Paradoxalement, les étudiants bénéficiaient d'un statut particulier qui les plaçait au-dessus des lois ordinaires. Les homicides se concentraient autour du quartier universitaire et étaient autant le fait de disputes entre étudiants qu'entre universitaires et habitants. Cette relative impunité entretenait un climat d'agressivité et de tension permanente.
Londres n'était pas non plus un havre de paix et possédait ses zones à éviter, comme Westcheap, cœur commercial et cérémoniel, théâtre de rivalités entre guildes et attaques diverses, ou le quai de Thames Street, zone de conflits entre marins et commerçants. À York, ce sont les principales portes de la ville et des rues prestigieuses comme Stonegate qui concentraient les homicides, illustrant que richesse et visibilité attiraient la violence.
Ne sortez pas le dimanche
Ce qui frappe dans les trois cités anglaises étudiées, c'est la fréquence des meurtres commis dans des lieux symboliques et très fréquentés. Les homicides y prenaient valeur de spectacle: ils asseyaient la réputation d'un individu ou réglaient publiquement des comptes. À l'inverse, les quartiers pauvres et périphériques enregistraient moins d'enquêtes pour meurtre, peut-être par manque de pression sociale ou judiciaire.
Le dimanche était statistiquement le jour le plus meurtrier, en particulier autour du couvre-feu. La séquence typique: messe matinale suivie de beuveries, de jeux sportifs… et de bagarres sanglantes. Preuve que la sacralité du jour n'atténuait en rien la brutalité des traditions urbaines. Grâce aux procès-verbaux des jurys, les chercheurs ont pu localiser précisément les corps, identifier les armes utilisées et, parfois, les motifs. Le marché, les squares, les espaces cérémoniels ressortent comme des lieux privilégiés pour les affrontements, tout autant que les accès aux villes et les quartiers animés.
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Si la violence médiévale semble omniprésente, l'étude interroge aussi la lente diminution du taux d'homicides au fil des siècles. Les auteurs suggèrent que la transformation des modes de gouvernance et l'organisation spatiale des villes ont joué un rôle majeur dans ce reflux, grâce à meilleure surveillance, une restructuration des espaces et le développement d'une justice plus efficace.
Loin du récit médiéval fantasmé qu'on peut tous avoir en tête, cette autopsie de la violence urbaine donne à voir des sociétés structurées autour de la gestion des conflits et de la préservation de l'honneur quitte à verser le sang en plein marché aux poissons ou aux portes de la ville. Si l'époque médiévale est souvent associée à la barbarie, elle est aussi celle où se sont posées les bases de la régulation collective et du vivre ensemble.