Synopsis : L’âge d’or des grandes villes et de l’industrie est arrivé. Dans ce futur proche, une jeune femme du nom de Helewis Konopka ne rêve que d’une chose : s’échapper de la banalité grisonnante de son quotidien pour découvrir le monde qui se cache derrière la modernité et l’urbanité de la métropole française. Mais alors que la peur de l’inconnu la tenaille et que les journées s’enchaînent immuablement, un événement imprévu va l’inviter à partir à l’aventure. En compagnie de son ami Ernest Naiwny, Amia Duclos et d’autres, elle partira sur les routes de l’Est en direction d’un bien mystérieux sanctuaire perché sur les flancs des montagnes des Sudètes. Un voyage qui les amènera à traverser, les plaines sauvages, forets et marais polonais, jusqu’à rencontrer nombre de créatures oubliées du monde moderne.
Chapitre 1 : Première Partie
Comme à son habitude, le premier métro de la journée émergea des entrailles humides et souterraines de la ville en poussant un terrible hurlement, curieux mélange de gazouillis électrique et de crissement métallique. S’élançant à vive allure sur les lignes aériennes, son cœur électronique battant la chamade, ses roues s’emportant, il parcourait la ville à toute vitesse, zigzaguait en tous sens dans la cité endormie. Serpent électrique, fourmilière de puces, toile de circuit, de diode et de récepteur s’employant d’ores et déjà à lui faire atteindre sa vitesse effrénée, il fendait l’air et distançait la bise du petit matin. Puis, alors qu’il s’éloignait du centre-ville et arrivait entre un dédale d’immeubles insalubres – une triste et épaisse frontière de bloc gris qui séparait la Grande-Ville de la Petite-Ville périphérique, – ses freins se mirent à hurler et il se stoppa net. Vieille et usée, courroucé par les années, sa machinerie poussa un profond soupir de fatigue qui se traduisit par un infernal craquement de ferraille et d’électronique, et dont les échos, assourdissants, se répercutèrent en boucle dans les venelles et rues du quartier, tels le son des cloches d’autrefois chargées d’annoncer l’imminente arrivée de l’aube. Un triste appel à l’éveil.
À son tour, une voix somnolente poussa un profond soupir. Enfermée entre quatre murs d’une tour moulée dans le béton, cette dernière eut beaucoup moins de retentissement que son prédécesseur. Mais cette voix, d’ordinaire douce et harmonieuse, aussi claire et limpide que de l’eau de roche, semblait s’étouffer d’elle-même, se noyant dans des océans de tristesse et d’anxiété. Car à peine fut-elle arrachée de son sommeil par cet atroce être mécanique et électrique, qui dictait la vie des citadins, que Helewis Konopka se laissa aller à quelques sanglots. Quelques sanglots, comme chaque matin.
En contrebas de son immeuble, n’ayant cessé de toussoter, le métro se remis lentement en branle, tandis qu’apparaissait, sur les faces grises et lisses des blocs avoisinant, derrière les étroites fenêtres qui en parsemaient les façades, des lumières blafardes. Et peu à peu, alors que le métro reprenait son allure, la ville s’illumina en se dotant d’une pâle couleur brunâtre, flottant au milieu de cette mare bise que représentaient les ombres et les silhouettes d’immeubles entassés et de routes enchevêtrées ; de petit point lumineux, perdu au milieu d’un océan fuligineux. Sans s’arrêter, le métro en traversa le moindre de ses recoins. Tantôt, il en ratissait les abysses, épousant le froid béton des chaussées. Tantôt, il naviguait en surface, se laissant envelopper de la bise fraiche du printemps. Et encore et encore, serpentait-il et serpentait-il autour des immeubles ; et encore et encore, hurlait-il et hurlait-il en crissant.
