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Premier chapitre
Rome chantait en cette journée caniculaire du mois de juillet ; on pouvait entendre les bruits de pas étouffés par les pierres millénaires, le tintement des campaniles qui s’élevait au dessus du ciel. Cette harmonie résonnait à travers les ruelles abandonnées par les voyageurs: c’était là toute l’âme de la ville des Papes. La quiétude des venelles parut être dissipée quelques instants par les motocycles qui passaient à travers ce dédale de pierres. Il n’y avait d’ordinaire que peu de monde qui s’aventurait là tant il était aisé de s’y perdre. Métropole tentaculaire, dévoreuse insatiable, elle s’emparait de tout ce qui se trouvait dans sa sphère d’influence et pouvait être englouti. La colline du Palatin autrefois, le quartier de l’EUR et puis les périphéries encore plus lointaines. Je vis ces changements en l’espace de moins d’un siècle, animés par les figures naissantes du boom industriel italien. Il fallait voir les grandes places qui se dessinaient à l’ombre des églises baroques : Piazza Navona, Piazza di Spagna ou Santa Maria del Popolo. Elles avaient toutes en commun le fait d’être situées à des endroits névralgiques de la ville, des points cardinaux importants pour ses habitants. Au loin se dessinait les monuments antiques, excentrés et situés à l’aune de ceux-ci. Le paysage urbain était fait d’un enchevêtrement de palais, hôtels particuliers, églises et bâtiments civils ; rien ne semblait pouvoir donner une continuité à cet être difforme qui muait au gré des époques. Les Romains avaient disparu, seuls subsistaient les traces archéologiques qu’ils nous avaient laissées. La nostalgie hantait cette ville sans cesse rattrapée par son passé glorieux, ne pouvant s’en défaire. Mussolini avait voulu moderniser ce musée vivant mais il n’avait pas réussi à extirper l’âme ancestrale qui l’habitait.
On pouvait sentir cette atmosphère joyeuse, sigillée par la religion, observatrice de tout écart de conduite. Etranges étaient les chants grégoriens mêlés à la musique profane la plus vulgaire, audible depuis mon appartement de la rue Gallo. Il y avait une essence indicible qui se cachait parmi les pins maritimes et les collines verdoyantes. J’avais l’impression que les maisons vivaient au son des cloches silencieuses, se tenant face au temps qui passe si vite. Une fenêtre s’ouvrit et déjà il s’en échappait des bribes de conversation et des voix oubliées. La réalité se tenait enfermée entre quatre murs, elle attendait qu’on la retrouve ,après des années d’errance. Rien n’était éphém, tout était éternel ici. Bien des années plus tard je parcourus les ponts qui enjambaient le Tibre, pâle serpent d’eau douce qui rencontrait le continent avant de continuer sa course vers les Apennins. Les mémoires de ma grand-mère n’étaient pas mortes, ou du moins pas encore. Nous parcourions ces passages qui séparaient un monde d’un autre, de la Rome après le Tibre et celle d’avant. Elle me racontait souvent cette histoire :
"Tu sais Giacomo, une vieille histoire dit que ces ponts n’ont pas été fconstruits par l’homme. Il y avait un pape il y a bien longtemps, pendant une période troublée de peste et de désolation, qui requit l’aide divine. Un ange lui apparut la nuit et lui donna l’ordre de jeter dans le fleuve des pierres. Le pontife s’exécuta et l’on dit que ces ouvrages apparurent à la place et l’épidémie de peste fut jugulée.
-Je n’y crois pas trop
-Tu sais tu n’es pas obligé d’y croire, c’est juste pour dire qu’on ne sait pas comment ils ont été construits "
Elle était un puits de savoir, une femme de l’ancien temps comme il n’en existe plus. Ce qu’elle avait vécu était une époque simple où l’avancement technologique n’avait pas encore frappé la société traditionnelle de son pesant fardeau. Sa maison était une demeure usée dans le quartier de l’Esquilin qui sentait le lin et les roses défraîchies. La haute porte en chêne criait à chaque fois que l’on y portait la main, le bruit qu’elle émettait résonnait tel une voix caverneuse. Aux murs étaient accrochés des daguerréotypes de son mari et de ses différents enfants. Des visages désormais oubliés qui fixaient le visiteur comme une statue antique vous regarde. Il s’appelait Giorgio del Bertolucci, un aristocrate ruiné d’une bonne famille romaine. Ils s’étaient connus dans une église, deux fervents chrétiens vibrant au message du Christ. Le mariage et les enfants n’avaient pas tardé, apportant leur lot de joie et de consolation. Giorgio se montra particulièrement disponible, éduquant ses enfants dans la charité catholique. Hélas une maladie grave l’emporta juste avant la guerre, laissant la famille seule. Cette vision cheminait dans mon esprit et s’ancrait pour former un souvenir que je n’avais pas vécu. De l'enfance je me souviens des campagnes battues, prêtes à être moissonnées, les cris des enfants dans les basses-cours et la beauté des astres une fois la nuit tombée. Tout cela a disparu, ou presque, englouti par un océan de pierre, de béton et d’acier. Il ne reste plus que ma conscience pour pouvoir me rappeler, revivre ce qui est désormais perdu. Avoir vécu c’est déjà faire partie d’un autre temps, être sur le fil tenu qui nous sépare du trépas.
