En effet, pour l'homme du commun, même les plus grandes passions de sa vie ne sont vécues par lui que par le prisme des étiquettes langagières banales et universelles qui leur sont accolées ; "amour", "haine", "tristesse", "joie", "nostalgie", etc...
Bergson fait toutefois une exception, un type d'homme qui développe, quant au langage lui-même, un rapport qui laisse place aux mille nuances originales de l'état précis de son âme : le romancier, le poète, le musicien ; l'artiste est celui qui, dans un monde ou règne le calcul de l'utilité, laisse place à l'arrivée en son âme des choses mêmes.
Il faut également ajouter, par delà Bergson, que si le langage dans sa forme générale est un tel scandale de réduction du réel à l'utile, c'est aussi par lui que nous pouvons prendre le scandale en vue.