Puis, en un rien de temps, après sa tournée de station et d’arrêts, il rejoignit les caves froides et l’obscurité de laquelle il avait émergé. Mais presque aussitôt, sur la ligne voisine, surgit un nouveau métro. Du monde souterrain et de ses ombres, il s’en extirpa à une telle vitesse qu’on eut cru qu’il cherchait à fuir une quelconque créature qui se serait cachée à la faveur d’un virage. Nonobstant, sa cadence paniquée ne tarda guère à connaitre le frein ; la rame ralentie poussa un étrange cri électrique et le métro adopta la même vitesse effrénée que son prédécesseur. Marquant chaque arrêt d’un cri presque identique, il vit néanmoins les immeubles s’ouvrir et régurgiter des flots de citadins qui, en s’amassant et s’entassant sur les trottoirs, formèrent une masse charnue, mais sombre. Sur les routes, avant de repartir et de retrouver l’obscurité, il n’entendit que le rugissement des moteurs et le tintamarre des embouteillages naissant. Au passage du troisième métro, dont l’allure et les arrêts restaient identiques aux précédents, les embouteillages mugissaient, les voitures, bus et camions inondaient les routes, tandis que des hordes de citadins pressées débordaient des trottoirs et huaient jusqu’à former un vacarme sonore désordonné dans lesquels se perdaient les voix et les murmures pour ne laisser place qu’à un bruit assourdissant et martelant, semblable à celui que provoquerait un ensemble de rouages rouillés. Au quatrième métro, le bruit s’était amplifié, ne formant plus qu’une longue plainte inarticulée. Les pas résonnaient, les moteurs hurlaient, les pneus crissaient. Les foules continuaient d’affluer ; marchant et marchant, envahissant et envahissant rue, ruelle et carrefour, se compressant en une simple masse mouvante et aux contours indistincts. Bientôt, du ciel, on ne vit plus aucune trace du gris de la chaussée. Mais, à l’arrivée du cinquième métro, le chaos initial céda sa place à une forme d’organisation insoupçonnée. On marchait en ligne, se bousculant si nécessaire lorsque la fluidité du passage ne nous laissait pas d’autres choix ; les embouteillages se dissipaient calmement. Au final, bien que persistant, les bruits décrurent jusqu’à ne plus qu’être qu’un chahut acceptable. Et ainsi la Grande-Ville finit-elle de saluer la levée du matin. Pendant ce temps, entre ses quatre murs meurtris par l’humidité, et alors que la ville grognait et hurlait, Helewis, elle, n’avait toujours pas fini de pleurer.
Se relevant avec difficulté de son lit, son corps s’élançant de part et d’autre comme une vieille machinerie tordue, elle se traina mollement jusqu’à sa petite fenêtre et tenta, sans succès, de ravaler ses larmes. Dehors, de l’autre côté de la vitre, ses yeux larmoyants se posèrent sur une vaste plaine urbaine, tranchée de routes et piquetée de blocs bétonnés – tous identiques les uns des autres. Sur l’horizon, perpétuellement bistré de cendre et de fumée, se détachaient vaguement les pourtours d’immeubles, tandis qu’un décor tout aussi gris et morne s’étendait en contrebas. Plus loin, la ligne aérienne du métro bifurquait, direction le centre-ville, et les tours de la ville s’abaissaient pour laisser place aux blocs plus modestes de la Petite-Ville périphérique, constamment plongée sous l’ombre des géants bétonnés de la Grande-Ville qu’elle enviait. Plus loin encore, sur la ligne d’horizon, s’élevait une étrange bordure. Sombre et floue, dentelée de cheminée industrielle, aussi terrifiante et insurmontable que la haute enceinte d’une prison, elle ceignait au nord comme au sud, à l’est comme à l’ouest, la Grande-Ville et ses alentours. Un singulier trône en béton, siège de la modernité et de ses machines où, de jour comme de nuit, s’échappaient d’épaisses volutes de fumée ; grises et tourbillonnantes, elles ne cessaient de se croiser, de s’entrelacer, jusqu’à former ce voile imperméable qui recouvrait en permanence le ciel au-dessus de la Grande-Ville. Rares étaient les rayons du soleil à la transpercer et à rayonner sur le béton froid. Encore plus rares étaient les citadins à en avoir contemplé sa lumière, car peu d’entre eux s’aventurer au-delà de la ligne d’usine et au-delà de l’horizon gris – aucun n’y voyait l’intérêt.
