Je venais juste de me réveiller et le soleil qui courait sur mes bottines de cuir semblait me contempler d'un oeil réprobateur ? Décidément, ici, personne ne comprend mes problèmes. Je n'y peux rien si de loin on me confond avec un quelconque héros. C'est peut-être les cheveux longs et la barbe ? Je me tourne alors vers mon voisin de cellule encore endormi et laissant entendre des sons à base de : "C'est pas moi.... Je ne savais pas.... Ca devrait pas prendre feu une chèvre...". Le pauvre bougre me ressemblait. Passablement ivre, l'oeil hagard et surtout complètement déphasé. Je le comprends. Moi non plus je ne pouvais pas savoir. Si on m'avait dit que les cris venant de la cave de l'auberge étaient ceux d'un enfant, je n'aurais pas eu l'idée d'invoquer un guerrier divin pour faire taire ce que je pensais être un troll. En même temps, il avait une drôle de voix... Je suis sûr que j'ai eu raison au fond. Il reste de la bière ?

Autant vous prévenir tout de suite, The Bard's Tale n'est pas un RPG détenteur d'un scénario vous confrontant aux interrogations philosophiques liées au subconscient d'un androïde, ni même à la volonté cruelle et froide d'une vengeance aboutissant à une révélation par delà le bien et le mal. Rien de ça. En effet, le titre d'Ubisoft est ce que l'on pourrait appeler un jeu de rôle décalé, parodique, voire totalement court-circuité. Sorte de remake d'un titre au nom similaire, sorti sur Apple 2 en 1985, le soft qui nous intéresse aujourd'hui en reprend quelques bribes sans pour autant demeurer sur des rails similaires, loin de là. Préparez-vous à un sempiternel reflux de clins d'oeil propres au monde du RPG typé PC, tournant en ridicule des bases pourtant ancrées dans des générations d'aventuriers partis courageusement sortir de leur torpeur des veuves et des orphelins consentants. C'est vrai, personne ne s'est jamais demandé, pourquoi ces derniers attendent tout le temps qu'on vienne leur porter assistance ? Pas un n'enverrait une lettre, un message, rien. Musicien raté, à la barbe hirsute et aux cheveux gras, vous débutez votre périple par une habile manoeuvre censée vous accorder les faveurs de la tenancière typique d'un monde d'héroic-fantasy. Jeune et disposant d'atouts particulièrement probants, frêle jumelle de la serveuse de Baldur's Gate Dark Alliance, cette dernière va tout d'abord succomber à son héros au charme bestial, l'ayant défendu d'un fourbe rat. Tout en sachant bien entendu que cet être cruel et grisâtre n'est autre qu'une invocation de votre cru. Un plan ingénieux qui aurait logiquement dû vous apporter une reconnaissance particulière, mais qui se solde rapidement en une déconfiture piteuse, par la présence d'un rat géant cracheur de feu que personne n'avait prévu. Voilà comment fonctionne Bard's Tale. Chaque occurrence habituelle, chaque certitude est prise en défaut d'une manière hautement et bassement idiote, retournant les situations en autant d'actes sans crédibilité, jetant au loin l'aspect mystique des classiques quêtes. L'atmosphère inquiétante de grottes et autres cavernes infestées de trolls se change en un délire global remplaçant la noirceur par des larges bandes roses et les phrases à connotation épique par des variations d'insultes et de remarques parfaitement débiles, suffisamment diversifiées pour offrir un intérêt sans cesse renouvelé. Chacun des personnages que vous rencontrerez, du paysan au trog, en passant par le pseudo gobelin ivre, dispose d'une personnalité bien affirmée et d'une vision du monde définitivement biaisée. La folie règne sans partage sur cet univers où les personnes saines d'esprit sont les plus illogiques.



- Graphismes14/20
Assez inégaux, les graphismes arrivent tout juste dans la moyenne de ce qui se fait sur PC. Proposant des environnements assez jolis, mais des personnages peu détaillés, le titre arbore de plus une vue aérienne presque perpendiculaire au sol, offrant une lisibilité très réduite lors des phases d'exploration. Il faut donc se fier sempiternellement à la carte, sous peine d'avoir de mauvaises surprises. A noter tout de même des effets de sort probants, donnant une certaine prestance à certaines magies.
- Jouabilité14/20
Bien que fort simplifié, le gameplay conserve tout de même une certaine originalité en proposant comme fondement la possibilité d'invoquer des créatures qui serviront à vos côtés lors des nombreuses rixes du jeu. Une idée sympathique qui pallie la frustration de conserver un seul et même personnage, sans possibilité de recrutement, mis à part un chien au tout début de l'aventure. Mais le réel problème vient de l'aspect paresseux de la progression, malgré l'immersion immédiate dans le flot du soft.
- Durée de vie13/20
Le titre se termine assez rapidement et l'impossibilité de jouer à plusieurs ainsi que le manque d'innovations sur la longueur pénalisent assez lourdement la durée de vie du soft. Fort heureusement, il vous sera possible d'effectuer des quêtes annexes, sauvant une petite part de l'intérêt sur le long terme.
- Bande son13/20
Le doublage anglais est vraiment probant, offrant la retranscription parfaite des caractères loufoques des divers intervenants. Chaque voix permet de faire passer toute la folie contenue dans les propos lancés tout au long du jeu. Au niveau des bruitages, par contre, on ne déniche rien de bien folichon, tout comme dans le cas des musiques, très en retrait et relativement simples.
- Scénario15/20
La psychologie des divers protagonistes est exceptionnellement débile et ne repose que sur une absence de logique tellement poussée qu'elle se place comme vecteur général des relations. Un monde de fous, gouvernés par des malades mentaux, et avançant dans la plus grande liberté, sans vraiment de but. Un univers digne de Terry Pratchet, parvenant quelquefois à replonger dans les méandres des Monty Pythons avec une allégresse fantastique.
Développant des personnage et un univers totalement décalé, The Bard's Tale aurait pu créer la surprise en profitant d'un fond étoffé et d'une réalisation plus probante. Malheureusement, accumulant des tares quelque peu gênantes, il ne parvient pas à se sortir du statut de jeu sympathique. En bref, il conviendra (en occasion) aisément aux novices du genre, par son accessibilité, mais lassera rapidement les habitués, même pris par l'humour général. Il n'empêche que je suis impatient d'aller renverser une nouvelle fois un boeuf sur le flanc.