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Comment sortir de l'addiction ?

La première étape indispensable consiste bien sûr à prendre conscience de son addition aux jeux vidéo. Parfois, le joueur sent qu'il perd, ou qu'il a perdu, le contrôle sur sa passion et demande lui-même de l'aide. Que l'on soit de sa famille ou simplement de ses amis, il importe alors de l'écouter avec bienveillance, de le rassurer en lui expliquant qu'il n'est pas seul et de lui dire qu'il peut compter sur nous pour trouver des solutions. Dans d'autres cas, c'est l'entourage du joueur qui tire la sonnette d'alarme. Si les raisons de s'inquiéter sont parfois très angoissantes (résultats scolaires en chute libre, épuisement physique et nerveux...), la dernière chose à faire est de vouloir raisonner, ou pire, de vouloir culpabiliser la personne concernée. Cela ne ferait que la braquer sur le sujet et l'isoler un peu plus.

 

Que l'on pense être victime d'une addiction aux jeux vidéo ou que l'on ait l'impression qu'un de nos proches est concerné par ce problème, il faut avant tout se renseigner sur le sujet sans chercher à confirmer ou à infirmer notre intuition. Pour cela de nombreux ouvrages sont actuellement disponibles en langue française tels que "La dépendance aux jeux vidéo et à Internet" de Lucia Romo ou "Les nouvelles formes d'addiction" de Marc Valleur. Quelques sites Internet francophones proposent également un contenu utile : Centre de Référence sur le Jeu Excessif, Wikipédia mais c'est principalement en anglais que l'on trouvera le plus d'informations sur le Web : Video Game Addiction, Addictions.about.com, Techaddiction, etc.

 

Si vous pensez que votre enfant ou votre ado est en train de devenir dépendant aux jeux vidéo, parlez-en avec lui sans le sermonner et en écoutant ce qu'il a à dire avec un maximum d'ouverture et de bienveillance. Tâchez de comprendre ce qu'il aime dans les jeux vidéo et les raisons qui l'ont poussé à se consacrer exclusivement à cette activité au détriment de toutes les autres. Intéressez-vous sincèrement à son univers, demandez-lui de vous le faire découvrir. Posez ensuite des limites à la pratique du jeu vidéo (2 heures maximum par jour en semaine ; 4 heures par jour le week-end) et instaurez une véritable dynamique familiale (repas en commun, temps d'échange, activités et projets communs). Encouragez le jeune à pratiquer une activité de groupe susceptible de l'intéresser en dehors de la maison (sport, musique, voyages...). Ne le blâmez pas pour ses échecs, félicitez-le pour ses succès et aidez-le à se construire une image positive de lui-même. Si en dépit de vos efforts, vous ne parvenez pas à faire évoluer la situation, contactez un professionnel de santé (psychologue, psychiatre, etc.) qui saura vous conseiller.

 

Vous êtes vous-même accro aux jeux vidéo ? Parlez-en à un proche ou à un ami. L'ouverture aux autres est la première étape vers le changement. Quelle que soit votre situation, vous n'êtes pas seul même si vous avez l'impression, voire la certitude, du contraire. N'hésitez pas non plus à vous tourner vers un professionnel de santé (infirmière scolaire, médecin traitant, psychologue) et exposez-lui votre problème. Armez-vous de courage et essayez de suivre les règles suivantes inspirées en partie du programme de Mark Griffith :

 

- Utilisez tous les moyens dont vous disposez pour réduire votre temps de jeu (options de contrôle parental, accès à Internet limité, pauses régulières, etc). Confiez le cas échéant vos mots de passe ou vos sauvegardes à des personnes de confiance pour vous aider à arrêter de jouer temporairement lorsque vous avez d'autres choses à faire. En dernier recours, si vous ne pouvez absolument pas vous empêcher de jouer à un jeu précis alors que vous le voulez de toutes vos forces, envisagez de résilier votre compte ou d'effacer votre sauvegarde.

- Jouez de préférence en groupe, avec des amis ou en famille et essayez de jouer à des jeux différents de ceux qui vous entraînent à commettre des excès.

- Pratiquez d'autres activités susceptibles de vous procurer du plaisir (sport, musique, promenades...). Au début, vous aurez probablement du mal à retrouver des sensations agréables mais il ne faut pas se décourager car petit à petit, vous reprendrez vraiment goût à ce que vous aimiez faire autrefois. La satisfaction sera toute aussi réelle que dans les jeux vidéo.

- Améliorez votre estime de vous-même en faisant des choses qui vous semblent utiles et valorisantes. Lancez-vous des défis, faites des projets et tenez-vous y. Prouvez-vous que vous êtes capable d'atteindre des objectifs dans le monde réel et soyez-en fier.

- Allez vers les autres même si vous avez l'impression que vous n'avez rien à leur dire et vice versa. Ils ne partagent pas votre passion des jeux vidéo ? Ouvrez-vous à leurs centres d'intérêt ! Redécouvrez autrui dans sa différence et enrichissez-vous à son contact. Même le plus introverti des geeks peut passer d'excellents moments à discuter autour d'une table ou à se promener en ville par une belle journée.

- Rétablissez une hygiène de vie acceptable. Il ne s'agit pas de s'obliger à manger que des légumes ou de se coucher à 22 h tous les soirs mais bien de trouver une juste mesure entre la vie déréglée que l'on a menée jusqu'ici et un idéal inatteignable. Pratiquer un minimum de sport, manger à heures régulières et éviter d'aller au lit à 2 h du matin quand on doit se lever à 7 h constituent déjà un grand pas en avant pour l'immense majorité des joueurs compulsifs.

- Interrogez-vous sur les motifs qui vous poussent à jouer autant. Cherchez-vous à fuir quelque chose ? Qu'est-ce que vous pouvez faire en jeu que vous ne pouvez pas faire dans la vie réelle ? Quand jouez-vous le plus ? Pour quelle raison ? etc. Il est naturellement conseillé de se faire aider par un psychologue pour creuser ces questions fondamentales.

- Ne culpabilisez pas en cas de rechutes. Après des mois voire des années de jeu pathologique, ces dernières sont fréquentes, surtout lorsque survient une situation stressante ou un événement douloureux, mais elles finiront par s'espacer de plus en plus. Lorsque vous prenez conscience que vous êtes en train de glisser, obligez-vous à reprendre de la distance avec le ou les jeu(x) concerné(s).

 

En respectant autant que possible ces consignes, et en acceptant de se faire aider, il sera possible à terme de retrouver une pratique normale des jeux vidéo et de s'adonner à cette passion aussi souvent qu'on le souhaite sans crainte de replonger dans les pratiques excessives et a fortiori dans l'addiction. Le chemin est long et demande beaucoup de travail sur soi mais en se faisant aider et en acceptant de fournir les efforts nécessaires, le succès est assuré.

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