Face à ce panorama moderne et grisonnant, la peine de Helewis ne fut que plus lourde. La nuit dernière, comme à chaque fois depuis que la puberté l’avait faite femme, son sommeil l’avait guidé jusqu’en de verdoyantes contrées s’étendant sous un ciel bleu d’azur et dans lequel seule résonnaient le bruissement du vent contre les pâturins. Pourtant, il ne s’agissait guère d’un pays imaginaire – propres aux mondes irisés des rêves. Ou du moins, le croyait-elle. Bosquets, forets, plaines et montagnes, elle n’avait d’yeux que pour eux, pour ce monde qui, pensait-elle, prenait racine dans ces régions éloignées de la plaine urbaine, derrière l’horizon cendré et ses terrifiantes usines. Car, au contraire des citadins de la Grande-Ville, Helewis n’éprouvait qu’une profonde répulsion envers la luxure technologique et les faux charmes métropolitains, simple produit d’artifice et de bras froid et mécanique. Les innombrables blocs cubiques, si adroitement taillés par les machines, l’irritaient ; les innumérable routes, parfaitement droites et ordonnées, l’agaçaient ; les rares jardins, aux frondaisons ternes et plastifiées, l’écœuraient. Et seule la pureté, propre à la nature sauvage, avait su gagner son affection. Mais, comme tout un chacun, Helewis n’avait jamais quitté les bas-fonds de la Grande-Ville, n’avait jamais admiré les arbres de bois et ne pouvait fantasmer que sur quelques images enfermées entre les pages de vieux livres poussiéreux et oubliés du commun. Alors, chaque nuit, sous le ciel gris et sans-étoile, son esprit s’évadait, voyageait vers ces lointaines contrées, traversait les paysages somptueux de l’Est, foulait les sables chauds d’Afrique, survolait les collines d’Extrême-Orient, jusqu’à ce que l’horrible cri du métro ne la rappelle à la triste réalité de son quotidien grisâtre. Un retour à la réalité qui, rarement, ne s’accompagnait de larme et de sombre pensée.
Pour ce qui est de l'écriture, rien à redire, c'est solide, c'est dense tout en restant limpide, c'est un sacré progrès en comparaison d'écrits anciens que j'avais lu de toi.
L'idée du réveil progressif de la ville et ses activités depuis le métro est bonne si toute la phase de description qu'elle suscite permet de bien faire retranscrire le malaise du personnage. C'est un peu là le hic. D'un côté ta description hésite entre un naturalisme assez pointilleux et de la prose épique, et de l'autre ton personnage prétend vouloir retrouver le côté sauvage, désorganisé, propre à la nature, et être dégoûté de ce cadre urbain... Mais ta description laisse justement parfois entrevoir de l'animalier et du désordre, si ce n'est carrément une forme de beauté contenue dans la vie urbaine.
Il faudrait peut-être être un peu plus sec dans le rythme, cassant, et réserver le côté plus fluide pour les parties de ton roman qui se dérouleront justement à l'Est, où la nature puis le fantastique feront leur apparition et se succéderont.
Mais sinon c'est très bien, j'ai aucune remarque concernant les formulations, la syntaxe...
Chapitre 1 : Première Partie
Comme à son habitude, le premier métro de la journée émergea des entrailles humides et souterraines de la ville
Non. De manière générale fais attention au rajout de "et" pour redoubler les adjectifs, mais surtout le problème ici c'est que "souterraines" est déjà évident avec "métro" et "entrailles", le rajouter ça alourdit le style et c'est répéter la même information. C'est comme dire "les poissons maritimes de la mer" si tu veux
en poussant un terrible hurlement, curieux mélange de gazouillis électrique et de crissement métallique. S’élançant à vive allure sur les lignes aériennes, son cœur électronique battant la chamade, ses roues s’emportant, il parcourait la ville à toute vitesse, zigzaguait en tous sens dans la cité endormie.
Là c'est moins important mais t'as aussi la tentation de répéter qui revient ; dans la même phrase tu dis deux fois qu'il avance (s'élançant / s'emportant), et tu dis deux fois qu'il s'avance dans la ville (il parcourait la ville/dans la cité endormie)
Ton style est bon, mais quand tu fais des phrases longues comme ça il faut que chaque information soit unique, sinon ça donne l'impression que les phrases sont allongées artificiellement
Serpent électrique, fourmilière de puces, toile de circuit, de diode et de récepteur s’employant d’ores et déjà à lui faire atteindre sa vitesse effrénée, il fendait l’air et distançait la bise du petit matin. Puis, alors qu’il s’éloignait du centre-ville et arrivait entre un dédale d’immeubles insalubres – une triste et épaisse frontière de bloc gris qui séparait la Grande-Ville de la Petite-Ville périphérique
T'as pas besoin de la triple répétition de "ville" ici, par exemple "périphérie" à la place de la fin ça n'enlève rien je pense
– ses freins se mirent à hurler et il se stoppa net.
