C'est la deuxième fois ce mois-ci que je foire un C/C
Le chapitre 
Chapitre 8 : Coup d'état
J'avais raison d'être sur mes gardes. Les démons sensoriels que j'invoque en permanence dans la ville m'ont finalement été utiles...
Par chance, à cause du chaos, il n'y a pas de gardes, et je franchis les portes sans perdre de temps.
A peine suis-je entré qu'un bâtiment s'effondre, près de moi.
Et vers moi.
Je courre le plus vite possible et me met hors de portée de la maison, quoique des éclats de tuiles viennent percuter ma veste.
Cette veste aussi, j'ai bien fait de la garder avec moi.
Je regarde le bâtiment effondré et y vois quelque chose bouger, à travers la fumée. Comme je le pensais, cet accident que j'ai évité n'était pas un simple hasard.
Je commence à réciter quelques vers de ma composition quand un démon fin et musclé sort de la fumée, jaillissant vers moi. Je fais deux pas sur le côté et pendant qu'il continue d'avancer, n'ayant pas le temps de s'arrêter le touche de ma paume gauche.
Une paume cachée par mes longues manches, qui se révèle pourvue d'un pentacle.
-Fierrarë~ty.
Pour ceux qui ne connaîtraient pas le démonique courant – aussi appelé runique –, ces mots signifient "Enflamme-toi". Et c'est exactement ce que fait le démon. Son esprit sort alors du tas de braises, sous forme d'un nuage noir. Il fond sur moi et tente de me posséder, mais les protections magiques érigées autour de moi l'en empêchent. Il finit par disparaître, tandis que je reprends ma course d'un pas pressé.
Si un démon a pu m'arrêter en si peu de temps, c'est que j'arrive déjà en retard.
Je n'ai pas le temps de m'occuper des gens blessés par les démons. J'arrive rapidement devant les immenses portes dorées du palais. Il est intact, et trois démons se trouvent devant.
Comme je m'y attendais.
Dès qu'ils me voient, ils foncent sur moi avec une hargne toute particulière. Mais ils font une erreur basique : ils m'attaquent tous les trois de front.
Après avoir psalmodié une seconde fois, le tends ma paume, à nouveau.
-Aura~fierra nïr.
"Mur de feu spirituel". Le monde des démons et celui des humains ont deux points communs : la magie, et l'esprit – ou aura, pour les puristes. Quand les démons arrivent au niveau du mur bleu transparent que j'ai créé à deux mètres de moi, leurs corps tombent inertes. Cette fois, pas de fumée noire qui en sorte.
"Il" a été trop confiant, il n'a pas verrouillé les portes du palais. Je n'ai donc qu'à les pousser pour entrer.
Je vais immédiatement vers la salle principale. En entrant, je regarde les murs, le sol et le plafond. Aucun pentacle ne semble y être tracé. A l'exception d'un, au fond de la pièce, devant le trône du roi.
Et il s'y tient la personne à qui il revient le temps qu'un nouveau roi soit désigné. La personne que je m'attendais à trouver. Et cette personne me lance un regard assassin.
Je me retrouve enfin devant le ministre.
-Toi... Dit-il. Qu'est-ce que tu viens faire là ?
Je soutiens son regard.
-Ne faites pas semblant. Je sais parfaitement que c'est vous qui avez lâché les démons dans la ville. Comme vous l'avez fait il y a sept ans.
Il esquisse un sourire dont je ne saurais donner le sens.
-Qu'est-ce qui te fait dire que c'était moi, ce jour là ?
-L'état du palais, d'attaque en attaque. Et lorsque je suis venu au chevet du roi, mes yeux étaient déjà sensibles à la magie. Et j'ai vu une fine lumière entourer le cadavre du roi. Or, aucune intervention magique n'avait été faite sur lui.
Le ministre fronce les sourcils et se lève.
-Tout le monde n'aurait pas deviné à ta place. On dirait que je vais devoir te prendre au sérieux...
Il fait alors une chose que je n'avais pas prévue : il s'écarte du pentacle tracé au sol et s'avance vers moi. Alors que trois mètres nous séparent, il sourit, et une tâche gris foncé commence à remonter le long de son avant-bras.
-Tu n'es pas le seul à utiliser des démons. Seulement, moi, je sais le cacher à ce peuple effrayé d'un rien !
Je me doute qu'il fait allusion à mon œil rouge que je tiens d' Abron.
-Vous êtes l'hôte d'un démon ?
Il crache par terre.
