Je voudrais vous décrire un scénario hypothétique qui expose mon expérience au niveau des interactions sociales pour voir si, comme le dit le titre, j'ai une obsession liée à la moralité.
Supposons que je sois assis avec un collègue de travail pendant la pause déjeuner. En dehors des saluts routiniers, je ne connais cette personne que de loin. C'est la première fois que je vais passer une période prolongée avec cette personne, au cours de laquelle beaucoup plus de nos personnalités vont certainement entrer en jeu. Alors que nous commençons lentement à déployer nos êtres l'un vers l'autre, je remarque que ma conscience est tirée. Une partie croissante de moi veut enquêter, en plus des questions que mon interlocuteur me soumet systématiquement, la question : "pourquoi la personne en face de moi me construit-elle comme elle le fait ? Autrement dit, comment ai-je (d'une manière ou d'une autre) contribué à ce que la personne à qui je parle me voie comme elle le fait ? Dans quelle mesure la façon dont elle me construit inconsciemment et consciemment résulte-t-elle de mes actions ? S'agit-il d'actions identifiables ? Si oui, ces actions justifient-elles que cette personne me construise de cette façon ? De plus, que peut-on dire de la personne en face de moi qui a établi une telle construction à partir d'une telle action ? Si non, quelles parties de moi cette personne voit-elle (si elle en voit) ? Perçoit-elle quelque chose à propos de moi dont je suis inconscient ? Le cas échéant, la manière dont elle construit actuellement ma personne est-elle en fait une invitation à discuter d'une certaine partie de mon être ?
Au fur et à mesure que ces questions élusives et incessantes s'actualisent au cours de la discussion, d'autres, tout aussi pesantes et énergivores, se révèlent.
J'aimerais souligner que cette fascination obsessionnelle pour le domaine moral est présente dans toutes mes relations et par le même biais dire que malgré leur aspect, la nature de ces questions n'est pas défensive. Oui, le simple fait de réfléchir à ces questions peut servir à des fins défensives. Cependant, lorsque l'on va au fond des choses, il s'avère que l'on empile sur ses épaules au moins deux fois plus de questions que celles qui ont été préalablement "pensées". Donc, en réalité, l'élan qui sous-tend mon enquête est plutôt une forme de curiosité instinctive.
Donc ma question est simple et évidente : suis-je le seul ici à faire cela ?