Merci, merci...
Moi et Chinkmin avions - enfin, j'ai- beaucoup travaillés sur cette pièce afin de dénoncer les dérives qu'on pu engendrer en France Mai 68 en terme de libéralisation des marchés ; en ce en dépit des grands progrès d'acceptations sociales que ça a pu amener.
Mais j'ai beau casser du sucre sur le dos de Chinkuru il n'en a pas moins été d'une grande aide et d'un grand soutien. Vous voyez, lorsqu’il s’éloigne du groupe, il bute sur un arbre, il commence à le toucher et essaie de comprendre ses branches. C’est la fin de la pièce. Quand vous le racontez comme ça, c’est un homme sourd et aveugle et il touche un arbre, c’est sans conséquence, sans pouvoir. Mais dans un film qui travaille près d’une heure et demie vers cette image, qui la sensualise, soudainement ça devient quelque chose de très très grand. La façon dont le théatre fonctionne en ce sens est mystérieuse. C’est la place d’un plan qui lui donne toute son importance, c’est d’une grande signification. C’est comme, par exemple, la fin de "Prend la ciboulette Et Tire Toi!" avec les poules qui dansent. Mais là il faut dire que presque tout le monde sur le tournage détestait tellement le film qu’ultimement le directeur de la photographie a refusé d'éclairer ce plan. Il a dit : « Nous allons manger maintenant si tu veux faire cette merde », et j’ai dit : « Oui, je vais faire cette merde ». J’ai essayé de leur dire, « ne voyez vous pas qu’il y a là quelque chose, quelque chose de très gros », mais personne ne l’a vu. C’était très fort, très important. Et ça demeure l’une des meilleures choses que j’ai tournées de toute ma vie. Même l’équipe que je payais et qui m’était loyale m’a laissé tomber. Ils ont fait la grève !
Message édité le 26 mai 2016 à 20:17:30 par Pseudo supprimé