Le forum est trop calme ce soir, je lui donne de l'activité avec ce topic afin qu'on puisse s'insulter un peu.
Y a-t-il contradiction entre les deux termes ? Barthes dit que oui mais si Barthes disait des choses censées, ça se saurait...
Qu'est-ce qu'un intellectuel ? Qu'est-ce qu'un poujadiste ?
Je n'ai jamais croisé de définition rigoureuse de l'intellectuel - et pour cause, je crois que l’intellectuel est avant tout une image que l'on se fait -, je propose celle-ci pour commencer : l'intellectuel est celui qui, par goût, consacre une partie significative de sa vie à la réflexion ; étant un produit de la société européenne, admettant et revendiquant une tradition riche, le support écrit est l'une des mamelles auxquelles il s'allaite le plus volontiers.
Image d’Épinal, probablement antérieure à la revendication du terme par les lettrés (qui s'est accompagnée d'une dimension morale, cf. Sartre - auparavant on parle d'honnête homme, de savant ou d'érudit, selon les époques) : binoclard maigrichon ou obèse enfermé dans une bibliothèque, "la chair est triste et j'ai lu tous les livres".
Le terme poujadiste est encore plus malaisé à définir, d'autant que je ne connais pas particulièrement bien le personnage. Poujade est un homme politique qui, durant les années 50, a représenté les classes moyennes, bourgeoises et petites-bourgeoises, lorsqu'elles se sentaient menacées par l'apparition des supermarchés - qui les concurrencent "déloyalement". Le refus de la modernité (Poujade est le type même du briseur de machine, avec tout le comique donquichottesque que ça implique) se justifiait, comme on l'imagine, par une idéalisation du passé (la France rurale et souriante par opposition à la France urbaine et pressée). Un des faits qui me surprend le plus chez le personnage c'est que les classes moyennes se sont, à moult reprises, faits entuber par la société civile française (cf. les innombrables dévaluations du franc, dans la deuxième moitié du XIXe qui ont ruiné des milliers de ménages et jusqu'à aujourd'hui où la classe moyenne se meurt sans que nul ne proteste) et que Poujade est le seul personnage, à ma connaissance, à avoir jamais émerger pour prendre leur défense, à avoir consciemment défendu ces classes, en temps que classe, corps constitué et organisé.
Au contraire d'un Le Pen (père) qui, même s'il revendiquait l’héritage poujadiste, se caractérisait par une politique d'ouverture au plus grand nombre (combien de fois n'a-t-il pas dit que "le FN est un parti ouvert à tous ceux qui aiment la France" ? Je sais que je l'ai entendu à plusieurs reprises et je suis loin d'avoir entendu toutes les interviews du Menhir), nuancé d'un racisme à papa au charme désuet (pour un enfant blanc des années 90, s'entend), Poujade est un personnage politique qui se définit par son opposition, tant à l’État qu'à une partie du peuple, c'est un polémiste au sens propre.
Il y a aussi une dimension de dilettantisme politique dans le poujadisme (candidats qui ne sont pas issus du système) qui, elle, est clairement commune au fascisme. Les autres mouvements, socialismes compris (et dés l'origine) sont composés de gens formés par le système (université, etc.), le poujadisme recrute dans la classe moyenne inculte (c'est d'ailleurs une des choses qui me fait dire que le FN NewGen a perdu la part originale de son ADN et je crois que si "les français votent FN", ce n'est pas parce qu'ils se sont rappelés tout soudain qu'ils étaient fachos mais parce qu'ils ont reconnu dans le FN un parti normal, un maitre acceptable) .
Le poujadisme est un mouvement qui n'a pas bonne presse. Il est volontiers taxé de démagogie, ce qui, par un amalgame commun à notre époque, signifie peu ou prou fasciste*. Or, c'est au contraire un mouvement élitiste. Il propose une vision fantasmée mais précise de la société idéale, à laquelle le citoyen choisit d'adhérer ou pas. Le poujadisme ne propose pas des lendemains qui chantent mais un retour à hier. Il s'adresse, en un mot, aux richeke qui se sentent pris en sandwich entre les pauvres et les riches, les socialistes et le pouvoir.
