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Liste des sujets

L'amitié sincère ça existe ?

Son_Eminence
Son_Eminence
Niveau 10
07 décembre 2015 à 19:33:22

Bonjour, est-ce l'hiver qui arrive, les nuits qui s'allongent ? Je me sens un peu pessimiste ces temps-ci. Mes rares amis me déçoivent un peu et j'en viens à me poser la question du titre.

Je veux dire, au delà du désir d'être "beau dans le regard" de l'autre, de la fuite angoissée de la solitude, y a-t-il place pour une sincère affection de son ami ? Nous ne souhaitons pas le malheur à nos amis et même nous souhaitons que le malheur les épargne. Mais leur souhaiterions-nous un bonheur plus grand que le nôtre ?

Je perçois un peu mon réseau comme des hérissons de Schopenhauer ces temps-ci...

Qu'en pensez-vous ? :merci: de vos partages.

Icyme
Icyme
Niveau 10
07 décembre 2015 à 20:32:07

La sincérité est moins un problème que sa durabilité. :noel:

Si tu bâtis une amitié avec quelqu'un qui ne se connait pas bien lui même, il y a des chances que face à une opportunité de changer, il préfère continuer son développement personnel quitte à abandonner des traits de personnalités qui t'avaient initialement plu chez lui.

A l'opposé, si tu trouves une personne avec une forte conscience d'elle même, qui a une idée à peu près claire de la manière dont elle veut se comporter, bâtir une amitié avec ce genre de personne c'est un peu comme donner un coup de pioche dans un filon d'or inépuisable, si elle est intègre et que tu sais pourquoi tu l'apprécies, il y a tout les ingrédients pour créer une amitié qui dure dans le temps.

Et sinon.

"Mes rares amis me déçoivent un peu et j'en viens à me poser la question du titre"

Je sens comme une odeur de politique qui se terre dans cette phrase :noel:.

Catsoldier
Catsoldier
Niveau 8
07 décembre 2015 à 21:41:59

Pour ma part, mes amis m'apportent de la joie et du soutien, et, contribuent ainsi à mon bonheur. Leur présence régulière, mais non constante, est indispensable à cet accomplissement ou au maintien de cet état. Je doute qu'en cas d'isolement pérenne, on puisse se sentir heureux, tout au plus non malheureux, sans souffrance, mais le bonheur est comme la santé, c'est un état en plein et non en creux, rempli de plaisirs et de joies.

L'amitié est une relation interpersonnelle à intérêts mutuels. Je conçois les relations comme Michel Onfray, philosophe hédoniste, et sa géométrie des cercles éthiques. Chaque individu est un égo dont il est le centre de son réseau amical qui s'organise par cercles concentriques. Chaque personne que l'on connaît a une position en fonction de critères éthiques et hédonistes qui définiront la nature de la relation (amitié, amour, tendresse, camaraderie, simple connaissance, l'inverse, etc..). La place de chacun n'est pas définitive et change en fonction des gestes et des attentions dédiés à la qualité de la relation. Les mouvements s'effectuent selon une force centrifuge qui rapproche vers le centre la personne qui apporte du plaisir et de la joie ou selon une force centripète qui éloigne la personne en cas de souffrance physique ou psychologique. En clair, plus l'entente avec la personne est bonne, est constitué de plaisir, de joie, d'aide et de réconfort, plus on se rapproche. Plus cette relation comporte des moments déplaisants et d'affects tristes, plus la personne s'éloigne jusqu'à la possible expulsion définitive l'existence du sujet concerné.
Je trouve cette conception des relations humaines assez intéressantes. On peut également poser les membres de la famille sur non pas un cercle, mais sur un carré à une certaine distance de l'égo dont les dimensions seraient incompressibles et les droites inextricables. Une sorte lien solide qui soutient les cercles d'amis extérieurs et intérieurs à ce carré de telle sorte que les amis qui sont sur des cercles internes au carré se définissent par une amitié aussi forte que les liens familiaux ou par l'amour dans le cas du ou des concubins ( il y aurait dans le carré familial, un triangle de l'amour lol). Pour Onfray, le placement et le mouvement des personnes sur les cercles dépend d'un calcul du plaisir et du déplaisir, mais on peut également effectuer cela de façon plus intuitive, spontanée et naturelle. Pour ma part, sans le faire de la façon la plus délibérée possible, j'agis beaucoup selon ce schéma comportemental de façon intuitive, c'est-à-dire par élection/éviction. Ou du moins, il est clair et naturel pour moi que plus une personne me fait souffrir moins j'ai envie de la voir... :x

Selon ce mode de lecture, tu constates que tes amis s'éloignent de toi ces derniers temps et se dirigent dangereusement des cercles les plus extérieurs de ton réseau relationnel. Toi et eux nourrissez de moins en moins votre relation de moments de plaisirs réciproques et de joies. Ils sont comme toi des individus à part entière, avec leurs forces, leurs faiblesses, leur bonheur et leurs malheurs. As-tu exprimé envers eux ton besoin de les voir ? ou as-tu communiqué ton inquiétude à leur égard ? Dans les premiers temps d'un éloignement momentané, il en va également de ta responsabilité (autant que la leur) de renouer le dialogue en cas de discorde ou d'inattention.

