Salut ! Avant de foncer directement sur le sujet, je voudrais mettre trois choses au clair. Ce post n'est qu'une exploration -plus ou moins spontanée- d'idées. Ces idées sont lourdement influencées par le psychanalyste Carl Jung, même si initialement le rapport n'est pas évident. L'authenticité est une notion qui dépasse entièrement mon être et mes capacités intellectuelles.
Qu'est ce que l'authenticité ? Je dirais que c'est une retranscription fidèle et honnête de nos convictions, croyances et nos sentiments par l'action ( ne vous inquiétez pas ce n'est pas seulement cela, j'en viendrai au fil et à mesure de l'écriture à comment on peut arranger cette définition de façon à obtenir une autre plus compréhensible ). L'acte authentique peut se manifester par l'écriture, la parole, le chant, l'écoute et maintes autres manières. En fait si on y prête réellement attention, l'acte authentique a la possibilité de se présenter à chaque moment de notre vie. En un sens, c'est un principe qui règne sur toutes les philosophies, convictions, volitions...bref la vie de l'individu sans pour autant la transmuter. Bien au contraire, tous les contenus présents dans la psyché de l'individu se voient préservés mais plus que cela, l'authenticité les poussent à être vécus dans leur totalité. L'individu est amené à vivre ce qu'il est, ce qui est grandement désagréable, sans le moindre compromis.
Tout cela est joli, ou pas, mais je doute qu'il y ait un de vous qui lise ce que je viens d'écrire sans avoir quelques réservations quant à l'aspect pragmatique du concept. Comment sait-on quand on est authentique ? Pourquoi l'authenticité se trouve-t-elle au sommet de la pyramide ? Qu'est ce que ça m'apporte être authentique ?
La première question délimite le manque de pertinence de ma définition initiale de l’authenticité. "Une retranscription fidèle et honnête" présuppose une aptitude à pouvoir communiquer ce qu'on est mais aussi une capacité à reconnaître ce qu'on est. Une investigation et une introspection donc s'imposent. Mais comment garantir l'authenticité d'une opération si vitale alors que l'authenticité est l'objet même de la recherche? Tout cela prend une tournure un peu trop abstraite pour pouvoir prétendre en tirer quelque bénéfice concret.Je pense qu'à présent, il serait judicieux d'illustrer un exemple et essayer d'en extrapoler les idées que je veux transmettre.
Imaginons un trentenaire qui a un taf dans une compagnie d'assurance. Tous les matins c'est le calvaire. Aussitôt réveillé, il est complétement abattu par l'idée de se lever du lit. N'en parlons même pas d'enfiler son costume. Plutôt pourrir et moisir dans son lit que de s'étouffer dans son cubicule. Mais il n'a pas vraiment le choix. Il a un femme et deux gosses qui dépendent de son salaire. Alors il s'accroche. C'est tout ce qu'il peut faire. C'est tout ce qu'on peut lui demander. Sa relation avec sa femme se détériore catastrophiquement. Ça fait des mois depuis qu'ils ont eu une relation intime, sans parler d'affinité émotionnelle. Il se sent emprisonné. Il devient cynique et aigri.
Je pense que c'est plus que suffisant comme prémisses initiales. La question qui se pose maintenant est comment introduire le concept d'authenticité dans cet exemple. Pour cela, un aperçu de la situation psychologique de notre papa adoré est absolument nécessaire. Voici donc la seconde partie des prémisses:
( C'est ici où je réalise qu'il faudrait que j’introduise un nombre absurde de variables pour espérer avoir une démonstration qui transmet fidèlement ce que j'avais en cœur. Donc pour faire court, et arrêter de marmonner encore plus du n'importe quoi, j'introduis une série de question/réponse qui présentera de nouvelles prémisses d'un côté et fera entrer en jeu l'authenticité d'un autre.)
Quel est l'idéal pour cet homme? Trouver un semblant de joie de vivre, ou plutôt donner du sens à sa vie de manière à rester centré sur ce qui est essentiel lorsque les difficultés viennent le rencontrer.
Comment peut il donner du sens à sa vie? Par réaliser ce qu'il est. Pourquoi cela lui donnera t-il du sens? C'est évident, il se soumet à des forces bien plus grandes que lui. Un poisson rouge se sentira bien plus dans ses écailles si il nage. La même chose peut être assertée pour un jaguar qui sprinte, un cheval qui galope et un oiseau qui vole. Ils ne s'arrêtent pas et commencent à cogiter la question de l'utilité de leur action à chaque seconde. Évidemment ce n'est pas aussi simple pour l'Homme, mais ça met en relief deux choses fondamentales.
