C'est en attendant avec impatience la sortie du nouveau Tex Murphy, jeu mythique ayant bercé mon adolescence que je suis tombée sur le jeu de Jane Jensen, Moebius, Empire Rising. Je suis admirative de ces auteurs (autant Chris Jones que Jane Jensen) qui ont su aller au bout de leurs rêves, grâce à un travail collaboratif (merci à Kickstarter, qui permet d'en réaliser beaucoup). Bravo à ces passionnés, parfois désargentés, qui pour vivre pleinement leur vie et aller au bout de ce qu'ils avaient rêvé ont su mobiliser les fans, pour lesquels ces jeux ont été parfois des révélations (j'ai appris en particulier l'anglais beaucoup grâce à ces jeux vidéo et maintenant je suis prof...) La série des Gabriel Knight est en particulier un pur bonheur à jouer et ouvre des horizons historiques avec des références toujours fouillées et intéressantes.
C'est avec ravissement que j'ai découvert le jeu en téléchargement et je me suis précipitée dessus.
Ici comme dans les Gabriel Knight, j'ai retrouvé l'atmosphère prenante du jeu d'aventure à tendance ésotérique.
L'histoire est très bien menée et très bien écrite et nous tient en haleine. On dévoile peu à peu des pans du mystère.
Qui plus est, j'ai particulièrement apprécié l'aspect psychologique de l'écriture. Dans un monde d'hommes, on sent la patte féminine, l'émotion qui naît au fur et à mesure de l'amitié grandissante des deux hommes, une amitié qui donne sa pleine humanité à une tête pensante aigrie, écorchée vive. J'avoue avoir eu quelques frissons et un plaisir rarement ressenti même en lisant.
Cette transformation est imperceptible néanmoins réelle mettant au jour les faiblesses de Malachi tout en lui redonnant la force qui lui manquait.
C'est une très belle aventure humaine qui mériterait d'être retranscrite sous forme de livre, en attendant que le genre du jeu d'aventures soit reconnu comme oeuvre de création à part entière, ce pour quoi je milite.
La véritable force de ce jeu tient donc à l'écriture, qui mêle également à l'émotion souvent l'humour notamment lorsqu'il s'agit d'analyser les traits de caractère des différents personnages rencontrés.
Les analyses d'histoire de l'art sont également très fines et nous plongent dans l'univers d'un antiquaire authentique. Il en est de même pour l'approche sémiotique (analyse des différentes attitudes qui révèlent les traits caractéristiques des personnages)qui fait de nous un psychologue. La recherche d'une correspondance historique des personnages nous permet également de nous familiariser avec la biographie de nombre de personnages historiques, ce qui ravit les passionnés d'histoires comme moi.
Qui plus est, la qualité de la langue anglaise est très bonne, le vocabulaire précis et fourni, et la prononciation excellente, ce qui permet, en plus de réviser quelques notions historiques, de parfaire sa prononciation et sa compréhension.
J'ai également apprécié la logique des énigmes, pour lesquelles je n'ai jamais eu à consulter de solution, comme c' est parfois le cas dans certains jeux particulièrement illogiques.
Bien sûr, comme il est de mise dans les jeux d'aventure, la solution qui s'offre à nous n'est pas toujours celle qui semblait la plus logique, néanmoins, ce genre d'écueil est rare dans ce jeu(bien que la logique voudrait qu'on ne reprenne pas l'avion de Washington à New York pour aller chercher un objet...) Bref c'est le lot de tous les jeux d'aventure.
Certaines critiques se sont attardées sur les graphismes. Il est vrai qu'ils ne sont certainement pas au niveau des dernières réalisations. Cependant, est-ce pour les illustrations qu'on lit un livre ? Cet aspect me semble pour le moins secondaire. En tout cas, cela ne m'a pas posé de problème.
J'ai apprécié en revanche qu'il n'y ait eu aucun bug, aucun patch à télécharger ou quoi que ce soit, et que le jeu m'ait tenue en haleine pendant un jour et demi (19h de jeu) ce qui est une durée de vie non négligeable pour un jeu quasiment amateur.
En conclusion, j'ai passé un très agréable moment à jouer à Moebius, qui m'a procuré presque autant de bonheur que les "Gabriel Knight" dont il est le digne descendant. J'attends avec impatience la sortie d'un nouveau "Malachi Rector", la suite de ses aventures et les développements de son amitié avec le jeune capitaine.
Bravo à tous les concepteurs de ce jeu collaboratif et "familial", leur persévérance, leur opiniâtreté, et merci pour le plaisir qu'ils m'ont procuré pendant deux jours entiers qui ont illuminé mes vacances.