Un petit dialogue que j'ai écris d'une inspiration soudaine, même si je ne le trouve pas franchement inspiré, tout compte fait.
En vérité c'est comme une ébauche dont je ne sais absolument pas ce que ça vaut, mais j'imagine, du moins, que ce n'est guère original, le théâtre de l'absurde à dû proposer cent fois ce type de dialogue...
Bref, je le glisse en dessous, un brin sceptique.
"- Plus qu'une demi-heure?
- C'est cela, monsieur.
- Eh bien...
- Oui.
- Je... voudrais vous remercier, Pédule. Merci pour... ces bonnes années de service. Vous m'avez été... d'une grande aide et... Pardon. C'est l'émotion, comprenez.
- Je comprends, monsieur.
- Vous fûtes très compétent et... - Rah! Pardonnez-moi Pédule, je ne vous aime pas tant que ça à vrai dire. Je vous surnommais "pédale" auprès des autres directeurs.
- Je ne vous aimais pas non plus monsieur, vous n'avez pas à vous excuser.
- Ah! Oui... Dites-voir, pensez-vous qu'on a été honnête, là, à l'instant? pour la première fois depuis... toujours?
- ça, je ne sais pas. Peut-on seulement être honnête?
- Le peut-on, oui... Qu'avez-vous ressenti en apprenant la nouvelle?
- Eh bien, hier encore je croyais vivre jusqu'à mes soixante-quinze ans et voilà qu'au petit matin j'appris ma mort pour le crépuscule, monsieur.
- C'est perturbant, n'est-ce pas?
- Très.
- Comme si tout ce que nous avions fait n'avait pas de sens, hein?
- Peut-être. Je ne sais pas.
- Bon, et comment pensez-vous donc que ça va finir cette affaire? je veux dire : après le coup de l'astéroïde.
- Oh, ça... La vie éternelle, la damnation éternelle, la réincarnation dans une autre sphère, la preuve de l'absence de Dieu, de son existence... ça vaut pas le coup de spéculer là-dessus, monsieur.
- Oui, oui je vois ce que vous voulez dire. N'empêche que ça m'angoisse, moi, mais on n'y peut rien, n'est-ce pas? Ah, Ah!
- Certainement, monsieur.
- Bon, et... que penses-tu de ce que nous devrions faire pour nos derniers instants? Il reste plus longtemps, dis?
- Encore vingt-quatre minutes, monsieur. Hum! Eh bien, je ne sais pas ce que nous devrions faire, monsieur. Sans doute rien. D'ailleurs, peut-être n'avons-nous rien fait depuis toujours. Car qu'est-ce qu'une oeuvre en cours d'exécution dont nous ne connaissons pas la finalité, dont il est même possible qu'il n'y en ait pas, n'est-ce pas? Qu'il n'y ait rien qu'un vide qui nous attende, pas de sens à cette fin? Je vous le demande, moi, monsieur.
- Oh, je vous en prie ne dites pas ça! C'est vraiment trop triste.
- C'est pourtant une éventualité, monsieur. Rien ne nous garantit qu'il y est et qu'il y eut.
- Eh bien, les bras en croix, accueillons l'astéroïde, en ce cas! et, ma foi, nous verrons bien! Qu'en dites-vous, Pédule?
- J'en pense bien monsieur.
- Puisqu'il n'y a rien à faire.
- Puisqu'il n'y a rien, monsieur.
Et l'astéroïde s'abat, sur les hommes qui furent."