Message édité le 07 décembre 2015 à 21:43:48 par Catsoldier
shayde09
shayde09
Niveau 34
07 décembre 2015 à 23:26:25

A friend is the old tale of Narcissus
Not to be born is the best for man
An active partner in something disgraceful
Change your partner, dance while you can
. (Auden)

Moi aussi je suis particulièrement pessimiste en ce moment. Nous reparlerons du sujet quand notre humeur aura changé :)

Cristal_veratis
Cristal_veratis
Niveau 7
08 décembre 2015 à 16:07:33

Cette définition d'Onfray que tu proposes, Castoldier, me parait un peu compliquée et, donc, résume mal à mon avis cette question de l'amitié, qui ne devrait pas en être une.
Hors du fait qu'un ami peut vous décevoir, cela peut arriver, n'être qu'une mauvaise passe dans la relation, les amis, nous devons toujours les voir avec plaisir, car nous retrouvons en eux ce qui à fait naitre cette relation amicale, privilégiée, et qui se définit de manière suffisamment mystérieuse pour le rester.
Si, par la suite, les relations deviennent plus distantes, épisodiques, c'est que les vies ont changées. Eloignement, famille, des facteurs qui sont communs à la plupart d'entre ceux qui, avançant dans la vie, voient leur centres d'intérêts et leur lieu d'habitation changer, ce qui naturellement coupe certains liens, donc certaines liaisons. Finalement un tri s'opère en conséquence.

Mais leur souhaiterions-nous un bonheur plus grand que le nôtre ?

La question du bonheur est à mon avis trop subjective pour comparer le sien à celui de ses amis, mais, c'est parfois inévitablement que cela se fait. C'est tout à fait personnel, mais si mes proches, ma famille ou mes amis, réussissent mieux que moi leur vie sociale ou familiale (est-ce cela le bonheur?), je ne les envie pas, suffisamment satisfais que je suis de la mienne, d'une part. D'autre part, et de façon plus objective, je dirai comme ce moine bouddhiste, que "le vrai bonheur, c'est l'absence du sentiment de bonheur lui-même ! ". Ce recul permettant peut-être d'apprécier ces situations différemment.

shayde, il faudrait le traduire, ce poème.

shayde09
shayde09
Niveau 34
08 décembre 2015 à 20:41:39

shayde, il faudrait le traduire, ce poème.

Qu'il en soit ainsi. Mais ce n'est qu'un extrait de poème, et une voix parmi d'autres..

Un ami, c'est la vieille histoire de Narcisse
Ne pas naître est ce qui peut arriver de mieux à l'homme
Un partenaire actif dans une affaire honteuse
Change de partenaire, danse tant que tu le peux.

"Un ami, c'est la vieille histoire de Narcisse" : il est en effet probable qu'on n'aime son ami qu'à proportion qu'il nous ressemble (et souvent d'ailleurs ce sont nos vices que nous aimons le plus en notre ami, non pas les vertus que nous pensons partager avec lui). Mais que cet ami montre quelque supériorité matérielle ou spirituelle, et tout de suite la jalousie devient possible.

L'amitié s'accommode mal de l'inégalité.

Message édité le 08 décembre 2015 à 20:44:50 par shayde09
shayde09
shayde09
Niveau 34
08 décembre 2015 à 21:05:36

Mais leur souhaiterions-nous un bonheur plus grand que le nôtre ?

Ah, je n'avais pas vu cette partie de ton message, Duplessis !

Drôle de remarque, mais qui est pertinente... Si je veux être optimiste, je dirais que l'amitié n'est pas une course au bonheur. Il y a de l'amour dans l'amitié vraie (c'est la philia au sens de Platon ou d'Aristote) : et l'amour, s'il est correctement éprouvé, est un absolu, un infini qui se suffit à lui-même.

L'amour ne donne que de lui-même, et ne prend que de lui-même.
L'amour ne possède pas, ni ne veut être possédé.
Car l'amour suffit à l'amour.
(Khalil Gibran)

Message édité le 08 décembre 2015 à 21:07:22 par shayde09
Cristal_veratis
Cristal_veratis
Niveau 7
09 décembre 2015 à 09:16:56

et l'amour, s'il est correctement éprouvé, est un absolu, un infini qui se suffit à lui-même.

Tout à fait; ce qui semble rejoindre ce que j'exprime au sujet du mystère qui fonde l'amitié.

Mais que cet ami montre quelque supériorité matérielle ou spirituelle, et tout de suite la jalousie devient possible.

Si la jalousie dévient possible, l'admiration aussi. Pas de celle qui soumet, mais de celle qui instruit.

Cristal_veratis
Cristal_veratis
Niveau 7
09 décembre 2015 à 09:26:10

Merci pour la traduction, shayde.
Ne pas naître est ce qui peut arriver de mieux à l'homme me fait penser au titre de Cioran "De l'inconvénient d'être né".
Bel extrait en tous cas.

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