'arrête, et je lance une nouvelle playlist d'un nouveau groupe, et j'entame un nouveau chapitre de solitude !
Je suis seul. Je suis tout seul ici, je suis tout seul partout, tout est seul ici, tout est seul partout, je suis tout, ici est partout.
Et j'écoute du métal symphonique en étant seul.