T'es sûr qu'il se stoppa net ? J'ai jamais pris le métro mais j'ai plutôt l'image de quelque chose qui crisse en ralentissant progressivement
Vieille et usée, courroucé par les années, sa machinerie poussa un profond soupir de fatigue qui se traduisit par un infernal craquement de ferraille et d’électronique, et dont les échos, assourdissants, se répercutèrent en boucle dans les venelles et rues du quartier, tels le son des cloches d’autrefois chargées d’annoncer l’imminente arrivée de l’aube. Un triste appel à l’éveil.
Paragraphe typique où tu surcharges sur le style. Tu perdrais rien à enlever quelques mots. Le soupir de fatigue n'a pas besoin d'être profond, le craquement de ferraille n'a pas besoin d'être infernal, l'arrivée de l'aube n'a pas besoin d'être imminente, etc. Séparément, ces formules n'enlèveraient rien au style, mais quand tu les alignes toutes dans une seule phrase sans laisser le texte respirer ça se remarque. N'aie pas peur d'intercaler des phrases courtes et des formules simples, ça fera d'autant plus ressortir les envolées stylistiques. Si tu fais de la surenchère ça finit par avoir l'air moins maîtrisé, d'autant plus si tu répètes un peu trop la même recette (comme ici l'ajout systématique d'un adjectif antéposé ; les trois exemples que j'ai cités plus haut sont exactement la même forme grammaticale)
À son tour, une voix somnolente poussa un profond soupir. Enfermée entre quatre murs d’une tour moulée dans le béton, cette dernière eut beaucoup moins de retentissement que son prédécesseur. Mais cette voix, d’ordinaire douce et harmonieuse, aussi claire et limpide que de l’eau de roche, semblait s’étouffer d’elle-même, se noyant dans des océans de tristesse et d’anxiété. Car à peine fut-elle arrachée de son sommeil par cet atroce être mécanique et électrique, qui dictait la vie des citadins, que Helewis Konopka se laissa aller à quelques sanglots. Quelques sanglots, comme chaque matin.
En contrebas de son immeuble, n’ayant cessé de toussoter, le métro se remis lentement en branle, tandis qu’apparaissait, sur les faces grises et lisses
"grises et lisses", encore ce "adjectif 1 et adjectif 2"
Si c'était un autre auteur je le relèverais pas, puisque de temps en temps ça dérange pas, mais quand je l'ai vu la première fois plus haut je me suis souvenu que tu le faisais très souvent
des blocs avoisinant, derrière les étroites fenêtres qui en parsemaient les façades, des lumières blafardes. Et peu à peu, alors que le métro reprenait son allure, la ville s’illumina en se dotant d’une pâle couleur brunâtre, flottant au milieu de cette mare bise que représentaient les ombres et les silhouettes d’immeubles entassés et de routes enchevêtrées ; de petit point lumineux, perdu au milieu d’un océan fuligineux. Sans s’arrêter, le métro en traversa le moindre de ses recoins. Tantôt, il en ratissait les abysses, épousant le froid béton des chaussées. Tantôt, il naviguait en surface, se laissant envelopper de la bise fraiche du printemps. Et encore et encore, serpentait-il et serpentait-il autour des immeubles ; et encore et encore, hurlait-il et hurlait-il en crissant.
Puis, en un rien de temps, après sa tournée de station et d’arrêts, il rejoignit les caves froides et l’obscurité de laquelle il avait émergé. Mais presque aussitôt, sur la ligne voisine, surgit un nouveau métro. Du monde souterrain et de ses ombres, il s’en extirpa à une telle vitesse qu’on eut cru qu’il cherchait à fuir une quelconque créature qui se serait cachée à la faveur d’un virage.
