Une fausse déception.
J’ai joué et terminé deux fois le jeu (oui, un jeu, ça se joue, ça ne se teste pas), en mode nomade uniquement. Je ne parlerai donc pas du mode docké.
Un premier constat, les sensations sont là et le connaisseur reprendra facilement ses marques. Encourageant, oui, mais pour autant, si l’on retrouve à l’identique le gameplay d’alors à de vagues subtilités près, la magie n’opère plus avec autant d’insistance pour des raisons que j’évoquerai un peu plus bas.
Il n’en reste pas moins que le matériau de base n’est pas dénaturé, première victoire.
Le deuxième constat s’impose comme le fastidieux exercice de l’analyse technique, tant ici, il est corrélé au constat précédent.
30 FPS, distance d’affichage passable, clipping parfois prononcé (nostlagie), lag peu (pas ?) présent, ralentissements légers durant certaines cinématiques, textures baveuses, et colorimétrie surprenante : saturation (surtout dans les rouges), pour le moins douteuse. Sans être moche, il serait mensonger de dire que le jeu surprend par sa technique, loin s’en faut. Le jeu reste techniquement inférieur à un Panzer Dragoon Orta dans sa version Xbox première du nom.
Le constat inverse pouvant peut-être s’observer en version docké (à tester, pour ma part).
La véritable différence, et c’est là que la technique viendra télescoper l’expérience global, tient à ce que l’on voit aujourd’hui, comparativement à ceux que l’on devinait à l’époque. L’univers était davantage fantasmé par le prisme d’une technique brouillonne mais qui se rêvé réaliste (un autre temps), que réellement observé, admiré, et décortiqué.
Le paradoxe pourra surprendre, il n’en reste pas moins que d’autres joueurs de la première heure ne s’y retrouveront pas dans cette direction artistique (existe-t-elle seulement ?), hésitante, trop légère et imparfaite pour sublimer ce qui aurait pu et peut-être dû rester caché, mais trop précise pour nous laisser le bénéfice du doute. Quel est le parti pris ? S’agit-il d’une plastique réaliste ? D’une caricature boursouflée d’un monde au vague relent apocalyptique ? On s’y perd…
Ce qu’on y gagne en précision technique, on le perd en immersion, le jeu se racontant moins qu’il ne se joue. Car oui, Panzer Dragoon premier du nom était avant tout une plongée en contrée sauvage, nombreux sont les joueurs qui en témoigneront. Une expérience qu’on rapprochera d’un Another World en son temps, lui empruntant son intense brièveté et sa structure narrative, passant avec douceur et sensibilité d’un environnement hostile et ravagé d’un désert inconnu, à la technologie cyclopéenne d’une capitale en flamme… Pour finir miroir l’un de l’autre : le premier se terminant à dos de dragon, le second par la perte de sa monture.
Si j’évoque avec insistance le parallèle évident entre les deux jeux, c’est que la véritable proposition de ces derniers est la même : le voyage initiatique, la différence tenant en un « comment » bien différent. Et quand la technique dessert plutôt que n’appuie la nature profonde d’un jeu, c’est que le pari du remake est manqué… Fort heureusement, l’OST est toujours aussi incroyable, contribuant grandement à l’expérience. On abandonnera en revanche les superbes illustrations de Moëbius qui s’offrait à nous durant le générique de fin, au profit d’artworks très réussis également.
Donc il s’agit d’un mauvais jeu ? Pas si vite… Il s’agit à mon sens d’un mauvais remake, mais pour autant, il mérite une attention toute particulière pour les raisons qui vont suivre.
Le « comment », loin de trahir le premier opus, lui fait honneur. Oubliez les commentaires sur la supposée réactivité faiblarde de la caméra et imprécision du réticule de visée. Le jeu est fidèle à l’orignal et demande à être apprivoiser. Il propose en outre une maniabilité « moderne », inutile et peu maniable selon moi, ainsi qu’un réglage de sensibilité du viseur qui peut s’avérer pratique selon vos préférences de joueur. De même, la caméra peut être éloigné ou rapproché du dragon, et le viseur recentré en un clic, petit plus appréciable, le tout au service d’un gameplay impeccable qui reproduit sans mal les sensations vécues à l’époque. Un shooter de qualité comme rarement le média n’en a produit (locker les ennemis est toujours aussi plaisant et addictif, rassurez-vous).
Finalement, que retenir ?
Mon avis très critique ne doit pas occulter la qualité du jeu originel, que ce remake reproduit partiellement. Précis, direct, il reste ce shooter d’exception qui marqua une génération le temps d’une aventure courte, exaltante, et évocatrice malgré une technique en dent de scie qui rend prégnant un monde qui s’affaisse à la lumière d’un enrobage qui ne lui rend pas hommage et nous éloigne quelque peu du propos fondamental du jeu.
Subsistera ce parfum légèrement enivrant qui fera finalement son office : nous donner envie de prendre son envol, bercé par la symphonie d’une ambiance sonore inoubliable.