Le début est volontairement facile -------------
Nous étions deux. Clément et moi, moi et clément. Avec nos quatre pieds nous marchions. La route, la terre, la boue parfois. Devant nous, le blé, puis une église, puis une brume forestière, un horizon, un ciel, un bleu, enfin... je ne sais plus. Et nous marchions. Les bottes plus vraiment bottes, plus terres que bottes disons le. Oui nous marchions. Depuis quand ? Eh bien non, je ne vais pas vous le dire, je vais mentir, ce n’est pas très pertinent. Pourquoi marcher ? Une quête, nous voulions voir la mer. Nous voulions fuir la terre. Ce sol trop dur pour nos voûtes plantaire. Nous pensions nous réaliser au travers d’une longue et fatigante marche. Nous souhaitions vivre des aventures, regarder la vie droit dans les yeux et non pas comme deux bovins contemplant leur carré de prés. Que dire encore ? Que voulez vous ? Nous étions parti voici les faits. Les causes n’ont que peu d’importance. Te voici : La mer est belle, qui peut le nier ? Mes parents m’ont invité à la rejoindre.
Une fuite sans doute. Une fuite non voulue, non prévue, et nous voici, quelques jours plus tard, les mains dans les poches, à répandre notre boueuse flegme sur le monde. Notre attitude menaçait l’ordre des choses. Pourquoi ? Qui peut le dire ? Encore un de mes délires distrayant mon esprit de mon corps fatigué. Dirigeant leurs regards plein de soupçon vers nos horribles bottes, les ornières menaçaient nos genoux de ces petits bout d’orties. Derrière ces langues amoureuses s’étalait cette même chevelure blonde labourée par divers machines agricoles et dont les vagues avaient finit par nous lassé, jumelle siamoise d’une mer asséchée. Et, plus loin, plus loin encore, aux confins de l’horizon haïssable ! ... cette flèche, cette mousse et cet oxygène gris.
Du goudron se mouvait en dessous de nos testicules agitées. En les secouant je vis l’ombre de quelques gouttes et je pris conscience de l’étendue de ma passivité. Je n’avais pas remarqué cette route. Des routes il y en a partout. Mais celle ci, avec ce bitume, jamais. Aucune, je l’affirme, et le contester me serait pénible, donc silence, n’est aussi droites, aussi rivées vers notre fin. Quel dommage ! Nous les aimons les courbes. Les bossus sont nos idoles ! Cette route rectiligne donc commençait elle aussi à nous lasser. Ils m’ont dit, part ! Prends la route ! Partir oui mais que prendre ? Il n’y a aucune prise ! Par ailleurs, nous étions ennuyés, encore je sais, je ne perd jamais l’occasion de me plaindre, et ne pouvions pas écraser le temps par l’usage de la discussion. De quoi parler quand on marche sur une telle route avec de telles bottes ? Si l’habit fait le moine alors je vous le dit, ce ne sont pas des moines qui s’abritent dans ces bottines ! Conscient du risque, je fis une blague : « Tiens, on a la même paire de bottes ! Le silence à duré plusieurs jour.
Enfin, le paysage se mis à changer. Non pas d’un seul coup sans qu’on puisse le saisir dans son évolution. Faiblement, la grisâtre perchée en arrière plan passa devant la forêt, devant l’église, puis devant le blé. C’était un ensemble de bâtiments, une ville, notre première. Les villages ça ne cache pas entièrement l’horizon, il y a toujours autour de nous une fenêtre vers la plate finitude. Ici, la sortie - ou l’entrée, disparut derrière nous, devant nous, le béton nous avait consommé. Du changement s’annonçait, on murmurait à nos oreilles ! Prenez garde ! La Circée produit ses valses dans vos esprits. La mer, la mer !