Un peu trop long sur la fin, tu peux donner la même image en beaucoup plus court, généralement quand dans une phrase tu commences à aligner les "qu' " c'est le signal d'alarme que ça risque d'être un peu lourd, et le "quelconque" en plein milieu des trois autres (qu'on, qu'il, qui) n'arrange pas
Nonobstant
Interdit depuis l'existence du 18-25
sa cadence paniquée ne tarda guère à connaitre le frein ; la rame ralentie poussa un étrange cri électrique et le métro adopta la même vitesse effrénée que son prédécesseur. Marquant chaque arrêt d’un cri presque identique, il vit néanmoins les immeubles s’ouvrir et régurgiter des flots de citadins qui, en s’amassant et s’entassant sur les trottoirs, formèrent une masse charnue, mais sombre.
Histoire de prendre un contre-exemple, cette phrase s'étire mais à l'oreille en ce qui me concerne elle ne pose aucun problème. Pas de répétition inutile de termes, d'idées ou de formes grammaticales, une ponctuation bien sentie, pas de douche d'adjectifs. Certains te mettraient en garde contre les "s'amassant et s'entassant" ceci dit 
Sur les routes, avant de repartir et de retrouver l’obscurité, il n’entendit que le rugissement des moteurs et le tintamarre des embouteillages naissant. Au passage du troisième métro, dont l’allure et les arrêts restaient identiques aux précédents, les embouteillages mugissaient, les voitures, bus et camions inondaient les routes, tandis que des hordes de citadins pressées débordaient des trottoirs et huaient jusqu’à former un '''vacarme sonore désordonné
'''
Trop de fois la même idée, le vacarme à lui seul est très probablement sonore ET désordonné
dans lesquels se perdaient les voix et les murmures pour ne laisser place qu’à un bruit assourdissant et martelant,
assourdissant et martelant ![]()
Je relève simplement pour que tu réalises que je dis pas ça par hasard, je pense vraiment que ça t'arrive souvent
semblable à celui que provoquerait un ensemble de rouages rouillés. Au quatrième métro, le bruit s’était amplifié, ne formant plus qu’une longue plainte inarticulée. Les pas résonnaient, les moteurs hurlaient, les pneus crissaient. Les foules continuaient d’affluer ; marchant et marchant, envahissant et envahissant rue, ruelle et carrefour, se compressant en une simple masse mouvante et aux contours indistincts. Bientôt, du ciel, on ne vit plus aucune trace du gris de la chaussée. Mais, à l’arrivée du cinquième métro, le chaos initial céda sa place à une forme d’organisation insoupçonnée. On marchait en ligne, se bousculant si nécessaire lorsque la fluidité du passage ne nous laissait pas d’autres choix ; les embouteillages se dissipaient calmement. Au final, bien que persistant, les bruits décrurent jusqu’à ne plus qu’être qu’un chahut acceptable. Et ainsi la Grande-Ville finit-elle de saluer la levée du matin. Pendant ce temps, entre ses quatre murs meurtris par l’humidité, et alors que la ville grognait et hurlait, Helewis, elle, n’avait toujours pas fini de pleurer.
Se relevant avec difficulté de son lit, son corps s’élançant de part et d’autre comme une vieille machinerie tordue, elle se traina mollement jusqu’à sa petite fenêtre et tenta, sans succès, de ravaler ses larmes. Dehors, de l’autre côté de la vitre, ses yeux larmoyants se posèrent sur une vaste plaine urbaine, tranchée de routes et piquetée de blocs bétonnés – tous identiques les uns des autres. Sur l’horizon, perpétuellement bistré de cendre et de fumée, se détachaient vaguement les pourtours d’immeubles, tandis qu’un décor tout aussi gris et morne s’étendait en contrebas. Plus loin, la ligne aérienne du métro bifurquait, direction le centre-ville, et les tours de la ville s’abaissaient pour laisser place aux blocs plus modestes de la Petite-Ville périphérique,
centre-ville, de la ville, petite-ville
constamment plongée sous l’ombre des géants bétonnés de la Grande-Ville qu’elle enviait.
de la grande-ville
Plus loin encore, sur la ligne d’horizon, s’élevait une étrange bordure. Sombre et floue, dentelée de cheminée industrielle, aussi terrifiante et insurmontable que la haute enceinte d’une prison, elle ceignait au nord comme au sud, à l’est comme à l’ouest, la Grande-Ville et ses alentours. Un singulier trône en béton, siège de la modernité et de ses machines où, de jour comme de nuit, s’échappaient d’épaisses volutes de fumée ; grises et tourbillonnantes, elles ne cessaient de se croiser, de s’entrelacer, jusqu’à former ce voile imperméable qui recouvrait en permanence le ciel au-dessus de la Grande-Ville. Rares étaient les rayons du soleil à la transpercer et à rayonner sur le béton froid. Encore plus rares étaient les citadins à en avoir contemplé sa lumière, car peu d’entre eux s’aventurer au-delà de la ligne d’usine et au-delà de l’horizon gris – aucun n’y voyait l’intérêt.
