"C'est sur un quai de la gare centrale de Zurich, en 2004, que Werner Kriesi, le fondateur d'Exit Suisse alémanique, a donné une dose mortelle de pentobarbital à une candidate au suicide souffrant de troubles psychiques. Le pasteur retraité n'a même pas exigé de la patiente une expertise psychiatrique.
«Un vrai scandale», estime Jacques de Haller, président de la Fédération suisse des médecins (FMH) qui s'exprimait hier après qu'un tribunal zurichois a blanchi le pasteur.
Quant à la malade, elle n'a finalement pas commis l'acte ultime. Au contraire, au cours de l'émission «Rundschau» sur SF1 en novembre 2007, elle dénonçait la légèreté du livreur de poison.
Il prétend avoir agi à titre préventif
Le Parquet de Limmattal/Albis vient donc de donner son verdict: le pasteur n'est pas condamné, au motif que l'aide au suicide n'est pas interdite. Seuls les 1000 francs de frais de justice seront à sa charge, parce que «la dose mortelle n'a pas été prescrite en conformité avec la loi». Kriesi, pour sa défense, avait argué du fait qu'il avait agi «à titre préventif».
Un argument que réfute avec virulence Jacques de Haller: «Ce genre de «prévention», c'est en fait un acte d'une rare agressivité. C'est un peu comme dire à quelqu'un qui veut se suicider: «Vas-y, saute par la fenêtre.»
La FMH refuse de cautionner le suicide assisté de personnes au mental perturbé. «Une personne qui souffre d'une maladie psychique est par définition altérée dans sa capacité de jugement», poursuit le président de la FMH.
Et que dire des médecins qui acceptent de prescrire des doses mortelles à certains de leurs patients? «L'aide au suicide n'est pas un acte médical», explique Jacques de Haller. «Si des médecins acceptent de prescrire des barbituriques à dose mortelle, ils ne le font pas en tant que praticien mais en tant que citoyen.»
Lors de l'émission «Rundschau», la candidate au suicide a raconté comment la rencontre avec le pasteur s'était déroulée. Le livreur de poison l'avait trouvée «si sympathique»... Sidérée par la frivolité du fondateur d'Exit, elle avait estimé alors que sa crédibilité était entamée.
Dose mortelle confisquée
Est-ce la raison pour laquelle elle n'a pas mis fin à ses jours, comme elle l'a prétendu lors de l'émission? Seule certitude: au cours d'un séjour ultérieur dans un sanatorium, le flacon de pentobarbital lui a été confisqué par le personnel soignant."
http://www.lematin.ch/actu/suisse/poison-livre-quai-gare-66877
"si sympathique" 