La nuit, rapidement me tapa dans l’œil. La ville est lovée, la mer déjà oubliée, non : évitée. Les trottoirs se constitue une muraille corporelle en mouvement. Il n’y pas de place ici, nous le sentons, nous sommes de trop. Mais les passants nous acceptent, ils n’ont pas le choix et nous non plus. Des paumés oui, dans leur propre ville, certains déjà à moitié pendu mine de rien, probablement qu’ils n’ont jamais vu la mer eux non plus. Et nous, où est ce qu’elle est notre excuse ? Marcher c’est censé être facile, alors pourquoi la mer n’est elle pas devant nous ? Et dans tous ça même pas de lune pour éclairé la route de ces gueules tordues. Juste des lampadaires bien vieillot, bien jaune, faisant de notre peaux l’emballage parfait du plus détestable des produits ménagés.
J’y songe, pas de Lune, pas d’astres, mais des étoiles. Je les aimes bien ici, les étoiles. On y voit parfois des femmes nues, toute grisée par les vitres, vigoureuses. Rêve, fantasme, on y touche pas, on ne les vois pas, volets fermés, personne, pas de passant, tous dorment, les rues, le bitume, les buildings, Clément et moi. Non, sans Clément, il s’est perdu, moi aussi. La surprise ne m’atteint pas, c’est un pervers. Deux autres paumés à ajouté, faites le compte. Est-il venu avec moi ? Qui est ce Clément, je ne sais plus. Oublions. Cette ville, oui cette ville, celle ci qui se dresse, noire, devant moi, pourquoi faire ? Personne n’y habite, est ce le cas ? Se cachent-ils ? Je sonne. Personne. Je toque. Personne. Je hurle, je crache sur les vitres, renverse des poubelles, l’ivresse, la chaleur, la nuit orangée, un peu trop et qui perse l’obscurité avec des traits splendides, bien visibles. Je casse aussi une boîte au lettre, les impôts, la lettre d’une inconnue, non, le vide, quelque feuilles morte. Un nom cependant, Martinet. Ce Martinet, où est il passée ? Mauvaise question. J’en ai marre. Je suis las de ce béton et de ce silence, oui le silence, percé parfois par des cris, cependant ne vous alarmez pas, ce n’est rien, peut-être Clément, peut-être Martinet qui sait ? Clément je le cherche, cris son nom tout en m’éloignant probablement de lui. C’est peut-être un chat. Je m’endors, j’ai froid. Le froid tombe toujours mal, il aurait pu me tomber dessus quand j’étais encore chez moi. Je pourrais dormir dans un immeuble, dans un appartement, mais personne ne m’ouvre. Et j’ai pas mes clés, je les ai oubliées, oui elles sont tombées, on me les a volées, c’est Clément, encore lui, non pas lui, j’ai pas de clés, je n’habite pas ici. Alors je dors, sur un banc anti-clochard, c’est confortable, non, je ferme les yeux, voilà, mais les lampadaires éclatent des iris aux travers de mes paupières. Je retire mon t-shirt trempé de sueur et le pose sur le haut de mon visage. La nuit.
Le lendemain, Clément de retour, nous reprîmes nos allures de vagabond. On nous regardait. Les facteurs, les familles, les vieux, les bébés, tous nous infligeaient leurs regards miséreux. Clément ouvrit sa gueule.
- Ils sont en deuil, les pauvres
- Oui, que faire ?
- Des fleurs, toujours des fleurs.
Nous allâmes acheter un bouquet de roses au premier cimetière venu. Un petit cimetière, c’est rare de mourir ici. Quelques tombes, 1901, 1945, 1976, ah le voila, le dernier mort, 2022, Joseph Martinet. Drôle de nom, un sale type probablement. Les gens prennent des photos, c’est un événement important ici, c’est tellement rare un type qui meurt, prenons le temps de nous recueillir, parce qu’après il faudra oublier, demain y a bowling alors faut trier. Et puis ça murmure de tout côté, il y a foule, tous sont en noir. Bizarre. Nous on est en short, c’est les vacances, nous sommes de simples touristes, des verrues presque désirable avec nos belles jambes velues au sein de cette foule immobile.
- On prends ses fleurs ? me chuchota Clément.
- Le deuil est déjà fleuri, partons.
Les rues défilent, toutes se ressemblent, les passants aussi, nous aussi, on a pas changé, lui un peu, ses vêtements, les miens sont sales, sans pour autant l’être plus qu’hier, alors on est bon, on avance. Les pieds fatigués, les talons traumatisés par tous ses kilomètres. Les bottes toujours salles. On peut nous suivre, les bouseux laissent leurs traces, on nous suit sans doute, oui on nous suit, derrière.
