Un jeu mettant en valeur le rapport à la nature, voilà qui peut sembler quelque peu paradoxal. Et pourtant, c'est ce que fait Proteus, production indépendante signée Ed Key et David Kanaga. Son univers et son gameplay particuliers peuvent surprendre, enchanter, mais également en décevoir plus d'un, au point que certains se sont demandés s'il s'agissait vraiment d'un jeu. Petit tour d'horizon d'un ovni un peu polémique.

On le devine rien qu'à l'écran-titre : l'aventure qui nous attend est inhabituelle. En effet, malgré sa sortie récente, Proteus assume un style graphique rétro unique. Rien que le titre du jeu laisse malicieusement dépasser de gros pixels rectangulaires ! L'espace en trois dimensions, dont les volumes sont en fait constitués de « collages » d'éléments en 2D avec peu d'effets d'ombre, donne un aspect cartonné et volontairement factice au décor. Rien à redire cependant sur cette esthétique : elle renforce l'aspect onirique et planant du titre, dont les mécaniques abstraites se marient parfaitement avec l'identité visuelle. La musique entendue en fond laisse également présager un beau voyage, unique et reposant, teinté de couleurs expérimentales (n'en déplaise aux amateurs de morceaux bien rythmés et structurés). Il faut noter que le compositeur, David Kanaga, est connu pour ses petites créations interactives musicales abstraites que l'on peut découvrir sur son site Internet, ou encore pour sa participation à des productions telles que le méconnu et psychédélique Dyad.
Un jeu dans lequel on ne fait... rien ?

Do ré mi, la perdrix...

Bientôt, la nuit arrive et l'on découvre avec surprise qu'il est possible de voyager dans le temps en se plaçant au centre d'étranges cercles de lumière. Chaque "partie" est de fait organisée autour d'un cycle de quatre saisons : printemps, été, automne et hiver. Le joueur peut ainsi observer (et surtout écouter !) la nature changeant autour de lui et s'inventer sa propre histoire. Divers éléments aident en effet, par leur simple présence et l'absence d'indications, à se poser des questions, à supposer, à s'évader, tout simplement.
Points forts
- Un univers charmant et poétique dont on a du mal à se détacher
- Des interactions foisonnantes malgré une grande simplicité
- Un aspect contemplatif rare
Points faibles
- Un jeu bien trop court...
- Trop peu de possibilités de gameplay à proprement parler
- Aucune indication sur un éventuel scénario ou objectif (mais est-ce vraiment un défaut ?)
Les apparences sont parfois trompeuses. Court et énigmatique, Proteus a, à première vue, beaucoup pour déplaire. Mais les amateurs d'ambiances envoûtantes et paisibles dans le style de Flower pourront y découvrir une expérience agréable à l'esthétique unique et soignée. Le gameplay limité ouvre de plus la voie à une appréhension différente de l'univers, qui s'avère malgré tout riche et plaisant. Quel dommage qu'il soit si court !