De nombreux guerriers fiers, valeureux et patients ont sûrement dû parcourir plus d'une fois les terres de Vardenfell l'arme au poing et l'écume aux lèvres. Bercés autant par l'envie de la découverte que par l'instinct d'honneur du combattant, ceux-ci gravissaient montagnes, cols et rivières, n'hésitant pas à se laisser prendre par la contemplation, devant le clair des deux lunes de cet univers enchanteur. Le vent dans les cheveux, cueillant la rosée du matin du tranchant de la hache, ces combattants vouaient une ode à la nature sauvage. Mais désormais il vous faudra faire face à une rouille remplaçant les sources, des plaques de fer symbolisant les cieux azurs, ou encore de la viande lyophilisée singeant une côtelette de "braillard des falaises". Vous quittez désormais l'air pur pour ramper dans des souterrains glauques envahis par la vermine.

Prenant dès le début des faux airs de FPS "qui tache", selon la formule consacrée, Neuro Hunter ne révèle sa vraie nature qu'au bout de quelques minutes de jeu. Loin de charcutages massifs de créatures probablement innocentes, ce titre espiègle s'avère en fait être un RPG tout ce qu'il y a de plus académique. Retournement de situation assez cocasse n'est-il pas ? Optant donc pour une vue à la première personne, le soft se place dans la droite lignée des jeux de rôle fortement immersifs qu'étaient les antiques King's Quest ou encore Dungeon Master. Plus récemment, des softs tels que Morrowind ou dans une moindre mesure Deus Ex, rendent également bien compte de ce que peut ressentir le joueur plongé dans une représentation aussi peu habituelle de nos jours dans le domaine du RPG. Favorisant l'observation et surtout le sentiment de promiscuité des personnages et environnements, ce parti pris permet aussi de concentrer les efforts graphiques sur les décors, seules sources d'attrait visuel pour l'aventurier. Le maître mot de ce type de gameplay est définitivement la découverte. Perdu dans un monde entier reposant sous la surface du sol, vous allez errer longuement dans des couloirs et des grottes vêtus d'une 3D clairement pauvre. C'est en effet le premier choc ressenti à l'arrivée dans les méandres de ces galeries déshumanisées, poussant à opérer un mouvement de recul significatif. Affichant des textures baveuses et simplistes, même en utilisant une résolution maximale, ainsi qu'une modélisation laissant assez souvent de côté les raccords entre les différentes parties du corps des intervenants, Neuro Hunter souffre honnêtement de sa plastique difficile à assumer. Certes, il serait bien naïf et égoïste d'exiger un rendu global digne de Riddick ou d'Half-Life 2 lors de la parution de chaque production s'axant sur un univers glauquo-futuriste, mais en revanche relativement acceptable de demander de ne pas être bridé par l'apparence. Il est effectivement énervant de commencer à pénétrer dans une histoire, une atmosphère, et observer immédiatement ensuite un bug grossier au niveau de la mise en forme d'un membre quelconque ou d'une pièce. On avance donc par à-coups, ne parvenant pas à se stabiliser entièrement dans une ambiance pourtant prenante et surtout stressante au possible. Mettre le joueur au pied du mur, dans une situation bloquée, au sein d'un monde lui aussi empêtré dans ses erreurs et ses paradoxes est un subterfuge qui fonctionne toujours. Il suffit pour cela de survoler l'étendue du succès de la série Fallout.



- Graphismes9/20
Loin de ce qui peut se faire de nos jours sur PC, Neuro Hunter affiche des graphismes clairement décevants. Bénéficiant, si je puis dire, de textures baveuses et d'une modélisation générale peu convaincante, le soft de Deep Silver ne parvient jamais à nous surprendre, que ce soit dans le cas des décors métalliques ou dans celui des univers organiques. Pourtant ce dernier diffuse une ambiance très immersive, offrant un pessimisme et une atmosphère particulièrement étouffants.
- Jouabilité13/20
Très simple à prendre en main, conservant la souplesse inhérente à un FPS, Neuro Hunter se dote également d'un gameplay fort innovant d'un certain point de vue. En effet, donnant au joueur la possibilité de composer ses propres armes, armures, et objets à l'aide d'éléments présents tout autour de lui, le soft offre un véritable sentiment de survie, sublimé par le manque d'argent handicapant. Une réussite toutefois entamée par un classicisme général tournant rapidement à la coquille vide, et des schémas de progression redondants.
- Durée de vie14/20
Sans trop m'avancer, Neuro Hunter vous permettra de passer de nombreuses heures en sa compagnie ne serait-ce que pour la conception d'objets et la découverte des nombreux plans vous indiquant les "recettes" à suivre. De plus, les quêtes vous obligent à effectuer de longs cheminements durant lesquels vous aurez tôt fait d'emprunter moult et moult couloirs et de vous perdre afin d'arriver à destination. Attendez-vous donc à pas mal d'explorations studieuses.
- Bande son12/20
Reposant sur des sonorités "synthé" un peu trop présentes, les diverses compositions du soft restent tout de même en parfaite adéquation avec l'ambiance, proposant carrément des passages de bonne qualité durant les cinématiques parsemant l'aventure. Les effets sonores quant à eux restent un peu en retrait, même si les petits bruits des espèces mutantes demeurent agréables.
- Scénario/
-
Tout d'abord surprenant par sa qualité graphique à des lieux de ce qui se fait aujourd'hui, Neuro Hunter parvient ensuite rapidement à charmer, laissant présager une complexité générale poussée et un gameplay détenteur d'un fond plus que solide. Pourtant, malgré une ambiance excellente et un système de création d'objets très intéressant, le titre de Deep Silver tourne rapidement en rond et laisse entrevoir ses nombreuses faiblesses. On reste donc assez dubitatif devant ce soft atypique, conférant un certain plaisir de jeu, mais accusant des limites bien visibles. L'emporteriez-vous dans votre bunker lors de la fin du monde ?