- On nous suit
- J’ai vu
- Ah oui ?
Rien. Que c’est confortable. La sueur rend mes larmes.
Une autre journée. Le soir. Sous les brumes allumées se dressaient de longs bâtiments percés de fenêtres oranges, et le linge que rangeait une femme se mouvait sous les hurlements urbains. Ses boucles brunes, puis rosées, respiraient tendrement les changements colorés du passage nuageux. Parmi les bruits, elle pouvait percevoir son mari prenant patience dans son auto. La femme était incandescente. Son dos noir et bleu contrastait comme un dessin avec ses contours clairement définit par un trait lumineux. Une chemise, un regard, une veste, un regard. Ses gestes étaient lents mais toujours assurés. Espérance descendante. La lumière des phares et des lampadaires commençait à envelopper l’ombre de la rue en contre-bas. Elle se voyait sauter et vivre une éternelle chute vers l’inconnue. Soudain, elle se figea, le bras tendue vers le dernier pantalon à retirer, puis reposa le panier. Le pantalon marqué de soleil, répondit à ce geste par un ballet solitaire. Le bruit du trottoir croissait, un timbre particulier, celui qui bat les villes pendant les couchés d’été et qui rend ivre tout les passants, les spectateurs aux fenêtres et les rêveurs en taxi. Et c’est une robe qui se mise à tourner, à virevolter en cercle et en carré comme une fumée montant d’un cendrier.
Un rêve, j’ai rêvé. Bizarre. Je me réveille entouré de vide, non c’est la campagne. Le vert, le vert, le vert ! Quelle couleur étrange, presque grossière, et ces pétales de roses, de vraies roses, qui vivent et qui meurent, et cette terre, douces pour les talons. Mes narines distingues l’humidité amer de cette terre pétrie par le récent fumier. Oui, je vais marcher ! Il faut marcher. Je ne peux plus marcher, si je le dois, marcher pour marcher, partir pour partir, j’avance. Je ferme les yeux pour ne pas me tromper, mes sens sont trompeurs, cette rose n’est pas rose, ce ciel n’est pas bleu, cette terre n’est pas rouge. Un pas, puis l’autre, mes pieds sont mes yeux. Aller le plus loin possible, sans ouvrir les yeux, les champs sont grands, ouverts. Et tous ces espaces doivent être perçus par mes pieds. Ça me rappelle des souvenirs, Clément était là, Joseph Martinet, lui toujours vivant, dans la ville dont je viens de m’extraire sans trop savoir comment.
Le silence à mes pieds.
Avec les copains on s’amusait à marcher les yeux bandés droit devant nous à travers champs. Nous souhaitons aller le plus loin possible dans cette posture. Alors au début on tâtait le terrain, on faisait attention au diverses mottes de terres, trous, buissons et autres obstacles invisibles. On était attentifs sans rien prévoir, on commença à sentir les choses venir à nous. Peu à peu, comme la pousse des cheveux, nos pas se sont fait plus assurés. Certains, les plus fous - pas moi j’étais sage, courraient, sans jamais gagner cependant. Moi j’étais plutôt bon. Je me souviens de cette fois où je me suis même retrouvé dans un village inconnu, en arrivant je me suis tapé un mur. Un vieux qui traînait là, en me voyant arrivé, avait attendu ma chute pour me dire de faire attention. Mais je n’était pas perdu, j’avais juste à faire demi tour, je tiens bien mes lignes droites.
Un jour cependant, on a perdu Eugène comme ça. Eugène, un petit nouveau, plein d’entrain mais sans l’expérience du terrain, c’était sa première partie. Cette journée j’espère qu’il ne la pas oublié, sinon ça voudrait dire qu’il est tout à fait mort. On l’a jamais retrouvé le pauvre, on s’est bien fait sermonné naturellement, chacun vingt fois, un sermon par chaque parent du groupe. Ce qui nous a pas empêcher de continuer tout en redoutant le moment où l’on en perdrait un autre. Qui ça allait être le prochain ? Tous pensaient que ça serait moi, si bien que moi aussi je n’étais plus sûr de mes capacités. Mais ça rendait le jeu plus jouissif. Surtout en hiver, pendant ces matinées brumeuses, avec la boue qui avalait nos jambes et parfois nos cuisses. Le froid excitait nos sens, nous rendant alertes comme des bêtes qui n’hibernent jamais Alors forcément qu’on s’en souvient bien de ces moments là.
