La saison 1 de Gomorra est disponible depuis quelques semaines. Sans dévoiler son histoire, on peut dire que c’est une bonne fiction sur la mafia napolitaine. C’est cependant une série moins subtile que The Wire qui décrivait de façon plus complète l’impact de l’économie du crime et particulièrement celui du trafic de drogue sur les rapports sociaux dans une ville, chaque saison de The Wire étant le prétexte à une description quasi sociologique de la pénétration de l’économie criminelle dans le quotidien de nos vies. Saison 1 sur le quartier, saison 2 sur la classe ouvrière déstructurée, saison 3 sur l’école et l’éducation, saison 4 sur la politique et saison 5 sur les médias. Gomorra est très loin de cette fresque sociologique, tout comme elle est éloignée du regard décalé offert par la série les Sopranos qui au travers de la vie quotidienne d’une famille mafieuse américaine pose les questions de l’héritage social, ou comment un boss de la mafia peut transmettre son statut à ses enfants devenus des bourgeois.
Gomorra n’est clairement pas du niveau de ces deux séries. Sa force est cependant d’aborder modestement et simplement les mécanismes humains à l’intérieur d’un clan mafieux. Ce que montre Gomorra c’est que le parcours de vie d’un « homme d’honneur » est tout sauf un chemin de droiture et d’honneur.
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C’est dans cette richesse que réside l’autre intérêt de cette série que le monde médiatique et politique français est incapable de percevoir. Gomorra décrit une économie criminelle avec des codes semblables à nos quartiers populaires : bâtiments délabrés, cités HLM à l’abandon, élus locaux corrompus, têtes brulées montées sur des T-max qui pourrissent la vie des gens, économie criminelle de la drogue qui détruit des familles et des quartiers.
Bref, c’est la même mais il y a un petit truc qui ne colle pas à l’air du temps français et que nous serons probablement parmi les rares à relever. Toutes les petites frappes de Gomarra, des petits lascars en survet’ sur leur scooter – jusqu’au chef de point de vente – pour finir par le Don qui dirige sa famille sont tous blancs et catholiques (ils organisent même des processions pour honorer la Sainte Vierge). On attend avec impatience les analyses des sociologues et des éditorialistes du Figaro pour nous expliquer que la violence criminelle des quartiers populaires napolitains est le produit du catholicisme et de la culture des blancs qui comme chacun le sait et peut le constater en regardant Gomorra ne savent pas éduquer leurs enfants et leur transmettent des valeurs qui les prédisposent au crime. On attendra ensuite la version alternative à la vision zemourrienne du monde expliquant que la Camorra, c’était mieux avant, et que le rap game a corrompu la tête des jeunes napolitains.