La nécessité de lâcher prise et de respecter notre nature ( psychologique, culturelle, historique et sociale ), mais aussi de se dépouiller de la croyance puérile qui prétend que l'Homme est capable de tout et que si "il veut, il peut".
Mais comment donc peut-il savoir ce qu'il est ? C'est là ou la réelle difficulté du sujet se trouve et les différends se manifestent. Je pose comme premier axiome: agir naturellement. Je pense que notre organisme est l’aboutissement ultime de l'adaptation naturelle. À chaque seconde de notre vécu, on est bombardé de stimulus qui réclament notre attention. Ce qui fait qu'on est continuellement amené à faire des choix ( inconscients la plupart du temps ) pour pouvoir naviguer dans le chaos des possibilités de la réalité. Et presque à chaque fois tout au long de notre vécu, notre inconscient nous guide sans faute vers l'ordre et le connu. Par exemple quand tu prends ton téléphone: Safari, boite de réception, Whatsapp émergent dans ta conscience et non pas bouteille d'eau, guillotine, plafond. Quand tu prends ta raquette de tennis: adversaire, compétition, tendinite prennent forme dans ton esprit et non pas germain névrosé, svastika, hystérie ( bon ça peut dépendre de la compétition). Tout cela pour dire qu'à chaque situation donnée, ta psyché te présente un éventail de choix dans lequel tes actions peuvent être sensées et porteuses de signifiance. Évidemment la réalité des événements ne se déroulera pas exactement comme ta psyché l'aura envisagée ( c'est un système d'adaptation après tout et non pas de prémonition, même s'il y a des gens qui possèdent une intuition grandement développée et qui ont l'air de pouvoir de prévoir des événements à venir mais bon ça c'est une autre histoire pour un autre temps ) et Dieu soit loué pour cela, ou plutôt Psyché soit louée pour cela. Car plus la variance entre ce qui est connu et inconnu est grande plus on est rempli de sens et plus notre conscience est élargie et enrichie, à condition qu'on soit réceptif à ce qui n'est pas connu et qu'on cherche toujours à intégrer nos expériences aussi désagréables et différentes de ce que nous pensons être notre identité soient-elles. Bien sûr il ne faut pas non plus que la variance soit trop grande sinon on est submergé par le chaos.
Prenons encore un exemple. Imaginons un jeune homme qui rentre de son boulot le soir, il prend sa douche et prépare à quoi manger. Il se fait une omelette au fromage. Alors qu'il se pose à table pour déguster, il voit qu'il a oublié son vin. Il ouvre le réfrigérateur pour prendre la bouteille et zut ... elle est vide. Il pense à sortir en acheter mais il se dit que le temps qu'il reviendra du supermarché la bouffe aura refroidi. Il revient à l'idée de sortir en acheter quand même, et à cuisiner autre chose une fois revenu. Mais il se voit découragé à nouveau de cette idée là par un sentiment de malaise dans son cœur. Ce sentiment de malaise est sa croyance stipulant qu'il est mal de gaspiller la nourriture. On voit comment une rencontre avec l'inconnu, aussi petite soit-elle, a la possibilité de perturber le flux de la conscience. Mais tout n'est pas mal, on remarque aussi les nombreuses possibilités permettant à notre jeune homme de grandir comme individu ( apprendre à régulièrement faire une liste de chaque chose manquante à la maison, ne jamais commencer à cuisiner sauf si on est sûr d'avoir tout ce qu'il faut, investir dans un microonde, apprendre à apprécier un repas sans liqueur, etc). Il est vrai que cet exemple est d'une variance minimale mais je pense qu'il illustre assez correctement ce que je signifiais plus haut par intégrer une expérience.
