Le 17 juin 2017 à 23:08:49 Genius_ a écrit :
Salut
Une question peut être un peu naïve:
Est ce qu'on considere que la philosophie à progressée depuis l'antiquité ? Par exemple les mathématiques se sont enormement complexifiées, est ce que c'est le cas de la philosophie ou bien on aborde avec un même niveau intellectuel aussi bien les écrits de l'antiquité que ceux plus contemporains ?
C'est une très bonne question et ce n'est pas du tout naïf. Répondre à ta question implique de définir ce qu'est la philosophie et le progrès. Ma définition de la philosophie est calquée sur celle d'Austin. Je n'y reviens pas, j'ai présenté cette thèse par exemple ici https://www.jeuxvideo.com/tenebreux0/forums/message/752046511 https://www.jeuxvideo.com/bernoullim4/forums/message/773499403
Pour ce qui est du progrès, le problème c'est de définir un indicateur qui permet de mesurer le progrès. David Chalmers reprend le progrès comme il se fait en sciences : « The measure of progress I will use is collective convergence to the truth. The benchmark I will use is comparison to the hard sciences. » http://consc.net/papers/progress.pdf C'est-à-dire qu'on progresse si on arrive à un consensus sur la vérité de X ou Y. Ce qu'il observe c'est que sur les grandes questions philosophiques on arrive toujours pas à arriver à ce niveau là. Alors qu'en physique on a mis au placard la physique d'Aristote ou la phlogistique, la philosophie n'a pas réussi à atteindre de tels consensus sur la justice, la morale, Dieu, le dualisme etc.
Ma position :
- Il y a du progrès en philosophie dans le sens où on formule mieux certaines choses, on fait des distinctions plus fines, de meilleures catégorisations etc. Pour prendre un exemple la philosophie de la connaissance n'est plus la même depuis Gettier. Les arguments sur la connaissances se sont considérablement améliorés et affinés. Cependant, on ne semble toujours pas arrivé au bout. On n'a toujours pas de consensus sur ce qu'est la connaissance.
- Il y a du progrès en philosophie dans le sens où on arrive parfois à clarifier des choses et à éliminer ce qui n'était que des faux problèmes (Wittgenstein)
- Il y a du progrès en philosophie dans le sens où les philosophes ont réussi à créer des cadres conceptuels et des méthodes pour traiter des problèmes qui étaient auparavant insolubles. C'est ce qu'explique Austin quand il montre avec l'histoire de la philosophie que certains pans sont passés dans le domaine scientifique (psychologie, linguistique...).
- La philosophie progresse très peu sur les grandes questions (Chalmers) du fait qu'il n'y a pas de méthode scientifique pour traiter les problèmes. On reste donc englués dans des problèmes où il est difficile d'exclure définitivement une position (Austin).
Bref, j'aimerais bien que la philosophie progresse comme la science par un phénomène d'accumulation et de convergence vers un consensus. Mais du fait même de la nature de la philosophie ce n'est pas si simple. Cela n'est rendu possible que dans le cas où des pans de la philosophie rejoignent la science. A cela s'ajoute une difficulté, les questions philosophiques ne sont généralement pas neutres. On peut (et devrait à mon sens) les prendre d'un point de vue très factuel, mais on ne peut ignorer qu'elles ont très souvent un impact sur nous, la manière dont on perçoit les choses et notre existence.
Et une autre question qui en découle:
Est ce qu'on considere que certains philosophes se sont trompés ou bien on considere juste chaque thèse comme une possibilité envisageable ? Par exemple est ce qu'il est admis que l'hypothèse du cogito et sa démonstration sont fausses du fait de la critique de Nietzsche (le «je» comme illusion du langage) ou bien on considére juste les deux points de vue comme envisageable ?
Oui, certains philosophes se sont trompés. Ils peuvent faire des erreurs de raisonnement ou bien leurs positions peuvent avoir été réfutées plus tard par la science. Par exemple, la démonstration de Descartes de Dieu ne me semble pas logiquement valide. Dans La critique de la raison pure, Kant démonte les arguments théologiques. Il y a donc certains arguments qui sont réfutés. Si tu prends les présocratiques qui faisaient des théories sur le monde physique, certaines de leurs vues sont réfutées par la science aujourd'hui.
De manière plus générale peut on faire un parallèle entre la science et la philosophie, et si oui quelles sont les limites d'un tel parallèle ?
Voir mes réponses précédentes.
Message édité le 18 juin 2017 à 13:24:30 par Pseudo supprimé