Il était un jeudi après-midi lorsque je me décidais à ouvrir la malle scellée du grenier. Elle avait été laissé là depuis des décennies, personne ne l’avait jamais ouverte car elle n’attirait pas l’attention. Un simple cadenas en métal noirci en gardait l’ouverture. J’allai chercher une barre de fer afin de faire levier sur la partie supérieure du coffre. Il ne me fallut que d’une tentative afin de découvrir ce qui se cachait derrière ce mystérieux objet rectangulaire. A ma grande stupeur elle était en grande partie vide, excepté des papiers entassés au fond. Je les pris avec précaution et je les apportais dans ma chambre au deuxième étage de cette demeure. Etalés sur le bureau, ces papiers semblaient être des incunables tant leur état était déplorable. De minuscules fragments tombaient à chaque fois que je manipulais ces précieux artefacts. Un poème avait été écrit par un des mes ancêtres, et plusieurs autres extraits de prose. Je me rappellerais toujours des vers accompagnés d’une notule dans la marge :
"L’hâve vieillard dormait
Parmi les astres obscurcis,
Soupirant dans la nuit,
Il souffla son dernier souhait.
(Je n’aime pas le mot souhait il faudrait le changer)"
Tu as déjà fait un tour à Rome l'été ?
(Je demande pas ça méchamment... C'est juste de la curiosité. Certaines descriptions m'ont fait penser au dernier voyage que j'y ai fais, en juin il y a un an et demi).
Et sinon, quelle aide veux-tu ? Avis général ? Une aide détaillée sur un morceau particulier ?
Le 02 octobre 2018 à 08:11:05 --crazymarty-- a écrit :
Tu as déjà fait un tour à Rome l'été ?
Yep de nombreuses fois (enfin plus qu'une ou deux fois quoi).
Le 02 octobre 2018 à 08:18:37 --crazymarty-- a écrit :
(Je demande pas ça méchamment... C'est juste de la curiosité. Certaines descriptions m'ont fait penser au dernier voyage que j'y ai fais, en juin il y a un an et demi).Et sinon, quelle aide veux-tu ? Avis général ? Une aide détaillée sur un morceau particulier ?
Un avis général ça suffit, je ne pense pas que cela soit la version définitive .
Lu.
Bon, passons le fait que j'aime l'Italie, et que je sois allé à Rome (ce qui m'a beaucoup plu). Je trouve que tu t'attaches vraiment à l'ambiance de la ville, il y a un vrai effort... Et c'est rageant, parce qu'il faut vraiment pousser le bouchon beaucoup plus loin.
Ne pas se contenter de quelques vagues touches précises, mais jouer à fond la carte du sentiment, de la sensation.
Les ambiances nostalgiques, les histoires de gloires perdues, ça me plait toujours. Je sais pas pourquoi. C'est bien, c'est le thème que tu choisis. Pareil : joue à fond cette carte là. Le problème est que tu commences à peine à poser les bases qui feront que le lecteur pourrait avoir envie de continuer. Distille donc un peu plus d'info, et hop ! seulement à ce moment, on met un cliffhanger.
Concernant le choix de vocabulaire, n'hésite pas à rester sobre. Ici,; tu te perds trop souvent dans des comparaisons douteuses qui ne marchent pas et alourdissent tant la structure que le rythme. Rome, c'est solaire ! C'est chaud ! C'est comme un été qui ne se termine jamais (bon, sauf quand il flotte, mais ça c'est une autre histoire). Joue sur la torpeur, la chaleur qui écrase, qui fait oublier. Reste simple, efficace. Ne mélange pas à tout bout de champ les différents niveaux de langage : ne jette pas de la poudre aux yeux du spectateur, mais séduis le vraiment. Emporte le dans ton récit.