Revenons à l'exemple du papa. Que doit-il faire à présent ? Agir naturellement. J'ai déjà dit que c'est le premier axiome, non ? Oui mais comment ça naturellement ? Il doit agir comme si rien n'était, comme si je ne venais rien de dire. Il retournera à sa vie où il retrouvera tous ses problèmes avec toutes ses lassitudes. C'est tout ? Heureusement que non. Le deuxième axiome est : faire attention. Être réellement attentif à ce qu'on sent, pense, écoute, rencontre, etc. Prêter une attention absolue à ce qui "est". Imaginez que vous pouvez à peine parler et comprendre l'espagnol ( ou n'importe quelle langue étrangère ). Vous le pouvez mais ça requiert une concentration immense, un affûtage de l'attention sans précédent. Vous n'avez plus le temps de spéculer que l'interlocuteur a dit ce qu'il a dit parce qu'il est telle ou telle personne ou parce qu'il appartient à tel ou tel groupe social/religieux/politique. Tout ce que vous voulez faire c'est de percevoir ce qui "est". Ce qui signifie que l’information que vous collectez par vos sens n'est pas contaminée par vos sentiments, projections, préjugés c'est à dire par votre égo. L’authenticité du Soi ( la psyché dans son intégralité ) passe par la réalisation de l’authenticité de l'Autre. L'Autre est ce qui est perçu. Ça peut être rencontré à l’extérieur ( propos ou actions des autres ) ou à l'intérieur ( nos propos, sentiments, pensées et actions ). Je vois bien comment ce que je viens d'avancer peut créer une confusion. Vous vous demandez certainement pourquoi je viens de distinguer entre égo et Autre puisque les deux pointent visiblement, au moins en partie, à la même chose. Mais en fait non. L'égo c'est nos désirs, partialités, caprices, projections et omissions. L'Autre c'est notre perception de ces choses là.
Pour illustrer cette introduction brusque de concepts venue de nulle part on revient une énième fois au cas du papa. On a dit qu'il devait désormais faire attention. Plus spécifiquement il doit différencier son égo de l'Autre et reconnaître son authenticité. Qu'est ce que l'Autre dans ce cas ? C'est sa virulente réticence à aller au travail, ses disputes avec sa femme, son aigreur générale envers la vie. Tous ces événements appartiennent à l'Autre mais l'égo, dans le présent cas, les envahit et se les approprie. Au lieu de les percevoir pour ce qu'ils sont, des occurrences situationnelles, papa continue à s'identifier avec ces événements et bâtir son identité autour d'eux. Ce qui n'est pas absurde car quand vient le temps où l'égo doit faire face à de réelles difficultés, il n'y a que deux choses qui puissent arriver : soit une une hausse dans la perméabilité de l'égo, soit une baisse càd durcissement de l'égo. Ici on voit que l'égo du père devient de plus en plus statique et incapable de permettre ce qui n'est pas connu.
Bon je pense que j'ai plus ou moins dit ce que je voulais dire concernant l'authenticité.
Je n'ai aucune idée comment conclure tout ce charabia.
Merci pour votre lecture et j'attends vos réactions !
Pour moi la différence est similaire à celle d'une personne bonne et d'un acte bon. Je peux faire un acte bon sans le vouloir, mais ça ne fait pas de moi une personne bonne.
Qu'est ce qu'une bonne personne ?
Je doute fortement que beaucoup de personnes iraient dire que regarder les Chtis à Mikonos c'est un acte authentique quand bien même la personne adorerait la téléréalité.
Pourquoi ?
Quand tu fais la généalogie de cette idée, tu te rends compte que c'est récent et que c'est né avec la modernité.
Absolument.
Donc ton souhait de te réaliser comme individu c'est un truc culturel, fabriqué.
Ça dépend de la connotation que tu attaches à fabriqué. Je considère cette aspiration à "s'individuer" comme une nécessité, au moins pour un bon nombre d'individu, née de l'affaiblissement de la numinosité de la religion dans les derniers siècles.
Pourquoi voudrais-je (1) me réaliser comme individu et (2) me réaliser comme individu en me conformant à toutes les normes culturelles et sociales ?
Quoi ? Il faudrait que tu arrêtes de me mettre des mots dans la bouche. Dans aucune une partie de mon post initial j'ai parlé de se conformer. J'ai dit et je cite "La nécessité de lâcher prise et de respecter notre nature
( psychologique, culturelle, historique et sociale )". De paraphraser ça en ça "en me conformant à toutes les normes culturelles et sociales" relève d'une grande confusion dans ta compréhension de ce que j'écris pour ne pas dire autre chose.
t'es d'accord pour dire que c'est légitime de ne pas se conformer à cette nature et de se débarrasser de sa timidité
Encore une fois tu passes à côté du sens de mes propos. Jamais je n'ai dit que c'est illégitime de ne pas se conformer à ta nature psychologique, et jamais je n'ai dit que c'est légitime de se "débarrasser" de sa timidité. Pour éviter de réécrire ce qui est déjà écrit, je cite :
Ça dépend de la force de ta timidité et aussi de comment tu veux la modifier. Quoiqu'il en soit tu ne peux pas modifier une chose sans d'abord l'accepter. Tu veux modifier quelque chose inné en toi ? Conforme toi d'abord à cette chose. Comprend la, respire la. Reconnait son authenticité et sa force en lui donnant vie. Peut être qu'à ce moment là tu sauras comment la modifier.