Le ciel était aussi gris qu’alors, sans lumière, un revêtement homogène recouvrait le monde. Le vent balayait le monde dans des rugissements étouffants. Il faisait froid, j’étais seul, ça me pesait, ma mère, mon père, Clément. J’y suis en vérité. Cette mer depuis si longtemps désirée, ou est elle passée ? Les yeux fermés je l’entends chanter comme dans mes souvenirs, les pieds dans le sable, vérifiant avec le manche de ma pelle si l’horizon était bien droit. Le sourire, les écumes éclatées des marées hautes, puis basses, puis de nouveau si hautes dans les nuages, plus haute que ces lointains navires surplombant les eaux vertes et blanches de moitié. Claire, encore elle, une frivole, toujours chantonnant une musique de Disney, je n’ai jamais aimé, mais quelle voix, la ligne, sans friture, sans aspérité, un trait mélodique, une monodie, claire, magique, digne des plus grandes opérettes, aujourd’hui elle se prostitue. Peut-être, j’en sais rien, fantasme de la goûter. Mais alors, comme j’aimais la texture de ces cheveux brunis pas l’eau salée. Épaisses, ses mèches s’enroulaient autours de mes doigts encore bombés et modelés par l’eau. Ah oui ! Et sa maison, quelle étrange maison que c’était, un bungalow, elle vivait dans un bungalow ! Moi aussi, dans le même modèle, les vacances nous faisait vivre dans de petites boîtes que l’on trouvait ridicule chez les manouches. Bizarre. On ne se rend pas compte de ces étrangetés quand on est gosse. De retour sur les côtes, l’horizon, encore lui, je le regardais, pensant ainsi regarder l’Amérique. Quelle drôle de vie ça serait ! New York, Boston, Washington. Mais non, en regardant droit devant moi c’est le ciel que je regardait et derrière, cachés par le voile de mes connaissances limités, une étoile, une nébuleuse, une galaxie.
Et maintenant. Et maintenant ? Claire, où est tu passée ? Je te vois faiblement à travers mes paupières, je me rappelle tes paroles sans vraiment les comprendre, c’est un murmure presque parti, encore un peu et je ne l’entendrais plus. Il est parti. Pourquoi n’ai je pas profité de ta présence pour demander de t’expliquer ? Ton image restera silencieuse, je vois tes lèvres asséchées par le vent se tendres, se compresser, sans un bruit. Le silence a recomposé ta chanson, John Cage est passé par là. Et j’avance encore, la terre dans les bottes maintenant, je m’enfonce souvent, le champs est immense, j’ai le temps de penser, d’espérer, que verrais-je la bas ? Où ça là bas ? Ici c’est pas mal mais chaque ici me rapproche bien d’un endroit, d’un unique endroit. La ville, la mer. Claire, Clément. Où sont il ? Partout. Nulle part. Un peu des deux. Je les vois. Non, j’ouvre les yeux, je ne vois rien, rien, rien. Du tissus, mon t-shirt recouvre toujours mon visage.
