C'est bizarre la fin d'une relation. Quand on quitte quelqu'un, on meurt un peu. Une part de nous s'en va, et on doit la laisser derrière. Il y en a qui se quitte simplement, et qui ne regarde pas en arrière, qui accepte de mourir parce qu'ils renaîtront ailleurs. Les autres se promettent de se retrouver, en tant qu'amis, pour ne pas perdre complètement ce qu'ils avaient. Mais pour se trouver en tant qu'amis, il faut mourir en tant qu'amant. En devenant amis avec un ancien amour, on n'évolue pas une relation précédente : on laisse mourir celle d'avant, pour s'oublier. Retrouver un amant comme ami, ça n'est pas rénover une maison, c'est en construire une autre. Oh, elle aura quelques similitudes ici et là, le même papier peint, le même carrelage, la même télé, mais elle n'aura pas la même taille, pas les mêmes pièces. Croire qu'on peut passer d'amant à ami sans peine ni douleur, qu'on peut simplement s'éloigner de quelques pas et transformer l'intime en simplicité, c'est être aveugle. Il faut mourir pour revenir, pas d'autres moyens. Et quand on revient, il faut faire attention, éviter les écueils et les pièges qui ont conduits à être amants, de peine de reconstruire la maison sans s'en rendre compte. Pourquoi ne pas le faire finalement ? Et pourquoi pas hein ? Si la première fois n'a pas marché, sûrement qu'il y avait raison, mais on est plus vieux, plus sage, plus empathique cette fois-ci, et on fera tout pour que ça marche. Mais si on construit la même maison, on utilise les mêmes fondations. Et si elle s'est écroulée une première fois, c'est peut être parce qu'elles ne sont pas solides.
C'est dur de quitter quelqu'un. C'est comme abandonner un manteau. Pour certains, le manteau ne va plus : il est devenu moche, fatigué, passé de mode dans leurs yeux. Pour d'autres, un autre manteau leur plaît plus, et ils ont envie d'en changer. Parfois, on oublie le manteau, tant occupé qu'on est à sa propre vie. Tout ça, c'est la façon la plus facile de se quitter. Les raisons sont claires, définies, brutes et totales. Pas de négociation possible. Mais pour quelques-uns, on abandonne le manteau à reculons. Il nous allait bien ce manteau. Il nous a suivit tout l'hiver, il nous a tenu chaud, nous a apporté du confort. On a fait plein de choses avec, des choses mondaines comme manger, voir des films, marcher dehors, faire des courses, mais aussi des choses plus extraordinaires, comme être ivre, voyager, on a même parfois dormi avec. Mais il est chaud ce manteau, et l'hiver est finit. On aurait bien aimé qu'il continue l'hiver. Qu'il dure encore quelques jours, quelques semaines, quelques mois, quelques années même peut-être. Mais il a laissé sa place au printemps. Et on ne peut pas porter le manteau au printemps. Il est trop chaud et trop lourd, il nous fait suer et nous fait sentir mal à l'aise. Pourtant on l'aime bien ce manteau. On se dit que l'hiver va revenir, que le printemps n'est que passager, mais il dure, et dure, et dure, encore et encore, sans jamais s'arrêter. Alors on se résout à laisser le manteau de côté. On est triste parce qu'il nous a accompagné sur plein de choses. On est triste parce qu'on était heureux avec, on se sentait bien en hiver avec lui. Mais l'hiver, il ne reviendra pas. Alors on laisse le manteau de côté, on soupire en pensant à ce qu'on voulait faire d'autre avec, on regrette un peu parce que son confort et sa chaleur nous manque, mais on sait au fond de soi que la saison est passée.
Ça, c'est la façon la plus dur de se quitter. En s'aimant, mais en sachant que si on ne se quitte pas maintenant, alors on se haïra. On se quitte pour continuer à s'aimer. On se quitte pour que l'amour s'éteigne doucement, plutôt qu'il ne se transforme en haine et se mette à tout brûler. Ça demande de la force, et de l'abnégation. Il faut se rendre compte que parfois, l'amour ne suffit pas. Parfois, toutes les bonnes volontés et tout les compromis du monde n'y changeront rien. Inexorablement, on glisse vers la rupture. La question est simplement d'en poser les termes, d'avoir le choix, de décider comment on meurt, ensemble, plutôt que l'un contre l'autre.
Et peut être qu'un jour, on se relèvera d'entre les morts, et on fera fleurir l'amitié.