Dans cette vague de tests complaisants, tout le monde semble avoir reçu sa copie gratuite. Silence total sur le prix (entre 70 et 150 € selon l'édition) pendant que le compte officiel français retweete mécaniquement ses petits toutous. Le circuit promotionnel est bien rodé : Bandai Namco a retenu la leçon de la débâcle Digimon Survive. Certains flirtent ouvertement avec le publirédactionnel, entre éloges forcés et absence totale de recul. Une impression déjà ressentie lors des précédentes sorties, Kizuna, Ghost, Survive, autant de choses oubliés. Cé le Pokémon-killer (Pokémon CÉ nul!), cé matur, cé somb', cé dark, cé cé cé... Cé qué quoi ? Voyons.
HUIT ANS de DÉVELOPPEMENT.
Et le jeu a au moins le mérite de démarrer rapidement. Les joueurs apprécieront la possibilité de passer les cinématiques sans grand intérêt et longuettes. Les précédents Digimon Story étaient surchargés d'histoires dès le disque lancé, ici on a une porte ouverte plus encourageante pour démystifier cette sous-série dans ce qu'il a à offrir en jeu vidéo avant d'être coupé par le storytelling shonen prout-prout. Sans être honnêtement mauvais, tu secoues un arbre tu as 50 anime du genre sur Crunchyroll ...c'est un peu le problème de cette licence mais là n'est pas le sujet.
Manette en main, en HUIT ANS de DÉVELOPPEMENT, Time Stranger se contente d'égouts ternes et de décors génériques avant de timidement s'ouvrir sur les Philippi------ le “Digimonde” pardon. L'exploration manque d'âme, les combats JRPG de nerfs, d'incarnation dans les bulles de texte, dans les pantins utilisés et dans les rencontres. Rapidement on tourne sur un champ lexical spécifique un peu robotique. La traduction est possiblement humaine ou de l'IA retouchée par une main humaine, donc y a un sursaut de jeux de mots ici-et-là mais c'est anecdotique, l'écriture est surtout dirigiste.
Le titre tourne sous Unreal Engine 5, mais ne parvient jamais à en tirer la moindre beauté : textures grossières, animation raide, effets saccadants et une direction artistique sans lisibilité, les proportions des modèles sont souvent inadaptées. En n'étant pas gamer, sans la réf à Persona, je pense inévitablement à l'écart de qualité avec un Kingdom Hearts (sur PS2 ! Revoyez des images, c'est quelque chose de solide. KH a été noté 15/20 ici, Digimon de 2025 a des 19/20 c'est pas normal). Sur ce Digimon l'ensemble ressemble plutôt à des mods mal assemblés, apposés sur une map neutre avec Homer Simpson pouvant surgir à tout instant. La musique est inexistante... quand elle se décide enfin à se faire entendre, c'est pour mieux s'oublier. On a l'habitude, Digimon Survive étant la seule exception qui sortait un peu du lot sur ces jeux.
La traduction française fait plaisir, déjà par sa simple existence et avec le retour des termes "'digivolution” ou “dino flamme” et compagnie. Mais elle trahit aussi sa précipitation : tournures maladroites et attaque traduits à la va-vite pour les digi-nouveaux venus : il y a 500 digimons donc ça s'excuse mais à ce niveau, Pokémon reste un modèle de finition. C'est une série principale de jeu vidéo, un produit vitrine pour des peuhti monstreuhs vitrines, cette intégration si superficielle laisse perplexe. Angemon, par exemple, apparaît dès l'épisode 10 de la saison 1, il est connu ce n'est pas un monstre caché et pourtant on ne retrouve pas sa signature officielle (Main du Destin). D'autres créatures issues des saisons doublées subissent le même sort. Ce n'est pas anecdotique et illustre parfaitement l'absence de vision à long terme. Bandai sait pertinemment que ce Time Stranger restera... un étranger du temps.
Time Stranger est le moins pire, j'y joue comme j'ai joué à Zapper en attendant de basculer sur Crash Bandicoot, on y joue donc on y est content, on y trouve pas vraiment de plaisir au fil des heures donc on y reviendra cependant pas. Néanmoins c'est un moins pire de plus, Digimon est relancé en France depuis 2016 ! Et bon 10 ans de déception, tributaire de la qualité inégale de ces produits évidemment. Allez, on range le jeu, on ressort les DVD avec Tai et Matt, l’œuf va éclore NON LE DIGIOEUF TAI IL DÉVORE INTERNET 

et au lit (Ah mais non, rien qu'en citant le film je suis excité comme une puce ça m'a réveillé
J'adore Digimon et rien ne m'enlèvera ça).
Enfin, si je peux conseiller un jeu qui m'a amusé dans cet univers, c’est Digimon World Re:Digitize Decode. C'est un remake du jeu PS1, fun, dépouillé, pas un triple A, mais je le trouve plus honnête que ce qu'on a là.