C’est une grande question que de se demander si l’oisiveté n’apporte pas plus de sagesse que l’occupation. La jouissance que peut apporter un manque de responsabilité peut être accentuée à un très haut degré de satisfaction chez celui qui le souhaite. Mais en l’absence du devoir on finirait par ne plus goûter l’amertume des exigences quotidiennes, et donc on ne pourra plus jouir complètement de ne rien faire.
Le devoir accomplie avec peine et la joie qu’apporte les loisirs suffisent à nous rendre compte de ce que peut valoir l’expérience fondamentale des choses de la vie ; comme désirs et appréciations lucides. Reste à savoir quelle importance donner à la qualité et à la quantité, ou à l’intensité et à la nuance, de l’expérience empirique. Pourquoi la raison ne suffirait pas à nous contenter dans le réel ? Ou en d’autres termes, pourquoi on a besoin de l’expérience pour dire ce que c’est que le réel ? Qu’est-ce qu’écrire sinon le fait de décrire une expérience singulière vécue.
On a bien besoin de vivre pour dire. Alors autant fermer tous nos livres et partir lire la nature, cela nous éviterais une bonne perte de temps. Si la valeur de l’expérience serait proportionnelle à ce qu’elle nous fait économiser en temps, devrions nous douter tout de même de l’importance vraisemblable du temps ?
Ce dont je suis sûr par contre, c’est que l’expérience m’a bien montré par l’histoire la futilité de l’humain et de son temps ; à ériger des systèmes dogmatiques et à faire dire à la nature ce qu’elle ne peut dire. La vie est un mystère à vivre, non pas à résoudre, comme a dit Gandhi. Au final, je voudrais bien dire que l’expérience n’a de valeur que parce qu’elle se trahit elle-même.