-Et puis quoi, encore ! Ces démons sont morts, j'ai simplement pris la source magique qui coulait encore dans leur corps, pour que leur magie se créée en moi !
Il a réussi à faire un transfert de magie ? Il s'agit d'une technique de siècles perdus...!
Et il a parlé de plusieurs démons. Il doit avoir un grand pouvoir.
Je laisse ma veste tomber au sol, dévoilant un pentacle sur mon ventre. Je me suis marqué au fer rouge il y a des années pour que ce pentacle reste. Il a plus de runes qu'un pentacle ordinaire. Ces runes m'évitent d'avoir à réciter un texte qui introduise ma formule.
Et au centre du pentacle, d'autres runes ciblent mon démon favori.
-Hanova...
Un nuage de fumée m'entoure, ainsi qu'un immense serpent fini par un masque étrange. En mêlant mon âme à la sienne un court instant, j'apprends que les deux étrangers vont intervenir dans la ville. J'espère qu'ils vont se débarrasser des démons à l'extérieur...
Abron serpente alors droit vers le ministre, qui élance sa main en avant. Celle-ci se transforme en une pince à trois branches, qui s'avèrent être des lames pointues. Agile comme un serpent, mon démon l'évite, avant de ramener sa queue en avant. Mais il s'avère que la seconde main de notre adversaire peut faire la même chose. Cette fois, trois entailles laissent couler du sang de sa queue.
Je m'élance alors, la main droite en avant. J'ai eu le temps de faire mon introduction.
-Rekhyt !
Ce mot signifie répulsion. Mais le ministre bondit par-dessus moi, transformant ses jambes en affreux ressorts organiques.
Mais je sourie, le poing gauche toujours fermement fermé. Moi et Abron tournons autour de l'homme jusqu'à ce que moi, le démon et ma veste forment un triangle.
Avant de poursuivre, je dois savoir quelque chose.
-Et la princesse ? Lâché-je après un silence.
Il prend une mine renfrognée.
-Tais-toi. Ne l'implique pas là-dedans.
Oh ça non, je ne suis pas enclin à me taire !
-Vous l'avez faite assassiner minablement, comme son père ?
-Je t'ai dit de la fermer, misérable gardien ! S'exclame-t-il sans retenue. C'est la dernière personne que je ferais souffrir ! Si j'ai tué le roi, c'est car sa mort était inévitable pour que ma prise de pouvoir se passe bien ! Quant à la princesse, j'ai utilisé un sort qui la redirigeait vers un lieu sûr quand elle tentait de rentrer au village. Elle ne reviendra pas, et tant mieux pour elle !
Alors elle est en vie ?... C'est un soulagement. Cependant, en tant que gardien, c'est mon devoir de la ramener au trône. Par où commencer ? Le monde est vaste...
-Il est peut-être temps de quitter l'Établi... Marmonné-je.
-Qu'est-ce que tu dis ?
-Rien, rien. Dans tous les cas, vous êtes un gène pour cette ville. Et en tant que gardien...
J'ouvre alors lentement ma paume gauche, tandis qu'Abron ouvre une de ses pattes atrophiées à trois griffes. Le ministre y reconnaît trop tard des pentacles particuliers, et se trouve enfermé par des murs magiques créés par nos deux pentacles, plus celui qui était dissimulé dans les plis de ma veste, derrière lui.
On appelle cet arcane des pentacles delta.
De ma main droite, je sors de ma poche une clochette. Je la tend en direction de ma main gauche.
-Y reb se ty gro.
Au vu de l'expression, le ministre n'a pas dû comprendre ce que j'ai dit. J'imagine donc que vous non plus... "Mon objet est ta prison". Une phrase toute simple, mais, grâce à sa précision, de l'efficacité d'une phrase habilement tournée.
Tandis que l'homme hurle – de peur ou de douleur, je ne sais pas, il faudrait que je tente d'arracher mon âme de mon corps un jour –, mon œil devenu bleu me permet de voir la progression inévitable de l'âme vers la clochette. Comme l'âme d'une personne reste attachée à sa magie – sans quoi je ne verrais pas l'âme en question –, j'ai l'intention d'utiliser son potentiel par la suite. Seulement, ses techniques sont des techniques corporelles, les avoir hors de mon corps me serait donc inutile...
J'y réfléchirais plus tard.
Je regarde la salle. Elle qui était autrefois pleine de vie, c'est déroutant de s'y retrouver seul...
Seul avec un démon, je rectifie.
Mais cette bataille n'est pas finie ! Combien de démon a bien pu lâcher ce traitre dans la ville ?...