Bonsoir (ou bonjour) amis lecteurs ! Je viens vous partager un projet sur lequel je travaille intensément ! Je l'ai publié sur ma page Facebook ainsi que mise en ligne sur DropBox, mais je vais la réécrire ici afin de rester dans les règles du forum !
- Introduction : Dans les airs
Michaël ouvrit lentement ses paupières, un bruit sourd continu était en arrière-plan, comme un bruit de moteur. Il releva la tête et jeta un coup d'œil autour de lui. Il se trouvait dans un avion de ligne, accompagné d’une centaine de passagers. Sur ses genoux, un magazine people était ouvert à la page d’Harrison Ford en vacances à Saint Tropez, s’esclaffant avec une femme. En regardant sur sa droite, il pouvait voir à travers le hublot. Mais à part des grands coussins blancs de plusieurs kilomètres carrés, il n’y avait pas grand-chose d’intéressant à noter. En projetant son regard sur la gauche, il y avait une vieille femme endormie à côté d'un enfant jouant à la Nintendo Ds dans la rangée du milieu, et, plus loin, deux belles femmes du côté gauche de l'avion. Comme à chaque fois, Michaël était conscient de ce qu’il se passait. La lucidité était toujours à son apogée. Il devait noter chaque action qu’il se passait, sur son carnet. Mais pas tout de suite, car il ne pouvait pas.
En premier lieu, après quelques minutes d’attente, un homme passa devant Michaël et le dévisagea presque, puis écarquilla les yeux en s’en allant vers les toilettes, d'un air perturbé. “Certainement pour me dire que je pourrais être quelqu’un qu’on remarque plus facilement, si je soignait plus mon style.” Quelques instants plus tard, l’hôtesse, munie de son chariot, s’arrêta devant Michaël en s’adressant à lui en anglais. “Mister B, Have you got everything you need ?” N’étant pas trop à l’aise avec l’anglais, il répondit d'un ton incertain « Heu... Yes ? ». Puis il réfléchit une minute à ce qu'elle avait dit. “Mister B... Mister B... J'avoue ne pas comprendre...” Après avoir feuilleté quelques pages du magazine people, il le rangea derrière le siège devant lui, puis commença à tâtonner les poches de son jean à la recherche d’un objet qui pourrait expliquer toute cette mascarade. “Un vieux Samsung avec une jolie blonde en fond d’écran, et … un mot de passe.”Soupira-t-il. Il le remit dans sa poche, avec une frustration lisible sur son visage.
Michaël regarda alors autour de lui. – Il ne voulait pas que quelqu’un remarque cette frustration, même dans un rêve – Les deux belles femmes, facilement âgées de la quarantaine, le fixaient avec des regards enjôleurs. “Tiens... celle de droite ressemble à Jen, je devrais peut être m’intéresser à elle plus souvent, c’est vrai qu’elle veut tout le temps qu’on fasse des trucs...” Se dit il en visualisant le visage de Jennifer, souriante parsemée de jolies tâches de rousseurs. Sur sa droite, à travers le hublot, ces “grands coussins blancs” s'étaient petit à petit dispersés, on pouvait vaguement voir l’océan, depuis cette hauteur. Vu l'angle que prenait l'avion, Michaël se sentit prit d'une sueur froide. Il n'avait pas l'habitude des avions. “Damn ! He got me” S'exclama le gamin à sa gauche, devant sa Nintendo Ds. Il fixa cet enfant avec un air nostalgique. Qu'est-ce qu'il aimait l'époque où perdre dans un jeu vidéo était son principal soucis. Sans grosses responsabilités, sans problèmes, sans devoirs. Il détourna le regard et laissa basculer sa tête en arrière, pour se reposer, et ferma les yeux le temps que sa nuit passe, comme à chaque fois.
Puis en un instant, après plusieurs heures d’attentes, l’atmosphère changea, la sensation en respirant, la texture sur laquelle il se reposait ainsi que sa position initiale. Tout changea. Comme à chaque fois. Michaël ouvrit les yeux. Il se trouvait dans son lit. Après avoir poussé un long râle accompagné d’un étirement, il tira la languette de sa lampe, sur sa table de nuit. Il ouvrit mécaniquement le tiroir de sa table de nuit pour récupérer son calepin et son stylo plume. Sur la première de couverture, il était marqué, au feutre fin et en noir, “Dreamcatcher”. Il l’ouvrit et se rendit sur son marque page. Notant en haut à gauche de sa page “13 Oct. 2017”. Il écrivit tout ce qui venait de se passer dans cet avion de ligne. Il devait le faire.
