Envol
C’est avec soulagement que j’accueillis cet antre noir,
Jusqu’à voir que ma nymphe est moins faite
De confiance que d’éclats d’espoir.
Trop d’averses sur mes terres,
L’abri devait être précipité.
Mais dans mes stigmates restèrent
Des égouttures qui me firent haleter.
Je ne la choisis guère,
Coquette prison de soie,
Qui fit aussi bien taire
La pluie que le soleil, le spleen que la joie.
« Et fort bien,
Dériver dans l’oisiveté,
N’est-ce pas rien,
Face à la constante adversité ?
Des ténèbres j’en connus des pires,
Ceux-ci sont devenus miens,
Pourquoi faudrait-il même fuir
Ceux qui ne me font plus rien ? »
Bien des regrets m’accablent aujourd’hui
Que je connais
La vraie profondeur de la nuit,
Latentes abysses, parasite parfait.
Même les ténèbres domptées,
En intimes acceptées,
Accroissent leur faim
Dans cet atroce écrin.
Maintenant rebondissent leurs cris
Contre les parois,
A toute heure du jour ou de la nuit
Peuvent repoindre.
Tu as flâné plus que de raison :
Ce refuge s’est mué en tombeau,
Et pris par le Vice comme maison,
Me privera bientôt de tout repos.
Morbide cellule,
Je veux quitter ces mornes terres !
Alors, brûle,
Brûle ma chair comme tu es censée faire !
J’achèverai de me consumer libre,
Côtoyant la lumière au-delà des nuages,
Pour retourner à l’obscurité infaillible,
Mes démons sur le fuselage.
La nuit est la destination de chacun,
Mais pendant le jour pouvons-nous
Nous acoquiner des embruns,
Et faire de nos tourments un atout :
Je les porte à jamais sur mes ailes,
Maudite et merveilleuse allure.
Bientôt, du dernier envol retentira l’appel,
Et qu’il soit magistral !