-*De fait, il y a eu des casseurs et des antisémites dans le mouvement : quel mouvement n'en n'a pas ? Surtout dans les années 50, années de violences politiques en France s'il en fût, où le SAC, les gros bras (anciens résistants ou collabos) du PS et du PC se disputaient l'hégémonie de la rue ? Je crois qu'on l'a aussi accusé d'antisémitisme à cause d'une blague sur Mendès France.
J'en arrive à la question initiale, Soral n'est-il pas le type même de l’intellectuel - sa culture, aussi partisane soit-elle, suffit à lui donner droit à cette étiquette- poujadiste ? Un réactionnaire raisonnable qui, en faisant l'apologie de je ne sais quelle France glorieuse de sa jeunesse, aspire à la sauvegarde des intérêts économiques du très-petit-bourgeois ? Son para-marxisme lui fait théoriser une pseudo-communauté d’intérêt entre le lumpenproletariat, l'ouvrier et le très-petit-bourgeois mais il ne trompe personne : seul le dernier l'intéresse. Car s'il y a une chose que l'histoire des deux siècles derniers fait ressortir clairement c'est bien que les intérêts économiques du lumpenproletariat (aujourd'hui : banlieusards et chômeurs) et du très-petit-bourgeois ne se concilient pas (48, 71, ...). (je crois d'ailleurs que Marx dit quelque chose de ce genre dans les luttes des classes en France).
Mais ce n'est pas le seul, je suis tombé sur un article dont la substance est que, face à la mondialisation culturelle, qui est un bluff car la culture/la langue, est une barrière infranchissable, il faut retourner aux racines de l'Europe qui, seules, nous conviennent (http://www.zigzag-blog.com/spip.php?article143&lang=fr ). Propos connus, certes mais, quoique paradoxaux, purs produits de l'air du temps : il faut que la connaissance et le sentiment de proximité vis-à-vis des autres cultures soit parvenus à un certain niveau pour qu'ils aient un sens. Nous ne sommes arrivés à cette étape qu'il y a une ou deux décennies. Et ce discours n'est-il pas (pour en revenir au poujadisme) une vitrine destinée à défendre un encrage plus local qui seul apporte une vie meilleure : l'échelle a changé mais l'argument est le même (quoiqu'elle soit issu dans sa version deluxe pour classes moyennes cultivées). L'européisme est le nationalisme contemporain.
Mais on pourrait citer les Finkelkraut et Zemmour dont les propos - quoiqu'assez difficile à décrypter car s'exprimant dans un jargon républicard qui m'est incompréhensibles - font l'apologie d'une aurea mediocritas qui, selon eux, se meurt. Il me semble que la grille d'analyse à la mode (la "droitisation des esprits") ne veut rien dire. N'assiste-t-on pas à un phénomène de défense spontanée, d'"antivirus", une classe qui se sentant en danger de mort génère les intellectuels qui mènent le combat destiné à la sauver ? Mais pourquoi, en ce cas, cette production de la structure vers l'infrastructure prend-elle une forme intellectuelle et non politique ? Pourquoi le tout-petit-bourgeois doit il choisir entre le PS, dont l'immobilisme sera, à terme la perte, l'UMP, qui, en avivant les concurrences, favorisant les licenciements, accélère fatalement la chute du petit-bourgeois et le FN dont personne n'attend vraiment grand chose - plus même le pire ? Le tout-petit-bourgeois ne fait en règle générale pas de politique, Proust explique très bien pourquoi en parlant de ses parents qui se font une idée des classes sociales semblables aux castes indoues) mais en période de crise il semble qu'il devrait être capable de lutter contre sa propre disparition.
