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Test Dear Esther

Dear Esther : Le trailer de lancement pour l'édition Landmark

9 393 vues
Profil de CptObvious,  Jeuxvideo.com
CptObvious - Journaliste jeuxvideo.com

Ancien mod expérimental pour Half-Life 2, Dear Esther s'émancipe : le voilà devenu un jeu à part entière. Mais peut-on encore parler de jeu à ce stade ?

Dear Esther

Ce n'est pas la première fois qu'un étrange objet prétendument vidéoludique passe entre nos mains. On pense notamment aux productions du studio Tale of Tales, The Graveyard et The Path, qui tenaient plus du conte vaguement interactif que du jeu vidéo. Mais s'ils mettaient l'accent sur l'histoire au détriment de l'action ‒ action étant ici à prendre au sens large : le fait d'agir ‒ ces titres proposaient néanmoins un semblant de gameplay. Ce n'est pas le cas de Dear Esther : le logiciel, appelons-le comme ça, ne propose aucun mécanisme ludique. "Jouer" à Dear Esther revient finalement à lire un livre ou à regarder un film : on découvre peu à peu une histoire. Et c'est tout.

Dear Esther
Quelle est donc cette mystérieuse tour au sommet de l'île ?
Comme il serait criminel de révéler cette histoire, et qu'il n'y a aucun gameplay, nous voilà bien embêtés pour parler du soft... Essayons tout de même. L'expérience débute sur la côte d'un îlot écossais perdu dans l'Atlantique nord. Une lumière blafarde perce difficilement les nuées. Hormis le bruit du vent et du ressac, il n'y a aucun son. Tiens, c'est étrange d'ailleurs : pas la moindre mouette pour lancer un cri. La vie semble avoir déserté les lieux. Comme le dira le narrateur un peu plus tard, "le ciel est trop fin pour les oiseaux"... Pourtant il y a bien quelques traces d'une occupation humaine passée : une épave, une cabane de berger, un phare. Et surtout cette antenne radio, au sommet de l'île, dont la lumière rouge palpite aussi régulièrement qu'un cœur... Tel un insecte, le protagoniste est attiré par cette lumière, qui fait alors office de but à atteindre.

Dear Esther
Impossible d'enjamber ces simples rondins, frustrant...
Il faut dire qu'il n'y a pas vraiment le choix : la seule action possible est de marcher le long d'un chemin balisé à outrance. L'île est escarpée ; qu'il n'y ait qu'un mince passage entre des rochers paraît donc logique. Mais quand le personnage évolue dans une lande entre deux rondins de bois impossibles à franchir, le côté artificiel du level design saute aux yeux. L'absence de saut a cet effet pervers : elle brise l'immersion car elle restreint la liberté de mouvement parfois jusqu'à l'incohérence. Il est également impossible de courir. Certains verront dans cette lenteur un choix de design collant bien à l'atmosphère du titre ; les mauvaises langues remarqueront que ça rallonge une durée de vie faiblarde... Mais il faut accepter cette structure linéaire et ce rythme : ils sont au service de l'histoire, développée par le narrateur à intervalles réguliers. C'est ainsi, bribe après bribe, que vous commencerez à percevoir la réelle nature de l'expérience Dear Esther.

Dear Esther
Le passage dans les grottes marquera durablement les esprits.
Bien sûr, l'histoire ne touchera pas toutes les sensibilités. Elle pose plus de questions qu'elle n'en résout. Il est d'ailleurs dommage qu'on ne puisse pas relire les textes déjà diffusés (en anglais uniquement, bon niveau requis). Alors que reste-t-il à Dear Esther ? Son ambiance. La musique lancinante, à base de piano et de violons. Les paysages de l'île, d'une beauté sauvage saisissante. Et le troisième chapitre, dans les grottes. On peut jouer depuis vingt ans, être blasé, penser avoir tout vu... Puis on arrive aux grottes, et on ressent de nouveau cette sensation oubliée appelée émerveillement devant ce paysage incroyable. Evidemment, on ne va pas vous conseiller de claquer 8 euros juste pour une balade souterraine d'un quart d'heure. Pour savoir si vous aimerez ou non le reste de l'expérience, il existe toutefois un test : si vous êtes capable de regarder les choses étranges qui passent sur Arte au milieu de la nuit, alors sans doute apprécierez-vous Dear Esther.

Les notes
  • Graphismes17/20

    Le Source Engine en a encore dans le ventre ! Histoire de pinailler, on dira quand même que la végétation fait vraiment trop cheap. Pour le reste c'est du grand art, en particulier le passage dans les grottes, dont on ne se remettra pas de sitôt.

  • Jouabilité5/20

    Cette note ne vient pas sanctionner l'absence de gameplay, mais les faiblesses du peu d'interaction proposé, autrement dit les déplacements. Si l'impossibilité de courir est excusable, l'absence de saut conjuguée à des obstacles ridiculement bas rend la linéarité trop artificielle. L'immersion en prend un coup.

  • Durée de vie4/20

    Comptez en gros une heure pour voir le bout de l'aventure. Au tarif d'une place de cinéma ou d'un livre au format poche, ça fait cher l'histoire...

  • Bande son18/20

    La bande-son est parfaite, qu'il s'agisse de la musique, des quelques sons ou du monologue du narrateur. Même les plages de silence sont d'une grande beauté. Parvenir à faire du beau silence, avouez que c'est une prouesse !

  • Scénario16/20

    L'histoire étant le principal, voire le seul intérêt de Dear Esther, il ne fallait pas se planter ! Le résultat est convaincant, grâce à une écriture très subtile ; les informations sont distillées avec parcimonie au lieu d'être assénées. Du coup, le titre prend le risque de laisser des joueurs de côté : beaucoup n'accrocheront pas à ce puzzle métaphorique, et on ne saurait les en blâmer.

Dear Esther est un mauvais jeu vidéo. En fait, Dear Esther n'est même pas un jeu vidéo. Le noter en tant que tel n'aurait donc aucun sens : son absence totale de mécanismes ludiques le condamnerait au zéro absolu. Il faudrait le juger pour son histoire, mais c'est un critère éminemment subjectif. Au final, il reste l'ambiance visuelle et sonore, dont la réussite est incontestable. Dommage que cette courte nouvelle soit facturée au prix d'un roman.

Note de la rédaction

14
14.5

L'avis des lecteurs (104)

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