Test Metal Gear- Nes

Nes

Solid Snake, Grey Fox, Big Boss, autant de noms qui ont une forte résonance auprès de tout fan de la série Metal Gear Solid. Pour autant, les débuts de la licence furent émaillés de quelques errements qui auraient pu mettre fin prématurément à la vision de génie d'Hideo Kojima, créateur de cette saga mythique. Retour sur la genèse d'un des plus grands jeux d'infiltration de l'histoire vidéoludique.

Metal Gear

En 1987, les jeux d'action ne brillent guère pas leur originalité et tirent plus partie des réflexes du joueur que de son sens de la stratégie, à l'image de Gryzor. C'est en partant de ce constat qu'Hideo Kojima décide de créer un jeu d'action qui demandera de la part du joueur de privilégier la discrétion et la réflexion plutôt que de simplement foncer dans le tas pour passer au niveau suivant. Cette vision prend alors vie au Japon, cette même année, à travers un nouveau jeu sorti sur MSX2 appelé Metal Gear. Le soft ne tarde pas à être couronné de succès et incite alors Konami, l'éditeur du jeu, à l'importer un an plus tard en Occident pour en faire une adaptation Nes. Malheureusement, Kojima ne sera pas en charge de ce portage, ce qui coûtera quelques plumes au chef-d'œuvre du maître. Ce dernier ne reconnaîtra d'ailleurs jamais cette version comme faisant partie intégrante de la licence.

Test Metal Gear Nes - Screenshot 21L'infiltration est au cœur du gameplay.

Dans Metal Gear, le joueur incarne Solid Snake, un militaire spécialisé dans l'espionnage et l'infiltration, qui se voit parachuté en pleine jungle afin d'infiltrer la base d'Outer Heaven où une machine de guerre redoutable, appelée Metal Gear, est élaborée en secret par une milice paramilitaire. La mission principale de Snake, ordonnée par Big Boss, chef de l'organisation Fox Hound, est de glaner des informations sur cet engin et de tenter de le détruire sans se faire repérer. Secondairement, vous devrez aussi libérer l'un de vos collègues, un certain Grey Fox alors retenu en otage par les miliciens.

Test Metal Gear Nes - Screenshot 22Le système de radio est vraiment novateur pour l'époque, dommage que les portraits n'apparaissent pas encore.

Pour réussir sa mission, notre espion ne dispose au début que d'une radio, d'un paquet de cigarettes et de quelques points de vie. Autant dire que l'approche directe est purement suicidaire car dépourvu de la moindre arme, vous ne tiendrez guère longtemps face à des militaires armés jusqu'aux dents. Après avoir pris votre premier ordre de mission via votre radio, il vous faudra donc vous faufiler discrètement entre les premiers gardes qui parsèmeront votre route. Par chance, certains s'assoupissent et d'autres vous tournent parfois le dos, vous donnant une occasion toute trouvée d'avancer furtivement. Car le jeu exploite réellement cet aspect infiltration en intimant aux gardes de vous attaquer si vous vous trouvez dans leur champ de vision. Dommage cependant que ces derniers ne soient pas alertés par le bruit, contrairement à la version MSX2.

Dans certains cas, le combat sera inévitable, mais une nouvelle fois l'approche furtive vous permettra d'assassiner par surprise un garde obstruant le passage. Au début, vous ne disposerez que de vos poings pour venir à bout de vos ennemis mais en fouillant dans les camions stationnés dans la base d'Outer Heaven, vous ne tarderez pas à débusquer quelques précieuses armes à feu tel un pistolet, un lance-grenades, un lance-roquettes, des mines, et bien d'autres équipements qui vous aideront lors de votre périlleuse mission.

Test Metal Gear Nes - Screenshot 23Attendez que les gardes pic du nez avant de les assassiner sournoisement.

La base que vous devez infiltrer est particulièrement bien gardée puisqu'en plus des rondes des militaires, vous devrez aussi faire attention aux dobermans qui surveillent jalousement certains passages étroits. A cela vient s'ajouter un système de vidéosurveillance que vous pourrez néanmoins contourner en passant sous les caméras afin d'éviter d'enclencher le signal d'alarme qui ameute des dizaines de gardes à vos trousses. D'ailleurs, sur ce point, deux types de gardes se distinguent, ceux qui ne vous pourchassent pas à l'écran suivant et ceux qui vous poursuivent jusqu'à que mort s'ensuive. Face à ces derniers, le combat sera donc inévitable.