Onze ans plus tôt, quand il eut huit ans, en plein mois d’Août. Il passa une journée complète avec son vieux chien Anubis. Il habitait en campagne et trouva intéressant d’aller gambader dans la forêt avec “Le plus cool des toutous !”. Pris pour un couple d’animaux par trois chasseurs en rodage, le chien de Michaël reçu une cartouche qui le coucha sur le coup. Michaël lui, fût criblé de quelques plombs dans la cuisse droite. Depuis ce jour-là, plus rien n’a été pareil. Il faisait des crises d’angoisses dû à son traumatisme et allait voir un psychiatre pour ça. Le Docteur J.C Leville. Mais ce n’était pas tout ; Michaël l’informa que depuis l’accident, il ne rêvait plus de la même façon. Il se souvenait à chaque fois de ses rêves, du premier point, et du second, il n’y avait jamais aucun lien avec sa propre vie. Leville lui adressa alors une requête. Tous les matins au réveil, il devait impérativement noter son ou ses précédents rêves en détail, afin de les étudier et d’y trouver des réponses. “Les rêves ne sont que le reflet de la réalité, c’est pour cela qu’il faut les étudier.”
Michaël, adossé sur le sommier de son lit, referma son calepin et se frotta les yeux du dos de ses mains avant de jeter un œil à l'heure qu'il était. “6h23 du matin... Mon réveil va gueuler dans moins de deux minutes, génial.” Soupira Michael, ironiquement. En retournant dans sa couette, armé de son smartphone, il ouvrit Facebook pour patienter le temps que son réveil sonne.
Il était identifié sur deux publications ; une photo marrante d'un homme portant une femme sur chaque épaule avec un T-Shirt “Duke Nukem”. Une personnalité iconique du jeu vidéo, l’emblême du monsieur muscles à grosses sulfateuses et amateur de femmes. avec un commentaire de Baptiste Berlat. “Michaël ! C'est moi plus tard regarde !” Auquel il répondit un simple smiley amusé. La deuxième publication où Mika était identifié avait été postée sur le mur de Jennifer Clanet, une publication venant d'elle, avec en image jointe une affiche de cinéma de Thor 3 : Ragnarok. “IL SORT EN FIN DE MOIS !! IL FAUT QU'ON AILLE LE VOIR MICHAËL !!”. Il “lika” la publication, et l'écran de son mobile vira au bleu marine avec un symbole de réveil, puis la musique “Stairway to Heaven” de Led Zeppelin monta crescendo en volume. “Allez... motivé.” Dit il comme dans un dernier soupir.
Partie 1 : Mon monde
13 Octobre 2017 - 6H30 AM
1
C'est un vendredi 13 que commença la journée de Michaël. N'étant pas superstitieux de nature, il fit un sourire narquois en regardant une dernière fois son smartphone avant de le mettre sur sa table de nuit. Il se posa au bord du lit, assis, et après un dernier étirement il se leva et enfila ses pantoufles mécaniquement. Dans le même geste, il pressa l'interrupteur afin d'éclairer la pièce.
La chambre de Michaël ressemblait à peu près à toutes les chambres de jeunes adultes, post-ados ; une tapisserie bleue marine, un parquet flottant contrecollé en chêne. Une belle commode en épicéa se trouvait contre le mur, pour ranger ses sous vêtements et ses t-shirts. Sur ce meuble était déposé une pile de classeurs de coloris différents. Une grande armoire se tenait à côté de la porte de sa chambre pour y entreposer ses jeans et la plupart de ses hauts. La seule fenêtre, qui était exposée plein sud, éclairait la pièce la journée. Le paysage était composé de maisons accompagnées de terrain et le tout entouré de haies. Des posters de plusieurs références étaient fixés sur la tapisserie, du "Seigneur des Anneaux" à "Brooklyn 99" en passant par un poster représentant une salle remplie, pendant un concert de Michael Jackson. Il y avait aussi, contre le mur du côté porte, un tableau peint à la main de son personnage de fiction préféré, Griffin, un des protagonistes principaux du film Jumper, en train de se téléporter en l'air en prenant une posture décontractée. Du côté de son lit se trouvait sa bibliothèque, remplie de littérature française et anglaise, avec une multitude de romans portant sur l'Heroïc-Fantasy et une bonne dizaine de livres portant sur la psychologie et les rêves. Juste entre la bibliothèque et le lit se trouvait, au fond de la pièce contre le mur, son bureau, où était posé son ordinateur portable. Il ne lui servait que pour les réseaux sociaux et les séries sur Netflix. Sur le bureau, il y avait aussi quelques cahiers avec des mois indiqués sur le bordereau, avec, toujours en page de couverture, griffonné au feutre fin noir, Dreamcatcher.
Il enfila un de ses nombreux jeans et le T-shirt de la veille avant se tenir droit devant son miroir qui se tenait derrière la porte de sa chambre. Il ébouriffa ses cheveux bruns en avant, et se regarda dans les yeux, d'un ton toujours aussi gris mais vraiment plus clair qu'en journée. Il passa sa main dans son léger bouc en pensant "Est-ce que si je le rase il poussera plus vite ou il faut que j'attende encore ?", puis il souri au miroir afin de faire un check dentaire. Il saisit son "Dreamcatcher" d'Octobre 2017 et son smartphone, puis il se rendit dans le couloir, en direction de l'escalier menant au rez de chaussé.
