La pensée n'est qu'une apparence qui se reflète dans d'autres apparences. Mais la pensée n'a pas de penseur, ou plutôt, elle est son propre penseur.
La raison pyrrhonienne est une mémoire à laquelle se révèle, dans son entièreté, l'apparence. Le logos n'est pas l'ordre des choses et de l'intelligence mais se réduit à la raison qui se réduit elle-même à la mémoire pyrrhonienne.
C'est par le rappel mnémonique des apparences que les apparences se dévoilent dans toute leur inconsistance et dans toute leur régularité. Il n'y a pas de dialectique des apparences, il n'y a pas de substance derrière les apparences ni même de logos pour tenir les contraires. Il n'y a pas de devenir un, mais seulement un désordre (sans absolutiser ce désordre, puisque ce serait tomber dans l'illusion dogmatique, car il n'y a ni désordre ni non-désordre).
La mémoire logique "produit" le logos et écarte les apparences qu'elle considère comme fausses pour permettre un monde ordonné, mais seule la mémoire logique nous unit avec le logos. La mémoire pyrrhonienne, en tant que mémoire qui se souvient de tout est une mémoire antilogique qui prend en compte toute la réalité, tous ces aspects et détruit par le ou mallon pyrrhonien les principes de la raison, et montre l'impossibilité du discours à atteindre la vérité-totalité. Le discours écarte ce qui est considéré comme illogique, ou négligeable. La mémoire antilogique montre l'impossibilité d'un quelconque discours logique (il n'y a que le hasard et l'irrégularité) 