Face à ce panorama moderne et grisonnant, la peine de Helewis ne fut que plus lourde. La nuit dernière, comme à chaque fois depuis que la puberté l’avait faite femme, son sommeil l’avait guidé jusqu’en de verdoyantes contrées s’étendant sous un ciel bleu d’azur et dans lequel seule résonnaient le bruissement du vent contre les pâturins. Pourtant, il ne s’agissait guère d’un pays imaginaire – propres aux mondes irisés des rêves. Ou du moins, le croyait-elle. Bosquets, forets, plaines et montagnes, elle n’avait d’yeux que pour eux, pour ce monde qui, pensait-elle, prenait racine dans ces régions éloignées de la plaine urbaine, derrière l’horizon cendré et ses terrifiantes usines. Car, au contraire des citadins de la Grande-Ville, Helewis n’éprouvait qu’une profonde répulsion envers la luxure technologique et les faux charmes métropolitains, simple produit d’artifice et de bras froid et mécanique. Les innombrables blocs cubiques, si adroitement taillés par les machines, l’irritaient ; les innumérable routes, parfaitement droites et ordonnées, l’agaçaient ; les rares jardins, aux frondaisons ternes et plastifiées, l’écœuraient. Et seule la pureté, propre à la nature sauvage, avait su gagner son affection. Mais, comme tout un chacun, Helewis n’avait jamais quitté les bas-fonds de la Grande-Ville, n’avait jamais admiré les arbres de bois et ne pouvait fantasmer que sur quelques images enfermées entre les pages de vieux livres poussiéreux et oubliés du commun. Alors, chaque nuit, sous le ciel gris et sans-étoile, son esprit s’évadait, voyageait vers ces lointaines contrées, traversait les paysages somptueux de l’Est, foulait les sables chauds d’Afrique, survolait les collines d’Extrême-Orient, jusqu’à ce que l’horrible cri du métro ne la rappelle à la triste réalité de son quotidien grisâtre. Un retour à la réalité qui, rarement, ne s’accompagnait de larme et de sombre pensée.
Sur la forme j'ai dit ce que j'avais à dire, j'ajoute que tu t'es effectivement beaucoup amélioré et que c'est plutôt joli, en fait je dirais que c'est dans la moyenne haute de ce que je lis ici, mais t'as encore des petites habitudes qui se remarquent avant d'atteindre le style que tu cherches à donner
Sur le fond j'ai un problème avec la répétition du propos, sur la deuxième moitié du texte c'est un peu laborieux. Deuxième métro, troisième, quatrième, cinquième, avec à chaque fois la même description, les mêmes termes, les mêmes thématiques (crissements, grisaille, bruit, etc etc). J'imagine que tu veux donner par le texte l'impression de lassitude de la ville qui habite le personnage, mais je trouve quand même ça un poil trop long en termes de redite
Ah et ironiquement le titre me faisait penser au chant du monde de Giono, qui est justement très centré sur les paysages naturels
Encore plus rares étaient les citadins à en avoir contemplé sa lumière, car peu d’entre eux s’aventurer au-delà de la ligne d’usine et au-delà de l’horizon gris – aucun n’y voyait l’intérêt.
un ciel bleu d’azur et dans lequel seule résonnaient le bruissement du vent contre les pâturins.
Je crois avoir relevé ces deux petites fautes.
J'avoue avoir seulement lu ton texte, A-San, à travers les remarques de Velyx. Ben, c'était un vrai plaisir de lire ces fragments commentés. Plein de choses que j'aurais pas vues, et en même temps s'il y a tant de choses à revoir c'est qu'il y a une matière assez solide (dans ton texte).
Je peux pas vraiment commenter le fond, donc, puisque je n'ai pas lu le texte sous sa forme initiale, mais de ce que j'ai aperçu, c'est très dense, rien ne semble être laissé au hasard, bref, techniquement, je suis admiratif.
