« Je suis chanceux », voilà une des réactions qu’on a eu devant le vertige du monde et de l’existence. Ceux qui ont eu la chance de se voir « chanceux » dans leur patrie, chez leurs parents, avec leur idéologie. Ceux-là ont été confrontés à la justification accablante d’un condamné, celle de devoir trouver du sens dans le hasard. La justification par la patrie ou la religion est le cadeau empoisonné que nous ont offerts nos aieux en nous épargnant l’explication fastidieuse et affreusement délibéré de nos origines, de nos raisons, parce qu'il faut bien du temps pour donner raison à ce qui n'en a pas. Il faut bien faire avancer les choses, et ne pas être retardé par des futilités ; la futilité de l’effort. Le temps a eu pour nous plus de raison que la raison elle-même. Et les gens s’y sont habitués, pour leur majorité, à la simplicité des justifications hasardeuses.
Toutefois, on trouve une origine beaucoup plus pernicieuse à ces justifications. Elle remonte aux temps où on a eu la peur au ventre. Une angoisse telle que c’était pour notre survie que nous devions ancrer dans les mœurs les diverses causes de ce qui nous entoure ; les causes de ce qui pousse un prédateur à se trouver à un tel endroit par exemple. Que ne pas trouver de causes était une faiblesse qu’on ne pouvait pas se permettre, d’où nos chers mythes. Et la religion aussi vile qu’elle puisse être a profité de cette angoisse viscérale, avec entre autre l’enfer.
Le vertige c’est le début de l’angoisse naturelle face au monde. Se maintenir dans ce vertige est la chose la plus contre intuitive qu’on puisse faire, mais elle est nécessaire pour l’esprit philosophique. On devrait pouvoir mesurer la valeur d’un philosophe par combien de temps il a pu s’y maintenir, combien de temps il lui a fallu pour faillir dans l’explication. Se maintenir dans ce vertige, dans le danger de ne pas trouver des raisons aux choses et à nous même, voilà toute la philosophie.
Message édité le 17 mai 2018 à 13:51:08 par ulrikor