Pokémon Gemme : L’Arlésienne du fantasme des fans qui n’ont pas compris l’essence de la série Pokémon
Il fut un temps, révolu sans doute à notre ère, où les rêves des joueurs se façonnaient à coups d’imagination, d’attente patiente et de souvenirs dorés. Mais certains, incapables de résister aux sirènes du fantasme du "Pokémon ultime", ont décidé de prendre les ciseaux de la nostalgie pour recoller, malhabilement, les morceaux d’un puzzle qui n’avait nul besoin d’être réparé.
Pokémon Gemme, c’est ce mirage numérique né de la conjonction d’une ambition sincère et d’un malentendu fondamental : croire que plus de Pokémon, plus de régions, plus de difficulté, plus de "tout" équivaut à une meilleure expérience. On dirait un Ronflex sous caféine : impressionnant, massif, mais désespérément lent et incapable de bouger sans Effort
Mais non, chers architectes de l’excès. Non. Ce que vous avez produit n’est pas un hommage : c’est un mausolée. Une cathédrale absconse édifiée sur les ruines de la simplicité ludique, cette petite Étincelle qui faisait battre le cœur de la série originelle
Le jeu s’ouvre, comme tant d’autres, sur la promesse d’un monde vaste, libre, presque messianique : toutes les régions, tous les Pokémon (ou presque), un Pokémonde Paragruelique, une difficulté d’ascète. On croit au réveil de Jirachi, mais très vite, tel un Zorua juste sorti de l’œuf surpris par un Vent Arrière, l’illusion se délite. Car ce que Gemme offre, ce n’est pas la liberté, c’est l’épuisement. Un monde immense, oui, mais vide de sens, sans direction, sans souffle. Une mer de contenu sans cap ni gouvernail : on Surf sur l’Écume sans jamais Plonger vers le fond.
Et que dire du gameplay ? Ah, cette difficulté... vantée comme vertu, mais implémentée avec la grâce d’un Mammochon en tutu. Ici, le challenge n’est pas un adversaire cachant son jeu de fin stratège, mais un Tyranocif bourré : brutal, incohérent, et toujours mal placé. Des dresseurs surboostés surgissent des hautes herbes, comme des Nosferapti dans le Mont Sélénite, armés d’équipes absurdes, dans un monde où la montée en niveau tient plus du sacerdoce que du plaisir.
Mais la faute ultime, celle qui condamne Gemme à errer dans les limbes des projets avortés, c’est cette manie de croire que l’empilement équivaut à la profondeur. Que faire coexister Johto, Sinnoh et Kanto dans une même cartouche bricolée suffit à générer de l’émotion. Non, ce n’est pas un jeu : c’est un Pokédex zombifié, une encyclopédie sans âme, un bac à sable sans seau, un festin sans goût. Ou pour le dire autrement : un Métamorph qui aurait oublié comment lancer Morphing.
Et pour couronner cette parodie d’absolu, les créateurs ont scellé le sort du jeu dans un choix idéologique aussi rigide que révélateur : ne jamais aller au-delà de la quatrième génération. Comme si le Graal des puristes s’arrêtait là, dans une sorte de fantasme figé de Genwunner, criant que "Pokémon, le vrai, s’arrête à Sinnoh". Une décision aussi arbitraire que symptomatique d’une incompréhension totale de ce qu’est une série vivante : un récit en perpétuel mouvement, un univers en expansion constante, pas une relique sanctifiée. Ce choix est un discours qui ferait passer Hélio de la Team Galaxie pour un progressiste
On m’opposera, comme toujours, la bonne foi des développeurs, leur passion, leur sueur bénévole. Soit. Mais même l’ardeur du plus sincère des bâtisseurs ne saurait masquer les fondations moisies d’un projet qui n’a jamais su où il allait. Gemme a été mis K.O. par sa propre surcharge : pas besoin d’attaque Explosion quand on s’autodétruit.
Alors, mes chers utopistes de la Poké-nation, peut-être est-il temps d’accepter une vérité aussi simple qu’essentielle : ce qui fait la magie de Pokémon, ce n’est pas la complétude, mais le mystère et l'aventure. Ce n’est pas de pouvoir tout faire, mais de vouloir encore rêver. Pokémon, c’est moins une encyclopédie qu’un carnet d’exploration à moitié rempli : ce qui reste vide donne envie de repartir.
Gemme ? Une chimère. Une tentative avortée de raviver une flamme à grands coups de nostalgie. Mais dans leur hâte à tout inclure - sauf l’évolution - ils ont oublié l’essentiel : Pokémon n’a jamais été un tableau Excel de 800 entrées. C’est un voyage, une émotion, une aventure qui, parfois, vaut mieux incomplète et ouverte aux théories.
Ainsi, ma note pour ce jeu, ira à l’égalité du nombre de générations présentes : 4/20.
Car même le fanatisme mérite une note, et le fantasme, une frontière.