En tant qu'amateur objectif de rodéo américain (à ne pas confondre avec le rodéo Bulgare qui échange le taureau pour la belle-mère), je suis heureux de constater qu'enfin des éditeurs s'attaquent à représenter cette niche socio-culturelle à laquelle j'appartiens.
Le rodéo est plus qu'un sport ou qu'un passion, c'est une vocation spirituelle qui amène à l'élévation personnelle. Et c'est justement cette partie qui m'empêche de mettre un 20 à ce divertissement vidéo-ludique. Même si la participation active au développement du jeu par des grandes figures du mileux telles que Davis, Nance ou encore J "Daniels" Lockwood (les amateurs comprendrons), ils n'ont pas su saisir la fibre profonde qui amène ces gens pourtant supposément lambdas à mener cette vie prométhéenne qui tend à disparaître dans notre monde corporatiste. Je me souviens de mon premier taureau comme je me souviens de ma première belle-mère : une belle bête, fière, puissante, intimidante donc chaque muscle semble taillé pour l'affrontement qui se profile à l'horizon. Le regard plongé dans celui du monstre à dompter, avant de le chevaucher pour le soumettre ou non à la pression ferme des esquiaux-jambiers homo-sapiens qui ont eu raison de bien des pastèques lors de concours obscurs en Russie occidentale. Mais je ne pouvais pas en attendre autant de profane du milieu. Qui n'a jamais dompté la bête ne peut prétendre à la comprendre.
Du point de vue du jeu, les graphismes s'adaptent parfaitement à une reconstitution fidèle du duel homme-bête qui résulte de cet art noble. Les muscles se bandent et se contractent, la sueur et le souffle chaud de l'animal sont rendus plus vrais que nature. Justice est faite, l'immersion est totale. La bande-son est tout aussi sublime, même si je préfère rodéer (ne vous en déplaise) sur du Rachmaninov en fuite mineur 7ème pentatonique. Mais ce n'est qu'une question de goût. Certains se contenteront de Skrillex ou Gunther afin de dompter l'animal, et je ne peux que comprendre pour le deuxième cas.
Le choix de la monture est tout à fait exceptionnel. Je n'avais pas vu autant de taureaux depuis mes balades solitaires dans le Cantal. Les différentes races représentées collent à l'esprit pionnier américain, même si j'aurai été flatté de voir une Limousine dans la sélection. Mais il est vrai que la France n'est malheureusement bien représentée qu'en cuisine et en politique lorsqu'il s'agit d'ovins. Passons sur le gameplay réalisé proche de la perfection et tous autres détails pour s'intéresser au plus important :
Le mode Versus. Digne héritier des fables mythologiques où Zeus (Deus) s'incarne en taureau (Ex Taurina), le joueur omnipotent en l'occurence peut aussi s'adonner à ce loisir. En revanche, l'objectif diffère de notre cher paternel hélennique, car il ne s'agit pas d'aller sauter la gueuse se noyant en Mer Egée. Non, là il s'agit d'incarner le taureau afin de défaire un ami en duel. Et quelle idée louable ! Malheureusement, ceci n'est pas possible en réalité, à moins de séances de roleplay ovin en tenues de cuir de vache (et je vous avoue c'est pas la même chose). Il s'agit donc clairement d'un fantasme devenu réalité au travers de l'écran, pouvoir comprendre ce que ressent la bête lorsqu'elle est chevauchée. J'ai aussi fait jouer ma belle-mère pour qu'elle comprenne le point de vue du dompteur.
Quoi qu'il en soit, ce mode incarne une vraie bouffée d'air dans un jeu qui soulève beaucoup de poussière, et il n'est pas exclu qu'après quelques parties se réveille la bête qui sommeillait en vous
Merci, merci à 8 To Glory pour avoir dignement représenté le rodéo américain dans toute sa splendeur. Vivement l'extension Bulgare et Afghane (je vous laisse deviner de quoi il s'agit).