Le banc anti-clodo, je le sens sous mon dos. La terre est molle, il fait froid, maintenant le sol est dur, est ce du béton ? Je transpire. Encore elle, cette même rue que je n’ai pas quitté depuis mon arrivée. Pourquoi la quitter ? C’est le chemin le plus directe. On tape sur mon épaule. Joseph Martinet est là, toujours vivant. Il n’est pas si vieux, la soixantaine. La barbe est brune, son dos tout à fait droit, les yeux agités. Il me demande de venir chez lui. Viens donc boire un coup, qu’il me dit. « Mais, j’ai dix ans monsieur ! Claire, regardes ce vioc ! .. .Claire ? » C’est inconscient, assez de ces souvenirs, du murmure de Claire, de l’image de Clément m’insultant parce qu’il s’est paumé. Assez de ces choses à jamais perdues. Mon bon Eugène, désolé mon gars, on jouait. Tient te voila, tu m’écoutes oui hein, je suis là ne t’en fait pas. Je te disais, ouai, désolé, on était bête, moche, ridicule, des gosses quoi, mais on t’aimait bien, si ça n’avait pas été le cas on ne t’aurais pas invité. On t’a perdu car on t’aimait bien. Non assez, t’es mort, jamais retrouvé. Ton corps, décomposé, quelque part, bouffé par les insectes. Oublions. Non, pas d’oubli, je laisse ça de côté, je fais le trie.
Je n’oublierais plus. Je marche toujours car je ne peux pas faire autrement. La marche, toujours, il faut avancer. J’observe un à un tous les chewing-gum qui parsèment la surface de mon tapis rouge. Il fait encore nuit. Des cris me parviennent. Les bâtiments sont toujours aussi hauts. Vingt étages. Suis-je bête, c’est New York ! Non, mais presque, on se rapproche. La mer n’est pas loin. Pour l’instant c’est toujours la ville, la même, peut-être une autre, mais la même urbanité. Soyons franc, depuis le cimetière je suis perdu. J’ai beau essayé, je n’y arrive pas, c’est trop long. La ville est laide, donnez moi la mer, vite. Laisser moi bercer ce corps misérable dans les reflets des nuages, qui passent au loin, velours blanc et mauve se prélassant dans les ronflement d’un ciel proche de l’éveil. Mais vite, l’orage arrive. L’enclume écrasera sous son flambeau la nappe bleue, et de ses flancs jailliront des vagues bénies par les crapules. Il est trop tôt pour se noyer.
« Ah, Clément, qu’est ce qui t’étais arrivé ? » - Je me suis perdu, j’ai voulu profiter de ta sieste pour explorer les alentours, trouver un raccourci ou tout autre chose qui nous aurait bien aidé. « Qu’as tu vu. ? » - J’ai vu mairies, des bistrots, des magasins et j’ai été accueilli dans un ciel semblable à de l’émeraude taillée par le meilleur artisan, j’ai vu des bâtiments courbés par des ombres croissantes percées de feu par les fenêtres opposées. Et puis, j’ai vu une femme. C’est entre des coins rugueux que je l’ai vu. J’étais alors sous les réverbération d’un mercure qui me crevait les yeux. Le pouls montait à mesure que le bitume acide embuait mes poumons. Oui, je me souviens. De son corps agile comme un foulard sans lendemain s’échappait des vents heureux de l’avoir senti. Je l’ai suivi. Je l’ai aimé. Je l’ai séduite. Elle m’a aimé. J’ai été chez elle, au quinzième étage d’un de ces bâtiments sans nom. Et là-haut, au dessus de la ville, j’ai vu la mer. C’est par ici, viens ! « Mais, et cette femme, l’abandonnes tu ? » - Non, elle m’attend, il le faut. Et on est parti. Sa petite femme il ne me la présentera un jour. Une petite brune avec des yeux qui vous méprise. Et même qu’elle ne parle jamais, et qu’elle est sourde. Je les vois déjà se parler avec les mains, se moquer de moi en pensant que je ne comprends pas, les signes ça ne trompe pas.
