Cette odeur de cuir ammoniaqué, ce silence simplement brisé par les froissements grinçants de cette enveloppe. Soudain le noir. Ses yeux s'habituent lentement à cette pénombre illogique et devinent une longue couture. Son esprit n'effectue pas immédiatement les relations logiques menant à une réalité qu'il aurait préféré ignorer. Agrippant les deux bords de cette espèce de fermeture crénelée, il parvient, meurtri par les frottements incessants d'une matière abrasive, à ouvrir une brèche dans ce cercueil. Les murs luisants et éclairés d'une pâle lumière se substituent aux ténèbres angoissantes. D'autres que vous lui sont étendus là, sans vie. Pourquoi est-il encore conscient ? Et surtout pourquoi ici ?

Titre d'aventure à vocation horrifique, Midnight Nowhere impose comme postulat de départ une situation scénaristique prenante et originale. Vous réveillant au fin fond d'un complexe médical, au sein de la morgue plus précisément, sans aucun indice de lieu, de temps, ou simplement de justification, vous réalisez dans un moment de lucidité que vous êtes également et désespérément seul. La trame joue donc entièrement, et intelligemment sur la présence nauséeuse de l'absence justement. Vos réflexions flottent dans un vide effrayant où seuls les cadavres témoignent de traces humaines antérieures. Isolé, quasiment coupable de vivre, frappé avec toute la violence malsaine d'un mur d'incompréhension aux accents cadavériques, votre première et unique envie se résume à la fuite. Sortir de ce lieu, même sans en comprendre la fonction ou la cause de votre détention. S'éloigner. Malheureusement pour vous, les murs ne semblent pas décider à partager votre désir d'évasion. En effet les stigmates de faits cataclysmiques condamnent portes, fenêtres et bien entendu moyen de transport internes. Confronté à des couloirs décrépis, suintant une vétusté aggravée par le sang n'innocentes victimes, il va vous falloir résister psychologiquement et physiquement à un environnement pétri d'intentions nauséabondes. Néanmoins, ici, pas de courses-poursuites accompagnées de zombies, pas de sauvetage en hélicoptère, et pas de mitraillettes cachées sous un pan de votre manteau. Votre salut, si tant est qu'il soit fondé, ne reposera que sur votre habileté à utiliser votre cohérence, et vos capacités d'association. Ne pensez pas dénicher directement un fusible par exemple lorsque vous devrez en changer, ni découvrir des piles simplement en cherchant dans un tiroir. Il vous incombe de vous servir de tout ce que vous pourrez dénicher dans l'espoir d'en retirer une satisfaction matérielle. Toutefois, cet aspect fait face à un cruel paradoxe.



- Graphismes14/20
Dérangeants et baignés par une lumière crue, les différents décors demeurent texturés avec attention et suffisamment détaillés pour que l'on puisse remarquer une volonté de qualité non négligeable. participant à l'atmosphère passionnante découlant du titre, les environnements disposent de zones d'ombres intelligemment placées et et d'une gestion de la lumière habile. Le personnage principal, en revanche, victime d'un odieux bug dans ma version du jeu, ne possède de toute façon pas une modélisation digne d'éloges. Mal défini, raide, et surtout inexpressif, votre avatar tranche radicalement avec ce qui l'entoure.
- Jouabilité11/20
Si les diverses actions à effectuer sont claires et pensées pour une simplicité d'utilisation optimale, on en peut que regretter les nombreuses méprises qui auront lieu suite à la différenciation des icônes nécessaires à déclencher l'utilisation d'objets. Mettre en avant deux systèmes d'interactions différents rallonge considérablement la durée des inspections, amenant une lassitude inévitable, tout en minimisant la précision de vos recherches. Néanmoins, les diverses associations d'objets, même si l'interface n'aide pas à les réaliser, se révèlent imaginatives et souvent imprévisibles. Il vous faudra vous focaliser sur chaque indice dans une réflexion constante. Une impression mitigée donc.
- Durée de vie9/20
Le titre n'est vraiment pas long à terminer, et à cause des lacunes citées plus haut, pourra parfois vous donner à ressentir une frustration conséquente. Néanmoins, la progression reste souple et souvent intéressante à bien des égards, nous poussant à regretter de ce fait encore plus amèrement les baisses de rythmes dues à l'interface.
- Bande son12/20
Les compositions, essentiellement axées vers la construction d'une ambiance ténébreuse et inquiétante ne possèdent pas vraiment une singularité, mais remplissent parfaitement leur fonction. Peu redondantes, elles savent se faire oublier au bon moment pour ressurgir sans que l'on s'y attende. Par contre on note une réelle carence des bruitages, fortement effacés. Le doublage relatif au héros n'est quant à lui pas du tout crédible et rend ce personnage encore plus risible.
- Scénario14/20
Grande force du jeu, la trame aborde de nombreux thèmes intéressants au niveau psychologique ainsi que certains en rapport direct avec la fabrication insidieuse d'une ambiance dérangeante. En sus, les non-dit, nombreux et oppressants participent on ne peut mieux au malaise constant, dû, non au côté glauque, mais à l'isolement informatif. Dommage que cet aspect n'ait pas été plus approfondi.
Grand amateur de productions glauques, originales, et dépositaires d'ambiances oppressantes, je me suis dit avec délectation que j'entreprenais une production qui allait me ravir sans expérimenter le moindre doute. Malheureusement, la réalité a vite rattrapé ces errances oniriques. En effet, et ce dès les premières heures, voire minutes de jeu, on ressent rapidement les limitations imposées par l'interface et par le principe même de certaines phases de jeu. On ressort donc de cette expérience un tant soit peu déçu, surtout à la vue de ce qu'aurait pu être cette production. Immersive et originale, autant que limitée et parfois énervante. Comme je le disais précédemment, dommage.