Test Metal Gear Nes - Screenshot 24Faufilez-vous sous les bâches des camionnettes pour y dénicher de précieux objets.

Outre son aspect infiltration fortement marqué, Metal Gear se démarque clairement de la concurrence grâce à un level design plutôt innovant. En effet, Snake évolue dans un monde semi-ouvert fait de jungle et de base militaire où notre héros peut aller et venir en toute liberté. La seule restriction étant certains objets-clés qu'il faudra dénicher pour passer différents obstacles comme des portes verrouillées nécessitant des cartes magnétiques ou des pièces dotées de pièges mortels seulement franchissables avec le matériel adéquat. Ainsi, les niveaux tels que l'on a l'habitude de les voir sont ici tous entremêlés, ce qui permet aux joueurs d'évoluer dans l'aventure de différentes manières en étant toutefois restreint par la trame du jeu qui est imposée. Le soft intègre un système de grades, représenté par des étoiles, qui vous permet de savoir où vous en êtes dans la progression globale de l'histoire. Ces étoiles influent également sur votre personnage puisque que plus leur nombre augmente, plus vous pourrez porter de munitions et autres consommables.

Test Metal Gear Nes - Screenshot 25Certains équipements seront indispensables pour traverser des salles piégées.

Ce système dépourvu de niveaux clairement délimités comportent néanmoins un inconvénient, car à chaque fois que vous mourrez, vous êtes reconduit à la zone de départ vous obligeant alors à effectuer de nouveau tout le chemin précédemment parcouru. Cependant, vous conservez tous vos objets et votre progression dans l'aventure reste inchangée. Même si cela peut paraître frustrant, le stress de ne pas se faire repérer n'en est que plus intense ce qui participe fortement à l'expérience unique offerte par le jeu. Notez que si vous décidez d'arrêter votre partie, un code vous sera donné afin de ne pas perdre l'équipement et l'avancée au sein des missions de votre personnage.

Test Metal Gear Nes - Screenshot 26L'ouverture des portes nécessite une clé magnétique.

Malgré ce monde semi-ouvert, vous n'échapperez pas aux sempiternels boss qui sont d'ailleurs plutôt nombreux – pas moins de dix protagonistes, qu'il faudra vaincre pour pouvoir accéder à de nouvelles salles et faire progresser la trame. Et même si l'histoire est retranscrite plutôt sommairement à travers les messages radio et quelques courts dialogues, le système de radio en lui-même est plutôt bien pensé. A travers cet appareil, vous obtiendrez non seulement vos ordres de mission, mais vous pourrez surtout glaner de précieux renseignements sur les énigmes que vous rencontrerez. En réglant la fréquence sur le bon canal, vous aurez l'opportunité d'entrer en contact avec des personnages-clés comme Kyle Schneider, Jennifer ou Diane. On regrettera seulement que ce premier opus n'affiche pas encore les portraits des interlocuteurs contrairement au second volet de la version MSX2.

Test Metal Gear Nes - Screenshot 27Passer sous les caméras pour tromper la sécurité.

Bien que cette présentation du jeu puisse sembler idyllique, Metal Gear sur Nes pâtit d'une réalisation d'une rare médiocrité. Tout d'abord, les graphismes ne font vraiment pas honneur à la console de Nintendo en affichant des sprites minuscules et grossiers qui sont affublés d'animations frôlant l'amateurisme mais qui se voient heureusement rehaussés par des environnements d'assez bonne facture. On note aussi un fait étrange sur certaines zones qui se duplique à l'infini. En effet, si aucune issue n'est disponible dans la direction choisie, vous ressortez du côté opposé de l'écran duquel vous êtes sorti, à l'image de Pacman. Au début, le joueur peut croire qu'il s'agit d'une nouvelle zone et peut alors tourner en rond de nombreuses minutes avant de se rendre compte qu'il revient toujours au même endroit ce qui est assez déroutant. Il faut alors composer avec des chemins sans issues qui nous font toujours revenir au même écran.

L'IA s'avère assez souvent défaillante en provoquant des réactions relativement surprenantes comme des gardes qui se mettent à courir dans tous les sens plutôt que d'aller vers notre personnage. Cependant, le système de détection fonctionne assez bien et compense un peu cette faiblesse de gameplay.

