Bonjour, j'ai deux questions concernant l'évolution des espèces.
Premièrement, lorsqu'une population d'une espèce (on va en prendre une au hasard, disons le lion, panthera leo) s'isole dans un nouveau milieu, elle va subir la dérive génétique au cours du temps. Mais là est le point que je ne comprends pas : imaginons qu'un lion et une lionne de cette population copulent mais que, manque de bol, un des gamètes a muté pendant sa formation. Le couple va donner naissance à un individu qui aura un caractère en plus (imaginons que la mutation lui en confère un supplémentaire). Mais dans ce cas, il faudrait nécessairement que l'allèle conférant ce nouveau caractère soit dominant, afin que cet individu puisse transmettre le caractère à la descendance ? Du coup, l'allèle conférant un caractère exclusif doit-il obligatoirement être dominant pour que le caractère soit transmis et que la sélection naturelle opère ? Ça rendrait l'évolution plus difficile ...
Deuxièmement, nous sommes bien d'accord pour dire que les mutations génétiques sont aléatoires. J'assimile parfaitement l'idée, mais j'ai de plus en plus de mal avec certains exemples.
Prenons en un : la lignée humaine. Prenons Homo Habilis, et regardons de plus près : si le modèle impliquant qu'Homo Habilis est l'ancêtre de Homo Ergaster est correct, cela impliquerait que le volume cérébral ait augmenté au cours de l'évolution d'Homo Habilis. Mais dans différents documents, je peux constater qu'on dit "Homo Habilis a mangé beaucoup de viande, et les protéines ont permis à son cerveau de grossir". Je ne comprends pas bien ceci. Si l'augmentation du volume cérébral vient de la consommation de viande, dans ce cas ça ne serait pas génétique. Du coup, ça n'est pas transmis à la descendance, donc l'évolution vers Homo Ergaster ne marche plus ...
L'augmentation du volume cérébral (ou/et crânien) viendrait-il donc de mutations génétiques ?
Merci d'avance pour vos réponses. Pour information je ne remets strictement pas en cause l'évolution des espèces, mais ces deux questions me turlupinent.
Pour ta première question : l'évolution est un processus qui opère sur le long terme, pas sur une ou deux générations. Lorsque la mutation apparait, pour la première génération de descendant, elle a tout de même une chance sur deux d'être transmise à la descendance si l'allèle est récessif.
L'évolution fait intervenir des statistiques qui, sur un échantillon conséquent d'individus et sur un temps suffisamment long, mènent à des tendances. A court terme c'est un non-sens.
Pour ta deuxième question, on pourrait faire des suppositions qui rendent plausible ces deux affirmations ensemble, mais il vaut mieux laisser quelqu'un qui connait ce cas en particulier répondre formellement ^^
PS: C'est triste qu'à cause de certains illuminés remettant en cause tout ce qu'ils peuvent sans aucun fondement, des personnes se sentent obligés de préciser qu'elles ne mettent pas en cause des théories lorsqu'elles s'interrogent dessus :/
Merci pour cette réponse _viper_. Je comprends mieux la nature de mon erreur de raisonnement. Je savais que l'évolution opérait sur le long terme, mais je n'avais pas pensé à l'appliquer à ce niveau, je m'intéressais vraiment à un moment donné, je pensais qu'une génération marquait un changement brutal.
Et oui, je me suis senti obligé de le préciser car j'ai un mépris très prononcé pour ce type de personnes dont tu parles.
Je ne veux pas trop m'avancer non plus, mais il me semble que nos gènes changent tout au long de notre vie suivant plusieurs facteurs, et l'alimentation fait partie de ces facteurs.
Ne t'en fais pas Corail_Bleu, ce n'est pas toi qui es triste de faire ça, ce qui est triste ce sont ces personnes qui discréditent la science elle-même parfois en s'appuyant sur un de ses principes fondamentaux (la remise en question) et en l'appliquant de manière totalement... Stupide, parfois.
nos gènes changent
l'expression de nos gènes changent
En effet, je pensais à l'épigénétique, en fouillant un peu j'ai trouvé la nutrigénomique pour l'alimentation.
Mais comme dit, je m'avance pas, je tente de donner des pistes en attendant les vraies réponses
Pour l'histoire du crane qui grossit l'auteur il y a aussi l'Hétérochronie qui semble être une bonne piste.
http://fr.wikipedia.org/wg/wiki/H%C3%A9t%C3%A9rochronie
Pour la première question : non, on peut aussi transmettre des caractères qui étaient récessifs chez nous (et qui le seront ou non chez le descendant).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Transmission_autosomique_r%C3%A9cessive
Pour la deuxième je n'ai malheureusement pas trop le temps de développer. Mais il faut faire attention avec la notion d'espèce : il ne faut pas voir les espèces comme des catégories de forme. Il y a de la variabilité infra-espèce.
Il n'y a d'ailleurs aucun passage brutal d'une espèce à l'autre mais une longue et ininterrompue chaine d'évolution graduelle.