Finalement rien. Il n’y a rien. J’ai menti. Tout inventé, tout fantasmé pour remplir ce vide. Mille fois rien. J’en suis certain. Ici, il n’y a rien d’autres que des miroirs. Pourquoi des miroirs ? Je ne sais pas. Oui ce sont des miroirs qui m’entourent. Je crois, je ne vois pas le rebords. Je ne vois que moi. Peu importe où mon regard se porte : je ne vois que l’image des choses, autrement dit moi, qui suis la seule chose existante ici. Il est possible que ce ne soit pas des reflets de moi, mais d’un autre individu semblable à moi qui imite mes mouvements. Mais je préfère cette idée de miroirs, a bien y regarder je préfère être seul qu’observer et analyser un imitateur professionnel. Et quand je chie, je préfère penser que c’est moi que je regarde chier. Continuons notre avancé, suis je bête. Je continues mon avancé. Que c’est dur de réfléchir. Redonnez moi la ville ! Redonnez moi Clément ! Et puis Claire ! Mais le vide doit être exploré, le monde et la mer qui se fondent dans son sein y sont peut-être caché. Qui est ce malin qui vole mes désirs ? L’extérieur existe, il le faut. Qui m’a foutu ici ? Comment pourrais je le savoir ? La mémoire, cherchons dans la mémoire, celle qui enferme ma vie. Mais quelle vie ? Mon corps et son image, c’est tout ce qu’il reste. Je suis perdu. Je n’ai jamais bougé et pourtant il me semble bien que cet endroit m’est inconnu. Non.
Quel étrange rêve. Son souvenir est étiré, retourné.. Je ne sais plus. Au boulot, pas grand-chose. Le bureau, les ordinateur, mon balais. Je balaye, puis re-balaye et réitère cette boucle de la même manière, tous les jours, toute ma vie - façon de parler. J’espère rester ici encore bien longtemps, mais je n’ai pas toujours été ici. J’ai passé mon enfance dans une lointaine commune. Un enfant sage avec des capacités, c’était ce que disaient mes professeurs. Les champs, je m’en souviens encore, bien que je n’en ai pas vu depuis quelques années. Je vois Eugène, encore lui, comment ça ? Qui est il ? Je ne le connais pas. Qui est tu ? Parti. Les miroirs ! Des miroirs, puis ces champs. Où suis-je ? Perdu. Je suis perdu. Encore perdu. Ne l’ai je pas toujours été ? Je m’imagine en train de marcher, de faire cette chose si essentielle et que je ne peux pas faire, et j’imagine toutes ces latitudes auxquelles je n’ai pas accès. Je suis entouré de miroir, sans jambe pour marcher, sans bras pour caresser, sans bouche pour parler. On rêve d’être libre, et quand on l’est on souhaite l’être davantage, mais la vérité est là, que faire de cette liberté ? Quel ennui. Fermons les yeux une dernière fois. Après j’aviserais. Une chose à la fois. Où en étais je ?
La mer.
Clément ! Je m’ennuie, reviens s’il te plaît ! - Oui ? - Te voila .. ne part pas, ne part plus, ne nous étions pas promis de rejoindre la mer ? Nous avons commencé ensemble, terminons ensemble ce voyage qui commence à me perdre. Je t’en pris, allons y, vite, tout de suite, ne perdons plus de temps !
On ferme nos paumières, le t-shirt sur le visage pour ne pas tricher, on avance. Plus de détours maintenant, nos pieds et le monde. La chaleur commence à monter, comme si un morceaux de soleil s’était perdu dans ma trachée. Justement, parlons en du soleil, n’en a t’il pas marre de s’engouffrer toujours plus profondément dans nos corps en empruntant les plus inimaginables orifices ?
Et voilà mes pas qui avancent maintenant, déjà de manière automatique. Je ne contrôle plus rien, c’est cela que j’aime, ne plus rien contrôler, me laisser aller, laisser venir les choses à moi, aspirateur du monde, me laisser dirigé comme un enfant sur le siège arrière.
Et le monde se déchire et je danse avec ses morceaux de lumière, de forme et de matière. Un rouge chatouille mes bras tendus vers l’horizon que je ne vois pas, que je n’ai jamais vu, dont un souvenir partiel, sans doute artificiel, anime pourtant mon imaginaire. Ce rouge vient de la terre, enivrée par mes pas qui la touche. Le ciel m’embrase mon visage qui lui fait face. Le même ciel qui ma vu naître, et que j’ai fait naître. C’est celui de chaque instant. Claire à rejoint Eugène sans me dire au revoir. Tout cela n’est que fantasme et pourtant si macabre. N’est ce pas réel finalement ?