Dernière remarque, si Barthes considérait qu'un intellectuel ne pouvait être poujadiste c'est parce qu'il était lui-même convaincu que toute personne pourvue d'un bagage intellectuel conséquent est forcément, comme lui, un relativiste. Mais qui y croit encore ?
bon, j'ai bâclé les quinze dernières lignes parce que j'en avais marre, que pensez-vous de tout ça ? Indigeste pavé ? ![]()
Si, c'est digeste et pédagogique pour les ignares sous-cultivés comme moi ![]()
Mais je ne me risquerai pas à te complimenter plus, parce qu'après tu vas dire qu'on te lèche les boules ![]()
Bon et puis je répondrai peut-être demain si j'ai le courage
tg
Le 10 mai 2016 à 01:03:40 [ElPacho] a écrit :
Si, c'est digeste et pédagogique pour les ignares sous-cultivés comme moiMais je ne me risquerai pas à te complimenter plus, parce qu'après tu vas dire qu'on te lèche les boules
Un tel scénario ne serait pas totalement sans précédent, en effet ![]()
1 tél actuel c un tél de mtnant, 1 pou de jadis c un pou ki vivé y a lontenp donc oui c pas conpatible car les pou de jadis sont tous mort hélas ( snif ).
![]()
J'ai vu, je rage
Non, cette fois-ci c'était très intéressant. Je pense pas en revanche pouvoir donner un avis objectif, était moi-même un très-petit-bourgeois de la classe moyenne.
Néanmoins, concernant l'européisme, il me semble qu'il s'agit d'une évolution plutôt positive (on s'identifie à une communauté culturelle plus large que sa seule nation), mais, si cette évolution continue, dans trois ou quatre génération, les gens de ladite classe ne seront plus européiste, mais eurasiste, peut-être ?
A moins qu'il n'y ait une régression, et qu'on retourne finalement à l'expression d'un nationalisme plus strict (ou que l'européisme perdure).
Dans le développement historique de l'appareil de production européen, la catégorie des intellectuels, c'est-à-dire l'idée ridicule d'une classe d'hommes dont la seule activité serait un onanisme spéculatif infini, est née, à partir des universités médiévales, comme une sorte de machine à occuper et recycler les cadets superflus de la classe dominante.
A partir des événements révolutionnaires du XVIIIème siècle, la classe dominante s'est, en droit du moins, considérablement élargie, passant d'une petite aristocratie à une immense bourgeoisie ; mécaniquement il est devenu nécessaire d'occuper beaucoup plus de ses cadets improductifs ce qui a mené à une extension notable jusqu'à aujourd'hui du nombre des "intellectuels".
Si par poujadisme nous entendons la défense des intérêts de la classe moyenne et petite bourgeoise, alors il faut admettre que les intérêts objectifs de la majorité des "intellectuels" -j'entends par là tous les médiocres qui occupent des postes de clercs à partir de bac+3~bac+5- sont aujourd'hui très proches de ceux des petits-bourgeois que défendait Pierre Poujade et dont ils sont souvent les enfants.
Que les "intellectuels" se défendent avec vigueur de tout "populisme" et soient souvent très critiques avec les différentes strates de la petite-bourgeoisie ne saurait être un argument valide pour nier cette analyse et pourrait facilement être interprété comme un rejet honteux de leurs origines.
Au fond, la question devrait plutôt être : peut-il vraiment exister des intellectuels qui ne soient pas, en termes d'intérêts de classe, objectivement poujadistes ?
Au fond, la question devrait plutôt être : peut-il vraiment exister des intellectuels qui ne soient pas, en termes d'intérêts de classe, objectivement poujadistes ?
Les cadets de la grande bourgeoisie. Même ceux de la moyenne bourgeoisie inconscients de leurs intérêts ou même désireux de renforcer leur amour propre en s'associant à la grande bourgeoisie, car les intérêts de classe ne font pas tout.