Au final, c'est une bonne tentative qu'il va falloir continuer à travailler. T'as du potentiel, et ton texte en a aussi. Alors au boulot.
Merci pour l'avis je prendrais en compte cela lors de ma relecture, pour l'instant j'ecrit le gros du récit après je retravaillerais en détail chaque passage.
Pour le vocabulaire j'essaie d'être ni trop soutenu ni trop simple, j'apprécie la richesse de la langue française.Pour les comparaisons je verrais ça, je ne pense pas que toutes soient utiles mais certaines je ne les trouve pas spécialement lourdes (la lourdeur j'évite mais je n'aime pas non plus faire des phrases trop courtes, cela accélère un récit qui ne l'est pas).
J'avais effectivement l'impression que je n'avais pas assez travaillé les impressions, le cadre, l'ambiance même si je m'y suis attaché. Je sais comment les romans sont construits, l'auteur peut passer plusieurs pages pour la description d'une scène ou d'une ambiance.
Si tu souhaites j'ai d'autres passages (premier jet aussi) :
Cette tâche ingrate eut la vertu de me redonner un certain sens pratique que j'avais perdu après des années de vie mondaine et urbaine. Vivre parmi la haute société me fit perdre en quelque sorte le sens de la réalité : ce qui importait était de s'amuser, rencontrer des personnes célèbres et puissantes, profiter tel un rentier. Pourtant j'avais travaillé comme ouvrier dans le passé, et puis un jour l'héritage d'un parent inconnu me fut donné et je put en profiter. Néanmoins je gardais le souvenir de ces journées éprouvantes passées à réparer des machines industrielles. Le bruit monotone des marteaux, un son aigu à peine dissipé par l'air chaud des usines. Il n'y avait aucun moyen de réchapper à cette inexorable marche, ce défilé qui ne cessait pas tant qu'il y avait assez de lumière pour travailler. L'aliénation passée avait laissé place à un sentiment de liberté : j'avais la possibilité de vivre de la manière qui me convenait.
Les époques étaient exhumées au rythme des découvertes d'objets anciens, que j'avais cru disparu et à irrémédiablement perdus. Lorsque un soldat de plomb refit surface, c'est toute mon enfance qui vint peupler la demeure. On pouvait sentir cette odeur âcre, portant les rêves, les aspirations et les pensées d'un garçon de huit ans. Je m'imaginais déjà les batailles passées qui s'étaient déroulées sur le parquet en cĥene de ma maison. Tout ceci était à jamais perdu, souvenirs évanescents d'un rêve oublié. Ces morceaux de mon âme permettaient de faire le lien entre passé et futur, entre ce que je suis et ce que j'étais. L'être mue et change, son essence n'est pas inviolable, encore moins innée. Il était difficile de choisir un artefact à sauver tant ils étaient nombreux. Une édition du Corriere della Sera datée du 8 Juin 1960 qui aujourd'hui ne vaudrait pas grand chose aujourd'hui présentait néanmoins un certain intérêt historique de par son ancienneté. Relire des articles vieux de plusieurs décennies permettait de comprendre non seulement la pensée des auteurs mais également celle de son époque. Tout écrit s'inscrivant dans un contexte politique et culturel.
Si tu veux poster, postes, mais n'attends pas mon autorisation
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Le 05 octobre 2018 à 10:18:18 --crazymarty-- a écrit :
Si tu veux poster, postes, mais n'attends pas mon autorisation.
Pas de problème ![]()
D'ailleurs, tu écris au coup par coup, ou bien tu as déjà un peu de marge avec ton texte ?
Le 05 octobre 2018 à 12:37:30 --crazymarty-- a écrit :
D'ailleurs, tu écris au coup par coup, ou bien tu as déjà un peu de marge avec ton texte ?
J'ai de la marge je dépasse les 4000 mots
Merci pour ton avis notamment sur ce passage je suis en train de détaillé beaucoup plus et je pense que je vais faire cela sur toutes les scènes que j'ai écrite avant d'avancer dans la narration.
Je t'en prie, mais j'ai pas fait grand chose
...
Le 06 octobre 2018 à 23:37:02 --crazymarty-- a écrit :
Je t'en prie, mais j'ai pas fait grand chose...
Non je sais c'est juste un avis général même si je considérais pas ce texte comme en version finale je suis en train de bien amplifier et augmenter la précision des scènes