Et, bien que je trouve le style assez scolaire, je pense que t'as raison de passer par là, ça te permettra sûrement de mieux libérer ton geste par la suite.
Merci à tous pour vos commentaires. Comme d’habitude, je n’en attendais pas autant. Et désolé de répondre si tardivement (pas mal occupé avec Noël, et je voulais me poser tranquillement pour vous répondre.)
Le 23 décembre 2021 à 13:14:57 :
[...]
L'idée du réveil progressif de la ville et ses activités depuis le métro est bonne si toute la phase de description qu'elle suscite permet de bien faire retranscrire le malaise du personnage. C'est un peu là le hic. D'un côté ta description hésite entre un naturalisme assez pointilleux et de la prose épique, et de l'autre ton personnage prétend vouloir retrouver le côté sauvage, désorganisé, propre à la nature, et être dégoûté de ce cadre urbain... Mais ta description laisse justement parfois entrevoir de l'animalier et du désordre, si ce n'est carrément une forme de beauté contenue dans la vie urbaine.
Il faudrait peut-être être un peu plus sec dans le rythme, cassant, et réserver le côté plus fluide pour les parties de ton roman qui se dérouleront justement à l'Est, où la nature puis le fantastique feront leur apparition et se succéderont.
[...]
Sur ce coup, je reconnais être pleinement responsable. Je n’aurais pas dû couper aussi haut dans le texte, mais je voulais déjà avoir des retours pour savoir si stylistiquement parlant je fonçais droit dans un mur ou non. Trois ou quatre passages plus bas, la vie dans ce cadre urbain est beaucoup plus détaillée. Et on comprend, beaucoup plus facilement, pourquoi Helewis déteste autant le monstre qu’est la Grande-Ville (et se déteste elle-même accessoirement.)
Ici, l’idée de la scène était de décrire une forme de réveil, un réveil urbain et mécanique. Au début, comme n’importe quel réveil, c’est chaotique ; les pensées sont confuses et le corps, les rouages de la machine, s’éveille petit à petit jusqu’à devenir pleinement opérationnel. Une évolution saccadée, étape par étape, marquée par le passage des différents métros (l’ensemble reste rythmé et parfaitement ordonné, malgré cette impression chaotique.) Puis une fois le rythme lancé, il est lancé.
Après, à mon grand malheur, j’ai toujours pensé qu’être trop explicit/direct dans mes intentions, dans mes métaphores, c’était la mort de la subtilité et, de facto, prendre le lecteur pour un idiot. Je ne sais pas donc si je devrais essayer de rendre ce parallèle plus clair. Je tenterai tout de même de retravailler la chose pour décrire la ville comme quelque chose de plus ordonné.
En ce qui concerne le style, j’ai toujours une tendance naturelle (lol) à me diriger vers un naturaliste, très, TROP prononcé. Et, à mon humble avis, ça ne me réussit pas vraiment. Je trouve ça trop plat. De même, à mon grand malheur, j’exècre les phrases trop courtes (hormis pour décrire une action très bref.) D’un autre côté, craignant de perdre le lecteur ou de rendre un texte trop chargé, l’idée de faire des phrases trop longues et trop complexes m’effraie (même si je vais avoir plus tendance à m’orienter vers ses dernières, notamment pour les descriptions.) Comme quoi, ma vie n’est pas facile tous les jours.
Ravis que, malgré tout, le texte t’ait plu.
Le 23 décembre 2021 à 18:30:25
[…]
Sur la forme j'ai dit ce que j'avais à dire, j'ajoute que tu t'es effectivement beaucoup amélioré et que c'est plutôt joli, en fait je dirais que c'est dans la moyenne haute de ce que je lis ici, mais t'as encore des petites habitudes qui se remarquent avant d'atteindre le style que tu cherches à donner
Sur le fond j'ai un problème avec la répétition du propos, sur la deuxième moitié du texte c'est un peu laborieux. Deuxième métro, troisième, quatrième, cinquième, avec à chaque fois la même description, les mêmes termes, les mêmes thématiques (crissements, grisaille, bruit, etc etc). J'imagine que tu veux donner par le texte l'impression de lassitude de la ville qui habite le personnage, mais je trouve quand même ça un poil trop long en termes de redite
Merci pour tous tes conseils et tes corrections. Comme je l’ai dit plus haut, les métros sont là pour marquer des sortes d’étapes dans le quotidien de la Grande-Ville. Et je cherche surtout à marquer le paysage gris et triste que l’on peut trouver dans ce décor urbain. Mais moi-même je reconnais qu’il y a encore quelques petites modifications a apporté, notamment au niveau des métros.