Entre "se débarrasser" de sa timidité et ce que je dis plus haut, il y a un océan.
Le 05 novembre 2017 à 12:52:36 gloomyturd a écrit :
Pour moi la différence est similaire à celle d'une personne bonne et d'un acte bon. Je peux faire un acte bon sans le vouloir, mais ça ne fait pas de moi une personne bonne.
Qu'est ce qu'une bonne personne ?
Imaginons que donner de l'argent au Téléthon soit un bon geste. Je peux faire ce bon geste pour plaire à une fille. Le geste est bon, mais je suis pas sûr que ça fait de moi une bonne personne. Si par contre je donne au Téléthon, car je pense qu'il faut soutenir la recherche contre les maladies rares, j'ai l'impression d'être plutôt une bonne personne. J'ai pas de définition toute prête de ce qu'est une bonne personne, mais je pense que l'acte n'est pas suffisant et qu'il y a aussi un caractère psychologique à prendre en compte.
Je doute fortement que beaucoup de personnes iraient dire que regarder les Chtis à Mikonos c'est un acte authentique quand bien même la personne adorerait la téléréalité.
Pourquoi ?
Je pense que c'est parce que le sens commun de ce terme implique une certaine forme d'originalité. Regarder les Chtis à Mikonos parce qu'on aime la téléralité, ce n'est pas du tout original.
Pourquoi voudrais-je (1) me réaliser comme individu et (2) me réaliser comme individu en me conformant à toutes les normes culturelles et sociales ?
Quoi ? Il faudrait que tu arrêtes de me mettre des mots dans la bouche. Dans aucune une partie de mon post initial j'ai parlé de se conformer. J'ai dit et je cite "La nécessité de lâcher prise et de respecter notre nature
( psychologique, culturelle, historique et sociale )". De paraphraser ça en ça "en me conformant à toutes les normes culturelles et sociales" relève d'une grande confusion dans ta compréhension de ce que j'écris pour ne pas dire autre chose.
Tu ne m'as pas corrigé la première fois que j'ai utilisé le terme « conformer ». C'est pas un peu rapide de dire que je travestis tout le temps tes propos ?
Sur le fond, si le respect de ces normes n'aboutit pas sur la conformité de mes actions à celles-ci. Je pige pas trop le rapport avec l'authenticité. Tu définis justement l'authenticité comme la conformité de mes actes à mes croyances. Si le respect de ces normes séculaires est déconnecté de ma conformité à celles-ci, quel est le rapport avec l'authenticité ?
t'es d'accord pour dire que c'est légitime de ne pas se conformer à cette nature et de se débarrasser de sa timidité
Encore une fois tu passes à côté du sens de mes propos. Jamais je n'ai dit que c'est illégitime de ne pas se conformer à ta nature psychologique, et jamais je n'ai dit que c'est légitime de se "débarrasser" de sa timidité. Pour éviter de réécrire ce qui est déjà écrit, je cite :
Ça dépend de la force de ta timidité et aussi de comment tu veux la modifier. Quoiqu'il en soit tu ne peux pas modifier une chose sans d'abord l'accepter. Tu veux modifier quelque chose inné en toi ? Conforme toi d'abord à cette chose. Comprend la, respire la. Reconnait son authenticité et sa force en lui donnant vie. Peut être qu'à ce moment là tu sauras comment la modifier.
Entre "se débarrasser" de sa timidité et ce que je dis plus haut, il y a un océan.
Ben maintenant c'est toi qui parle de se conformer à cette nature. Je comprends plus rien. Moi ce que j'ai compris dans tes propos c'est qu'il faut respecter notre nature (biologique, "culturelle" etc.), qu'il faut accepter tout ça. Ensuite, que l'authenticité c'est la retranscription de tout cela par l'action. J'en déduis que si je suis un timide maladif et que je souhaite m'en débarrasser, je vais aller contre ma nature. Ce qui semble aller contre ce que tu préconises à ton trentenaire qui lui doit respecter sa nature et lâcher prise.