Parfois, il arrive qu'une petite chose mette la puce à l'oreille, une sorte de sentiment diffus, sans explications ni réalité. Un renseignement aiguillant sur les évènements à venir, comme une sorte de divination d'une prêtresse antique. Mais dans d'autres cas, cela peut aussi rester parfaitement prosaïque, voire pour le coup décevant. C'est ce qui arrive avec Tueurs. En effet, lorsque la pochette mentionne en lettres capitales, je cite : "le combat d'un homme contre la mafia", les jeux sont en quelque sorte faits. On ne s'attend plus vraiment à être surpris et pourtant. Suivons ensemble la voie de l'étonnement.

Vaste imbroglio assez incompréhensible de complots, de pots-de-vin, de brigands et de découpage de doigts, Tueurs vous place dans la peau de trois hommes différents au creux d'un scénario commun sans réels croisements de destins. Si on peut résolument ne pas comprendre où est le destin d'un seul personnage là-dedans, comme promis, il est également possible de se dire que cette variété favorisera des phases de gameplay diversifiées et un renouvellement de l'expérience ludique. Un sentiment qui s'évanouit bien vite lorsque l'on se rend compte que chacune de ces histoires parallèles offre un fonctionnement analogue et bien entendu un challenge loin d'être motivant sur le long terme. Toutefois si le tout s'avère réglé avec le sens du rythme, un principe de base novateur et une vision permettant de dépasser ce côté cloisonné, il serait difficile de le repousser à dessein. Avant de conclure sur ce point, une petite explication s'impose. Chaque personnage que vous dirigez dispose de mouvements de base, à savoir la possibilité de sauter, d'escalader et surtout de tirer des coups de feu. Le problème vient du fait que ces possibilités d'action ne sont pas celles par défaut, mais bel et bien l'éventail complet de ce dont vous disposez pour survivre. Vous serez donc confronté au strict minimum sans aucun espoir de voir évoluer vos avatars de pixels. De fait, il n'était pas vraiment possible de concevoir un level-design qui tienne convenablement la route, ni des principes de missions suffisamment étoffés, étouffés par ce manque d'inventivité ludique. Vous vous contenterez donc d'arpenter des niveaux dénués de caractère et d'une rare platitude en tirant maladroitement sur des personnes inconnues travaillant visiblement pour le parrain local.


- Graphismes7/20
Offrant des décors corrects sans plus, le titre trouve par contre ses limites dans la modélisation des personnages et surtout dans la cascade de bugs d'affichage présents. De plus, l'animation se révèle également lacunaire et donne l'impression de diriger des individus à la raideur cadavérique. Et leur teint pâlichon nous pousse à nous poser des questions sur leur statut d'être vivant.
- Jouabilité6/20
Si les mouvements des divers protagonistes s'effectuent sans mal et semblent donner le ton pour l'ensemble, vous déchanterez bien vite lorsque vous devrez utiliser le réticule de visée très "spécial" du soft et que vous aurez l'obligation d'effectuer un saut. Deux mouvements assez problématiques qui nuisent grandement au plaisir de jeu. De plus, le manque de variété du gameplay reste assez troublant.
- Durée de vie7/20
Si vous parvenez à supporter le titre jusqu'au bout vous n'aurez pas plus d'une dizaine d'heures grand maximum à passer dessus. Un temps bien suffisant pour vous apercevoir des manquements du soft et surtout pour profiter d'une des expériences cinématographiques les plus troublantes de votre vie.
- Bande son6/20
Si vous arrivez à en comprendre les grandes lignes vous parviendrez peut-être à rentrer dans le jeu, mais ce serait bien étonnant tant les ellipses ont la belle vie et tant la narration s'avère chaotique. De plus, les personnages ne sont pas du tout attachants, et leur destin n'intéresse personne, à part la mafia.
- Scénario9/20
Si vous n'avez jamais entendu des reprises du thème principal du film Bad Boys ou de celui du Parrain en russe, vous voilà servi. Outre l'étrangeté sonore de ces deux morceaux, vous retrouverez une bande-son assez variée, mais avare en thèmes suffisamment forts. D'autre part il est assez difficile d'accrocher aux divers exemples de hip-hop présents dans le soft.
Sorte de mélange entre un film tourné au caméscope équipé de vibrations automatiques et un ersatz raté de Hitman, Tueurs n'est pas vraiment le jeu que tout le monde attendait au tournant. Pas finalisé, lacunaire dans son fonctionnement et vraiment lassant même sur le court terme, le soft édité par Nobilis donne l'impression d'avoir été mis sous la coupe de quelques agents tout de noir vêtu et pas très conciliants. Si vous vous en sortez les gars, on compte sur vous pour un prochain jeu un peu mieux équilibré.