Alors que le générique de fin défile sur l'écran, la première chose que je me dis c'est : "Dommage". Dommage, car ce Myst 5 avait le potentiel pour être un grand jeu d'aventure, voire même peut-être un grand Myst. Mais voilà, Cyan Worlds, la société qui a conçu la série Myst, n'avait sans doute pas la possibilité de faire de ce dernier volet autre chose qu'un jeu "pas mal, mais sans plus". Car pour Cyan, il est loin le temps où l'on avait les mains libres et le temps nécessaire pour réaliser des chef-d'œuvres. Contrainte de s'associer à une grosse boîte (Ubisoft) pour pouvoir développer ses jeux, la société Cyan Worlds ne disposait plus du choix de repousser au besoin la sortie. Mais il est probable que cela 'ait rien changé : il fallait de toute manière boucler le jeu de toute urgence avant l'inéluctable, qui se profilait dangereusement à l'horizon. Endettée jusqu'au cou, la société Cyan Worlds se préparait à déposer le bilan.
A bien des égards, on ressent alors dans l'aventure Myst 5 que ce jeu a été réalisé dans l'urgence. Les graphismes sont nettement en dessous de la version précédente, les textures sont fades et peu attrayantes, les éléments du décor (plantes, herbes, rochers, etc.) sont répétés à l'identique dans les Ages autant de fois que nécessaire. Il en ressort une ambiance étrange, par moments complètement froide et factice. Et pourtant, on a droit à de véritables moments magiques par endroits. Les personnages en 3D sont plutôt réussi, mais n'arrivent pas à la cheville des acteurs incrustés des autres Myst. Comparé aux précédents volets où chaque détail est un émerveillement, Myst 5 fait malgré tout bien pâle figure.
Les musiques sont discrètes et plutôt agréables, mais manquent parfois de créativité, et n'aident pas fondamentalement le joueur à s'immerger dans les Ages.
La maniabilité a été complètement revue dans ce dernier Myst et se démarque des épisodes précédents. On peut désormais se déplacer librement dans les Ages entièrement en 3D, contrairement aux précédents jeux où le mode « pointer et cliquer » était privilégié. Ce mode étant plus complexe à mettre en place, cela explique aussi que les mondes soient moins détaillés. Ce changement apporte plus de liberté dans les déplacements, mais ce que l'on gagne en immersion ici, on le perd une fois de plus à cause des décors, trop vides.
Les énigmes du jeu sont également assez décevantes. On se prend davantage la tête à dessiner convenablement un symbole sur une tablette afin de la faire accepter par un Bahro borné qu'à réfléchir à la résolution des énigmes, qui globalement sont très (trop ?) accessibles.
Pour ce qui est du scénario, c'est peut-être là que le jeu s'en sort le mieux. Encore faut-il connaître l'histoire de Myst relativement bien, pour s'intéresser au problème posé par l'aventure. Dans le cas contraire, les propos des personnages et l'enjeu risquent de paraître un peu obscurs. Mais le dénouement du jeu découvre des surprises intéressantes, surtout pour ceux qui suivent la série Myst et son univers depuis un moment.
Au final, Myst 5 s'avère être « un bon jeu moyen ». Paradoxalement, il ne convient ni tout à fait au joueur débutant, à cause de son scénario trop abstrait, ni tout à fait au joueur plus expérimenté, qui trouvera assez facilement la solution aux énigmes. Sans connaître le contexte de la création du jeu ni l'histoire de Myst, j'aurais sans douté été beaucoup plus dur envers ce jeu, qui ne m'aurait sans doute pas captivé. Mais il faut reconnaître l'effort de Cyan pour avoir jusqu'au bout tenté de bien faire, même si le résultat n'est pas tout à fait à la hauteur.
Pour les fans de la série, sachez que Cyan s'est sortie in extremis de la situation de faillite dans laquelle elle se trouvait. Elle a trouvé un repreneur et a de nouveaux projets. L'histoire de la famille d'Atrus est close, mais les D'ni pourraient refaire parler d'eux. Vous ne vous y attendiez peut-être pas, mais il se pourrait que la fin n'ait pas encore été écrite.