Les paupières sont closes mais l’image du dernier instant est toujours perceptible. Les couleurs ne partent pas facilement, elles s’encastrent dans l’iris et ne le quitte que s’il y a d’autres couleurs en attente. Le noir n’est pas noir, il est mauve, rouge, gris, bleu. Ma campagne n’est pas perturbante, fort heureusement, derrière perception colorée avant la mer. Ensuite, la mer gravée dans ma rétine je me percerais les yeux et visualiserais à jamais ce doux délire.
Salut Baga, je veux bien lire ton écrit, et donner mon avis détaillé, si tu fait de même avec le mien, ok ? C'est difficile d'avoir des avis
Salut à toi !
J'ai prévu de lire ton récit oui. D'ailleurs quand je passe ici j'en profites pour lire ce qui se fait par la même occasion. Par contre tu n'es pas obligé de lire le mien. Je lirais le tiens et te ferais un retour avec plaisir mais non pas par obligation.
Tant mieux, j'ai pensé la même chose et allait faire le même message !
Je trouve ça très chiant le style est vraiment pénible, on dirait du Angot, c'est dire.
Le 09 février 2023 à 15:45:01 :
Je trouve ça très chiant le style est vraiment pénible, on dirait du Angot, c'est dire.
Qu'appels tu "chiant" et quels sont les éléments qui te dérange ?
Je trouve ca assez triste et beau en même temps. Le titre est très bien choisi car ton écrit se lit exactement comme un doux délire, sûrement d'adolescent. Bon on comprend pas grand chose et sans doute que tu t'en fichais de la narration.
Bon le texte est aussi fragile par endroits. Par exemple le premier dialogue à mon avis n'est pas crédible. L'histoire du jeu des yeux non plus, je ne l'a trouve pas crédible, et l'histoire d'Eugène encore moins. Je sais que ce genre d'histoires arrivent réellement mais employée ainsi elle me paraît trop artificielle.
Aussi j'ai vu pas mal de tournures mauvaises, par exemple :
- 2ème et 3ème phrases
- la rime non voulue avec terre
- Notre attitude...( show dont tell)
- Jumelle siamoise ( mot ovni)
- La route différente---> show dont tell
- Si l'habit....
- plate finitude ( ampoulé)
- la nuit me tape ( soleil oui mais nuit non)
- L'emballage parfait.... ( je trouve que c'est moche comme phrase)
Du reste on sent que c'est encore, et c'est un débutant aussi qui se permet de te le dire, débutant. C'est assez frivole je trouve, ca fait trop doux délire d'adolescent sans importance en fin de compte. Je me fait souvent la même critique et on me l'a déjà faite et je pense que c'est assez commun chez les écrivaillons que nous sommes.
J'ai l'impression que sur le style t'es sur un entre deux entre la description ultra basique et la description fantastique, qui n'a pas pour but l'utilité. Comme la répétion de certains mots, je suis sûr que c'est juste du maquillage pour le texte. De toute façon même avec ça j'ai pas été déçu de la lecture donc c'est bon signe.
Belle coïncidence, on a lu nos textes en même temps. Merci à toi.
Saurais tu me dire plus exactement ce qui cloche et qui te fait dire que le jeu des yeux n'est pas crédible ?
Qu'appelles tu "ampoulé" ?
Le 09 février 2023 à 20:33:23 :
Belle coïncidence, on a lu nos textes en même temps. Merci à toi.Saurais tu me dire plus exactement ce qui cloche et qui te fait dire que le jeu des yeux n'est pas crédible ?
Qu'appelles tu "ampoulé" ?
Honnêtement je sais pas si je suis trop dans l'analyse ou non. Mais le jeu des yeux me fait penser à une fausse bonne idée, c'est-à-dire à un souvenir (ou une invention) qui a de la valeur dans le texte que parce que comme c'est un moment de l'enfance c'est un moment important, fondateur, pur, ect...hors si sa valeur n'est pas directement et logiquement attachée à l'histoire ce passage devient complètement inutile.
Je pense que l'émotion d'un texte c'est aussi et surtout rattaché à la logique de la narration. Après je dis ça en forçant les traits de ton passage, parce que je ne pense pas qu'il soit aussi vain et extérieur à l'écrit que ça.
Et "plate finitude" je dis ampoulé parce que c'est trop compliqué pour rien comme terme, dans un texte assez brut comme le tient.