Sur Machiavel, ou sur le mancrush de Jf.
1.0) Triple appréciation de Machiavel.
J'adore Machiavel et j'ai dévoré la presque totalité de ses œuvres. J'admire sa vie. J'aime son style ; ses idées, et son sacrifice pour sa nation. Que l'on parle en mal de lui, et je serai le premier à intervenir. Je le défendrai avec passion, envers et contre tous. Je prends un malin plaisir à lire, et à relire ses œuvres puisqu'elles sont écrites avec tant de finesse et d'élégance que je ne m'en lasse jamais. Étudier les écrits de Machiavel, c'est être transporté à une époque où la survie politique -du moins, au sein de l'Italie des républiques et des duchés- dépendait d'une intelligence et d'une ruse éclatantes et franches. Se laisser emporter par la plume de Machiavel, c'est être témoin de l'histoire antique et moderne sous leur jour le plus délicieusement dégueulasse et véritable.
1.1) Son style et son flegme.
Le florentin a écrit avec une franchise et une lucidité qui ont fait, et qui font, froid dans le dos. Les œuvres de Machiavel ont une gueule presque sans égale parmi sans contemporains, et après eux. Son langage, bien que limité par le contenu lourd de ses œuvres, rejoint le lecteur immédiatement. Les écrits du florentin n'ont, malgré le contexte moderne dans lequel il les a produits, presque pas vieilli : ils sont tellement directs et riches en anecdotes croustillantes qu'ils demeurent un véritable délice pour tous les esprits, et spécialement pour les âmes tordues comme la mienne.
1.2) Ses idées et son intelligence.
On attribue - à tort - de mauvaises intentions à tout ce qui est du florentin. Machiavel était d'abord et avant tout un nationaliste qui voulait libérer sa nation de l'influence armée et politique des puissances européennes. Le Prince, loin d'être un outil destiné aux despotes, a été écrit dans le but de donner des armes politiques et militaires abstraites à Laurent de Médicis, et ce, dans le but de chasser les barbares de l'Italie et d'unifier la nation italienne. On attribue également les origines du conséquentialisme à Machiavel, ce qui est pure foutaise puisque l'idée était déjà rependue parmi les républiques d'Italie avant la naissance du florentin.
1.3) Sa vie.
Pouvez-vous, lecteurs, vous vanter -malgré vous- d'avoir transformé la pensée poltique de l'occident, en plus de vous targuer d'avoir mené des troupes au combat, d'avoir apeuré vos ennemis à un point tel qu'ils se sont résolus à vous isoler sans vous tuer (par peur de représailles), et d'avoir bâti une bibliothèque personnelle aux proportions épiques pour votre époque, et dont vous avez lu et mémorisé tous les livres ? Non ? J'assume que c'est probablement parce que vous n'avez jamais espionné sous couvert de religiosité (et d'habits monastiques), et que votre patrie ne vous a jamais fait haut-dignitaire. Machiavel a vécu une vie digne d'un roman, et ses œuvres sont dignes de sa vie.
2.0) Réflexions sur trois œuvres du florentin.
Ce qui suit est une série de réflexions déjantées et de constats historiques drôles et troublants sur les œuvres de Machiavel. J'aimerais réitérer mon admiration pour le florentin et mon amour pour ses traités malgré la rudesse de l'histoire envers lui. Saviez-vous que Machiavel était un républicain convaincu, qu'il s'opposait ardemment à l'impérialisme des nations européennes et qu'il condamnait l'usage abusif et immoral de l'appareil politique ? C'est ce que vous apprendrez un peu plus en profondeur très bientôt.
2.1) Le Prince.
Le Prince est le traité le plus populaire -et le plus fâcheusement mal compris- de Machiavel. D'abord destiné à un Médicis, l’œuvre s'est retrouvée entre les mains d'éditeurs florentins puis devant les yeux attentionnées des rois d'Europe, qui en ont bu goulument toutes les phrases et qui ont appliqué dans leurs états -avec succès- les conseils que le florentin destinait à un potentiel libérateur de l'Italie. Machiavel a malgré lui donné des armes à ses ennemis, qui les ont utilisées pour annexer des territoires italiens importants et pour scier le pouvoir des républiques et des duchés italiens. Comble d'ironie, la conséquence de la modernisation (provoquée entre autre par le florentin) des états d'Europe fut le maintien pendant plusieurs siècles de la soumission des italiens aux puissances étrangères. L'exemple de Machiavel est une preuve que toute bonne idée n'est pas bonne à partager.
2.2) Discours sur la première décade de Tite-Live.
C'est en lisant ce traité que l'on s'aperçoit de la réelle nature de la pensée politique de Machiavel. Le florentin était un républicain convaincu et consommé, et non un partisan des tyrannies. Il défendait ardemment le droit du peuple à se faire entendre, il supportait les bonnes mœurs -surtout au gouvernement- et la piété religieuse. Machiavel n'était pas le portrait que l'on se fait aujourd'hui de lui, et il suffit de lire son Discours sur la première décade de Tite-Live pour s'en persuader.
2.3) L'art de la guerre.
Peut-être le traité le plus méconnu de Machiavel, L'art de la guerre est une réflexion en long et en large sur le comment et le pourquoi de la manœuvre militaire de l'époque du florentin. On le lit avec un sourire en coin, ou bien avec une curiosité plus historique que militaire.