Salut,
Comme je l'ai dit sur ma présentation, je voudrais que vous me donniez vos avis sur les (presques) 4 premières pages du roman de fantaisie que je voudrais écrire, c'est la première partie de l'intro qui est centrée sur le personnage principal. N'hésitez pas à balancer des critiques ! Je débute l'écriture mais j'ai mis beaucoup de temps à écrire ça. Merci ![[[sticker:p/1kki]]](https://image.jeuxvideo.com/stickers/p/st/1kki)
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Ch1 : Morpheur Marco
Proche de l'atonie, la redondance de mes occupations à la morgue me faisait tanguer du pied gauche. La vue d'organes au frais, restés tout juste assez à l'air libre pour qu'ils foutent le tournis, finissait par me remonter les boyaux. J'ai tripatouillé du cerveau pendant des années jusqu'à avoir la main droite empreinte d'une odeur de fer. Imaginez la lassitude pesante à vivre dans une bâtisse esseulée, au pied du pic Zuroc, sur lequel la neige éternelle tarissait les envies de jeunes pousses d'égayer un peu le paysage, où la faune inexistante préférait aller brouter autre chose que nos trois brins d'herbe gelés. Sec et froid à nous faire peler la peau jusqu'au sang. Qui plus est durant mes années juvéniles.
Les plus tranquilles ici étaient sûrement nos cadavres, abrités du vent et des rares charognards dans leurs alcôves creuser dans la roche, accessible depuis notre maison. Et il y avait également Gadelle, ma seule main d’œuvre, une habituée du climat pourri, insensible à l'aridité du vent et à l'austérité du coin. On sentait par son physique trapu de montagnard qu'elle était née dans la roche celle-là, elle était tassée sur sa petite taille qui élargissait sa carrure, et la pratique de l'escalade était imprégnée dans ses épaules de gaillard. Elle faisait un très bon boulot pour refroidir les morts en allant chercher de la glace tous les matins, deux bons kilomètres allé-retour en prenant des passages d'une inclinaison à vous faire frémir un bouquetin. Elle profitait de l'occasion pour arracher quelques racines qui font plaisir au gosier, reniflées par son instinct d'amoureuse de la montagne.
Logée dans ma routine depuis deux ans, elle m'assistait merveilleusement dans mon travail, bien que j'ai mis un certain temps à m'adapter à son caractère bourru et ses coutumes de cul-terreux. Depuis que j'ai été envoyé ici par la maison mère des morpheurs pour mes recherches, j'ai pu me concentrer de tout mon soûl sur nos invités inanimés en passant une bonne partie de mon temps à ouvrir des boîtes crâniennes. J'y extirpais les connaissances et l'expérience qui ferait de moi un morpheur accompli. Une tâche longue et exténuante, bien que passionnante. Il faut dire que je n'étais pas versé dans le plus facile des domaines du morphillisme. J'étais, et je suis encore d'ailleurs, dans la manipulation des cellules du cerveau lié à la mémoire musculaire, c'est à dire la mémoire construite par le conditionnement et les automatismes des muscles.
Pour obtenir cette nouvelle maîtrise et compléter mon savoir sur ma science personnelle, en bon apprenti ascète je m'enfermais plusieurs heures chaque jour dans la caverne glacée, et je travaillais sous la lueur de la lampe à huile avec pour outils une série de scalpels amochée par un aiguisage trop récurrent, et mes mains. Les mains, apposées sur le crâne, épousant les courbes du squelette, me faisaient ressentir la décrépitude des cellules, leur agonie discrète suivit de leur mort irréversible. Je pouvais les soulager, plus ou moins, en les nourrissant de ma propre chair, ou d'un substitut chimique (solution préférable). Ainsi je relançais l'activité cellulaire dans une partie du corps afin de simuler une nouvelle circulation sanguine éphémère, tout juste suffisant pour accomplir mon travail sur la mémoire.
L'hiver dernier fut la période la plus mémorable de mon existence, après mainte observations erronées, douloureux échecs, crise de colère proche de l'hystérie et en proie au climat mordant des morts, j'ai trouvé l'unicité qu'on m'avait promise durant toute ma jeunesse. Afin de comprendre mes capacités, j'ai mis en bouillie d'innombrables cadavres dont je prospectais la chair jusqu'à broyer des os pour en extraire la couenne. Je sondais chaque ligament, chaque nerf, chaque organe, étudiais les flux et les reflux, les dilatations et concentrations cellulaires, espérant trouver ce qui anime mon potentiel inné de morpheur encore inconnu.
Au bout d'une centaine de corps passée sur le billard, le déclic a eu lieu. Un certain Jarles, homme d'âge mûr, mort d'intoxication alimentaire (sûrement un énième prisonnier), produisit un reflux depuis son cervelet lorsque je canalisais des ondulations ésomorphique au travers de son lobe frontal. Ma paume ressentait un flot agité de cellules se congestionner sous sa peau. Elles affluaient à travers les pores en décomposition, attirées par les ondes, cherchant à se lier de nouveau à la vie. Des vapeurs organiques s’échappèrent sous forme d'une myriade de filets indiscernables à la vue, flottant à l'air libre, pour venir s'immerger rapidement dans ma dextre. Ils s'insérèrent sous mon enveloppe corporelle et s'enroulèrent autour de mes veines. Je me concentrais pour discerner le courant des cellules remuer à l'intérieur de mon bras. Brièvement et avec une grande précision, j’agençais et je contractais mes fibres musculaires pour diriger le reflux dans mes veines. Je fermais les yeux pour concentrer mes sens sur ma circulation. Je visualisais les corps étrangers se déplacer, ils remontaient en faisant vibrer mon sang.
Une mémoire, un accomplissement de toute une vie sinuait en moi. Elle grimpait mes parois de chair, en vague, lentement, puissamment, et avec une aisance surprenante. Elle s’engouffra rapidement dans le tronc cérébral. Remontant encore. Un choc lancina mon système nerveux. En un coup sec abrupt, une douleur succincte fit raisonner mes nerfs dans une cacophonie délirante. Je ne pliais pas. Mes jambes se courbèrent à peine sous la convulsion, j'étais trop fier pour flancher. Une couche brumeuse de mon esprit que je n'avais jusqu'alors jamais remarqué se dissipa, un passé nouveau de sensation et de réflexe émergeait. Tel un arbre qui aurait ramifié ses branches à travers le temps en catimini, dont je venais tout juste de noter la croissance avancée. Les jointures de mes bras connaissaient ce mouvement de levier exercé depuis une période dépassant mon âge. Mes mains étaient théoriquement calleuses, mon dos habitué à tracter des charges abstraites. Du coin de l'oeil, j’aperçus Gadelle épiant à travers l'interstice de la porte entre-ouverte.
-Euh m'sieur...Y-Y'a du trépassé à ramasser ? J'peux peut-être...
-Gadelle, je sais labourer.