Ravi que la lecture t’ait tout de même plu.
Le 23 décembre 2021 à 18:37:01 :
Ah et ironiquement le titre me faisait penser au chant du monde de Giono, qui est justement très centré sur les paysages naturels
Je n’ai jamais été très bon pour trouver mes titres, à mon grand regret. Mais, pour le coup, je ne connaissais pas Le Chant du monde.
Le 23 décembre 2021 à 19:10:57 :
<spoil>> Encore plus rares étaient les citadins à en avoir contemplé sa lumière, car peu d’entre eux s’aventurer au-delà de la ligne d’usine et au-delà de l’horizon gris – aucun n’y voyait l’intérêt.un ciel bleu d’azur et dans lequel seule résonnaient le bruissement du vent contre les pâturins.
Je crois avoir relevé ces deux petites fautes.</spoil>
J'avoue avoir seulement lu ton texte, A-San, à travers les remarques de Velyx. Ben, c'était un vrai plaisir de lire ces fragments commentés. Plein de choses que j'aurais pas vues, et en même temps s'il y a tant de choses à revoir c'est qu'il y a une matière assez solide (dans ton texte).
Je peux pas vraiment commenter le fond, donc, puisque je n'ai pas lu le texte sous sa forme initiale, mais de ce que j'ai aperçu, c'est très dense, rien ne semble être laissé au hasard, bref, techniquement, je suis admiratif.
Et, bien que je trouve le style assez scolaire, je pense que t'as raison de passer par là, ça te permettra sûrement de mieux libérer ton geste par la suite.
Il faut un début à tout. Mais, à la différence de mon égo qui est aux anges, je me sens un peu gêné de recevoir autant d’éloges. Je ne suis clairement pas un génie et ne mérite pas autant d’admiration. ![]()
Fameux progrès par rapport a ce que j'avais lu de toi il y a quelques années (les truc Japonais avec Ishi) ![]()
Franchement faut saluer l'évolution, au niveau de la forme c'est plutôt bluffant. Dommage que les répétitions, même si elles sont voulues, sont un peu lourdes par moment. Par contre toute la description de la ville, de son agitation, c'est plutôt bien rendu. J'aime bien aussi le point de vue qui fait passer le métro comme le personnage principal de ce début de récit. C'est bien trouvé, et surtout plutôt bien fait.
Par contre j'avoue avoir tiqué aussi sur le métro qui se stop net. Je sais pas si t'as déjà prit le métro (si non, prend le, le métro c'est trop bien
) mais si ya bien une chose qu'un métro ne fait pas, c'est de se stopper net. Parce que c'est pas possible ^^
J'ai lu.
Bon déjà, beaucoup d'approximations au niveau des termes employés parfois, assez bien relevées par Veyli
Ensuite clairement on a plus la fougue de tes débuts. On part sur quelque chose de totalement différent du point de vue narratif, un truc atmosphérique, contemplatif, descriptif... c'est un poil chiant, mais on ne peut reconnaître qu'une progression dans le style. Peut-être maintenant digérer tes nouvelles influences Lovecraft et compagnie, te rappeler que tu es au 21ème siècle et tout ce que ça implique en terme de rythme etc. Je te conseille de lire Noesoka de Veyli, ou là, tu peux trouver effectivement les apports du classique avec le rythme cinématographique moderne (ce que tu faisais sur les Ichi en fait)
Sinon pour les plus on trouve une vraie poésie, une intensité dans le sentiment, un portrait de ville et de femme (tu es très bon là-dessus bizarrement) plutôt convaincant, une invitation au voyage...et puis surtout on est moins dans ton délire japonisant, après le synopsis me paraît quelque peu étrange, mais c'est aérien, c'est inattendu et ça a l'air assez personnel, donc l'irruption du fantastique dans l'urbanité est assez excitant, comme ça, ça m'évoque Kafka sur le rivage. J'attends la suite pour affiner ma critique.