J'essaierais de répondre demain, à 2h30 du matin, c'est dur. ![]()
Sur ta seconde question, il faut déjà savoir que si certes, l'évolution fonctionne par la sélection naturelles, basée sur des mutations aléatoires, dans un environnement donné, la pression sélective fait que certaines caractéristiques seront plus favorisées que d'autres. Dans un environnement où les relations sociales entre primates devaient se complexifier afin de permettre la survie de l'espèce (parce que l'homme est une espèce sociale, qui compense sa faiblesse physique par sa capacité à interagir en groupe), le cerveau devait suivre cette évolution. Et ce qui distingue particulièrement l'humain des autres primates, c'est le fait que chez le chimpanzé par exemple, la croissance du cerveau s'arrête peu après la naissance. Au contraire chez l'homme, elle s'étend sur de longues années, et c'est là je pense que la nutrition joue un rôle important. Bref, ce sont plusieurs facteurs qui expliquent l'évolution du cerveau chez l'homme, mais la nutrition, d'après ce que j'en ai lu sur certains articles, ne joue un rôle que dans le développement postnatal.
Tu peux lire l'article wikipédia sur l'évolution du cerveau
http://www.wikiwand.com/en/Evolution_of_the_brain
Pour la première question, c'est effectivement une question d'échelle : d'une génération à l'autre, il y a quasiment très peu de changements. Voire aucune incidence sur l'individu. (la majorité des mutations sont neutres je rappelle). C'est au fil des générations que les mutations occurrent, surtout qu'une espèce est bien plus grande qu'un lion et une lionne, et la dérive génétique et les mutations germinales aléatoires ont lieu chez tous les individus. Dans un environnement donné, on assiste à l'évolution de caractéristiques similaires (c'est l'évolution convergente) chez plusieurs espèces.
Merci beaucoup à tous pour ces réponses, j'ai compris ! ![]()
Pour le 2 :
D'une la conception linéariste est erronée ...
De deux, c'est comme pour la taille : tu peux avoir une prédisposition héréditaire pour tendre vers une certaine taille mais sans une alimentation correcte ça n'arrivera pas. Ici ça peut être la même chose
D'une la conception linéariste est erronée ...
Tu peux préciser ? Tu veux dire qu'il y a des étapes plus ou moins "flagrante" dans l'évolution comme l'histoire de la Progenèse qui serait à l'origine de la forme de notre crane ?
kzekox
Je pense qu'il parlait du modèle buissonnier.
Modèle linéaire : http://oumma.com/sites/default/files/imagecache/400xY/images_641.jpg
Je profite de mon topic pour poser une autre question :
La dérive génétique et les mutations sont-ils deux phénomènes distincts ?
Je veux dire, imaginons qu'une population donnée se retrouve isolée dans un milieu différent du milieu d'origine de l'espèce. Disons qu'aucune mutation majeure n'intervient, ou alors seulement des mutations neutres.
Cette population va subir la dérive génétique, et les individus possédant les allèles avantageux vont s'imposer.
Mais du coup, nous avons là une forme de sélection naturelle. Or, la sélection naturelle opère également lorsque certains individus ont acquis des caractères avantageux au cours des générations (succession de mutations comme vous me l'avez vous-mêmes expliqué).
Donc la dérive génétique et les mutations surviennent en même temps ? L'un est-il plus flagrant que l'autre ?
Et l'hétérochronie est un autre facteur évolutif, ou c'est seulement une forme de mutation ?
Merci d'éclairer mes lanternes ... ![]()
Ce sont deux phénomènes complémentaires. Quand on parle de sélection naturelle, on parle de phénotypes qui ont des origines génétiques et qui sont plus ou moins aptes à favoriser la survie dans un milieu donné.
Une mutation qui apparait va être confrontée au phénomène de sélection naturelle et être conservée ou non.
De même pour des gènes déjà en place (l'exemple que tu donnes pour la dérive génique).
Je vois !
Donc en fait la sélection naturelle sélectionne (désolé de la redondance) les gènes les plus adaptés (enfin on se comprend), et ensuite les versions de ces gènes les plus adaptées.
La redondance est intéressante à écrire, puisqu'elle montre que le terme "sélection naturelle" est adapté à la situation. Il s'agit en effet d'une sélection des allèles les plus adaptés à l'environnement !
Et c'est cette sélection allélique qui opère lors de changements à court terme (ex : lézard des ruines, moustiques du métro londonien, etc) ?
Je veux dire, le lézard des ruines par exemple. A-t-il subit des mutations lors de sa période d'isolement, ou son changement n'est-il dû qu'à la dérive génétique ?
Merci Corail, j'ai pu chercher la fameuse évolution buissonnante.
Mais il me reste à comprendre cette histoire de progenèse :
Des recherches suggèrent en effet que «la forme arrondie du crâne juvénile et la position inférieure du trou occipital, se maintenant jusqu’au stade adulte chez l’Homme, sont vraisemblablement à rapporter à un processus [de progenèse]» (Chaline et al., 1998, p. 297). La progenèse serait également derrière le fait que l’Homme n’as pas, contrairement à plusieurs singes dont notamment le gorille, de bourrelet sus-orbitaire, de canines en croc ou de muscles masticateurs prépondérants.
http://fr.wikipedia.org/wg/wiki/H%C3%A9t%C3%A9rochronie
Peut elle se faire discrètement sur plusieurs générations sans créer le moindre "sursaut mutant" ?