Alors que le genre du versus fighting se cherchait encore dans les années 1980 après des titres comme Heavyweight Champ (proche d'un Punch-Out sur arcade), Karateka, Urban Champion et Yie Ar Kung-Fu, Capcom tenta un coup d'essai avec le tout premier Street Fighter, sorti sur arcade en 1987 puis porté sur ordinateurs personnels et PC-Engine.
Le jeu consiste en une série de combats à un contre un en vue de côté aux quatre coin du monde pour obtenir le titre de champion. On y incarne Ryu, jeune japonais en keikogi blanc entraîné par son maître aux côtés de son ami Ken (keikogi rouge et longs cheveux blonds, utilisable par le deuxième joueur en appuyant sur Start en plein combat), qui se rend à un tournoi de combats de rue organisé par l'empereur du muay thaï, l'imposant Sagat.
Si on choisit le premier pays dans lequel on se rend, il nous faut affronter chacun huit combattants avant de se rendre en Thaïlande : deux japonais (Geki le ninja et Retsu le maître de combat), deux chinois (Lee le classique et Gen le vieux maître barbu), deux anglais (Birdie l'ex-catcheur et Eagle le gentleman avec chemise blanche, bretelles et moustache blonde) et deux américains (Joe le beau gosse torse nu et Mike le boxeur). Les derniers affrontements seront donc contre le très agile Adon et le champion Sagat. Seulement à l'époque, le personnage jouable est souvent unique, et que l'on joue avec Ryu ou Ken, ils ont exactement le même maniement, c'est là la première grande limite de ce premier Street Fighter.
Si une partie des persos ont un style très classique et ne reviendront jamais dans la série, d'autres resteront : Ryu, Ken et Sagat dès Street Fighter II étant donné leur importance, Mike deviendra Balrog afin d'échapper à son inspiration pour Mike Tyson et Eagle devra attendre Capcom versus SNK 2 puis les versions GBA et PSP de Street Fighter Alpha 3 avant de refaire surface. Quant à Birdie, Gen et Adon, ils réapparaîtront dans les Street Fighter Alpha.
Une bonne partie des bases de la série était déjà là pour ce premier épisode : le combat à un contre un en vue de côté sur deux rounds à temps limité, la protection sur simple pression de la flèche directionnelle arrière, la tête défoncée des personnages quand on les bat accompagnée d'une petite phrase de victoire, le compte à rebours demandant si on veut continuer en cas de défaite, la carte du monde avec l'avion qui se dirige vers le prochain pays, chaque personnage qui a son niveau et sa musique, l'écran versus avec les deux avatars de personnages, les poses de victoire et le décompte des points, les différentes puissances de coups de poing et de pied, et surtout les coups spéciaux à exécuter en faisant une manipulation précise.
Graphiquement, le jeu est beau avec sa petite esthétique à l'ancienne et les paysages sont variés et souvent inspirés d'environnements réels. Les musiques sont plutôt réussies mais certaines manquent de punch et sont assez étranges, à commencer par celle de Sagat qui ressemble à une série de percussions frappées au pif avec une qualité grésillante.
Street Fighter aurait pu être un hit s'il n'avait pas écopé de son défaut fatal. En effet malgré beaucoup de bons points, la jouabilité reste très mauvaise bien que globalement supérieure à celles des précédents jeux du même genre. Les personnages se déplacent par à-coups et sautent de manière bien trop rigide pour que l'on puisse se diriger correctement. Si on pouvait déjà avoir du mal à comprendre la mécanique des coups spéciaux à l'époque car c'était tout nouveau, ces derniers ne sortent en plus qu'une fois de temps en temps, ce qui donne bien souvent des combats calamiteux où on se retrouve vite par terre si on joue en mode normal. Et même en mode facile c'est pas du gâteau tellement l'IA est hasardeuse et parfois cheatée quand elle t'enchaîne plusieurs coups de pied aériens sans qu'on puisse faire grand chose. Les combats deviennent vite pénibles et les victoires souvent dues à la chance. Les collisions sont mal fichues et tout est basé sur les coups spéciaux tellement ils tapent fort, là où les coups simples sont ridiculement faibles en plus d'être durs à placer.
Au final, l'essentiel étant biaisé, on se retrouve avec un mauvais jeu de combat avec aussi une belle avancée pour le genre. La suite du scénario sera reprise dans Street Fighter II, avec un Sagat voulant prendre sa revanche sur Ryu, ce dernier étant devenu champion après lui avoir fait une jolie cicatrice sur son torse suite à un dragon punch. Un jeu au gameplay très bancal mais qui a donné naissance à la plus grande série de jeux de combat de tous les temps !!