Test Metal Gear Nes - Screenshot 28

Enfin, même si la localisation en français du jeu ne peut être que saluée, la qualité des textes est au final assez médiocre et peine à nous immerger dans l'univers de Solid Snake. En conclusion, alors que la version MSX2 de Metal Gear frôle le chef-d'œuvre, le portage sur la console de Nintendo ne s'est pas fait sans heurts. Bien que les fondements du gameplay sont encore présents et offrent une expérience de jeu unique, il faudra un sérieux sens de l'abnégation pour passer outre une réalisation qui fait honte à une licence de renom dont le créateur lui-même ne reconnaît même pas la légitimité de cette version.

Nuktos (contributeur de jeuxvideo.com), le 23 août 2012

Les notes

  • Graphismes 7/20

    Même si Metal Gear fait partie des premiers jeux de la Nes, la réalisation médiocre ne peut être pardonnée surtout quand on sait qu'un studio comme Konami est aux commandes. Avec des sprites minuscules et grossiers alourdis par des animations frôlant l'amateurisme, il faut une sérieuse motivation pour ne pas être repoussé par ce rendu visuel pathétique. Heureusement, les paysages et la base d'Outer Heaven sont assez bien rendus et rehaussent un niveau graphique bien bas.

  • Jouabilité 14/20

    Contrairement aux jeux d'action classique, Metal Gear place l'infiltration au cœur du gameplay et relègue les combats au second plan. Ainsi, plutôt que de foncer tête baissée pour terminer le niveau, le joueur doit réussir à échapper à la vigilance des gardes via diverses feintes. Bien que la détection soit assez efficace, l'IA génère souvent des réactions assez surprenantes. La prise en main de Snake est en outre particulièrement intuitive, bien que la gestion des objets soit un peu lourde. Enfin, le système de radio est vraiment novateur pour l'époque.

  • Durée de vie 14/20

    Infiltrer la base d'Outer Heaven n'est pas chose facile, il vous faudra plusieurs heures ponctuées d'échecs et de tâtonnements afin de trouver comment vous infiltrer et contourner chaque obstacle qui bloquera votre route. Car avec son monde semi-ouvert, Metal Gear offre une certaine liberté et au vu du nombre important de boss, le contenu proposé est assez conséquent pour un jeu de ce type. Seule l'obligation de retraverser le jeu depuis le début à chaque mort pourra inciter certains joueurs à abonner leur mission prématurément.

  • Bande son 14/20

    Contrairement aux graphismes, les thèmes musicaux sont de bonne facture et collent bien avec l'ambiance pesante relative à l'infiltration de Snake. Quant aux bruitages, ils sont assez basiques, ce qui s'explique par la limitation technique de la console.

  • Scénario 10/20

    Intrinsèquement le scénario est dépeint sommairement à travers de brefs échanges radio et quelques dialogues laconiques. Dépourvu du charisme qu'on lui connaît, Solid Snake se voit doté de rhétoriques sans saveur frôlant parfois l'absurdité. Cela est certainement dû à une localisation médiocre qui a néanmoins le mérite d'exister. Seul le rebondissement final parvient à nous sortir de notre torpeur, les fans de la série sauront l'apprécier rétrospectivement à sa juste valeur.

  • Note Générale13/20

    Après une première version sortie sur MSX2, Metal Gear se voit porté sur la console de Nintendo afin que les joueurs occidentaux puissent profiter du chef-d'œuvre d'Hideo Kojima. Dommage que Konami n'ait pas fait appel à lui pour réaliser cette adaptation qui a laissé de nombreuses plumes lors de son voyage depuis le Pays du Soleil Levant. En effet, pourvu d'un rendu graphique digne d'une production amateur, le soft a perdu en crédibilité pour de nombreux joueurs. Et pourtant, derrière ces affreux sprites se cachent bel et bien un jeu novateur qui met l'infiltration au premier plan. Au sein d'un monde semi-ouvert, le joueur devra se faufiler furtivement dans les entrailles de la base d'Outer Heaven pour tenter d'avorter le projet Metal Gear. Si vous parvenez à faire fi de cette réalisation de seconde zone, vous pourrez alors vous adonner à une expérience unique.

    La note de la rédaction est une appréciation de la qualité générale du jeu, mais n'est pas une moyenne arithmétique des différents critères.

  • Note Lecteurs 14/20

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