En descendant au rez de chaussé, il entendait sa mère, Christiane Solvetti, qui faisait la préparation pour faire mijoter un rôti de porc, claquant son couteau sur des oignons. Il rentra alors dans la cuisine qui était aussi la salle à manger et posa son cahier sur la table. Il s'approcha d'elle pour lui faire la bise et sans tarder il s'empara d'un bol et d'une cuillère, du lait dans le frigo et de ses céréales fourrées au chocolat avant de s’asseoir autour de la table qui centralisait la pièce.
La télévision, qui était posée sur le support du micro-onde, était placée là car Christiane était une femme au foyer et elle passait beaucoup de temps dans sa maison en dehors des petits ménages pour le voisinage. C'est pour cela qu'elle aimait avoir un bruit de fond quand il n'y avait personne, et pendant qu'elle cuisinait elle pouvait même la regarder. Comme la télévision était orientée sur la pièce, tout le monde à table sauf celui qui y tournait le dos pouvait en profiter.
Ce matin là, elle était allumée sur la chaîne i-Télé, diffusant les images d'une course de moto qui a faillit mal tourner, à bas volume. Ça ne dérangeait pas Michaël. La télévision le matin, il en était habitué depuis le plus jeune âge et ça lui donnait le même effet que de regarder le dos d'une boite de céréales en déjeunant : Un air végétatif comme si on avait le cerveau vidé de tout soucis pour se préparer à la journée.
Ce qui avait changé depuis, c'est qu'avant c'était toujours lui qui choisissait les programmes, avec son petit frère, le benjamin de la famille, Mattéo. Christiane regarda par dessus son épaule pour observer Mika avec un sourire de maman. Elle nettoya ses mains et s'approcha de la table en tirant une des chaises pour s’asseoir.
- T'a réveillé ton frère avant de descendre ? Demanda-t-elle, avec une voix douce.
- Euh... non mais il ne va surement pas tarder, j'ai cru entendre son réveil sonner. Répondit Mika avec un air plus qu'incertain.
Après avoir essuyé ses mains sur un torchon, Christiane jeta un oeil sur sa dernière montre "SmartWatch".
- Il n'est que sept heures moins vingt après tout, il a bien encore cinq minutes avant de venir brasser notre air. Annonça-t-elle avec un sourire amusé.
- Ouais c'est sûr ! Répondit Mika en remuant ses céréales dans son lait. Après avoir fait plusieurs fois le tour de son bol avec sa cuillère, il demanda alors à sa mère.
- Dis m'man, j'ai une question. Quand une femme veux faire pleins d'activités avec toi, que tu sens que c'est de l'amitié mais elle porte plus d'attention pour toi que pour les autres. Enfin... Je me fais peut-être des idées mais c'est ce que je ressens. Comment devrais-je réagir ?
- Ooooh mon chéri a une belle fille à me présenter ? S'enjoua-t-elle avec un regard tout émerveillé.
- Mais non maman... j'veux juste savoir si ça vaut le coup de tenter alors qu'on est tout le temps ensemble, et si c'est pas du tout son ressenti si je l'invite à faire un tête à tête ça va être très bizarre.
- Je te conseillerais plutôt d'éviter de t'embrouiller l'esprit et d'essayer car celui qui n'essaie pas n'est jamais récompensé. Fais le premier pas. Lui conseilla-t-elle.
Il regarda son bol, pensif, puis il prit une bouchée de céréales en bouche en haussant la tête, pour dire qu'il comprenait ce qu'elle lui disait.
2
BOM BOM BOM BOM BOM BOM.
Les bruits d'un hippodrome dans les escaliers alertèrent Mika et Christy, qui regardèrent aussitôt le pas de l'arche qui menait à la cuisine.
Mattéo apparut avec un air motivé et déterminé. Il s'approcha de sa mère, lui fit un long bisou sur la joue et un pas de danse en direction de son grand frère pour lui faire la bise. Mattéo n'a qu'un an et demi d'écart avec son grand frère, Michaël. Il est né en novembre 1999 tandis que Mika est né en mars 1998. C'est pour cela qu'ils étaient autant amis que frères, ils aimaient tous deux le cinéma, les jeux vidéo et l'Heroïc-Fantasy. Il avait presque les mêmes mécanismes que son frère, sauf que lui, c'était une tasse, du café au lait et des biscuits fourrés au chocolat. Après avoir préparé son petit déjeuner, il se posa sur la chaise entre Mika et Christy, dos à la télévision.
- M'man ? T'a relié mon livre de maths et de physique ? J'en ai besoin pour aujourd'hui avec le vieux Varet. Demanda Mattéo en croquant dans un biscuit.
- Tu arrêtes de parler de lui comme ça ? C'est ton professeur tu lui dois le respect. Et oui, je te les ai reliés hier soir. Prends en soin s'il te plait. Répondit-elle calmement.
- Promis que je ne fais pas de feu de joie avant la fin de l'année scolaire. Répondit-il avec un sourire.
Michaël profita du fait qu'ils discutaient entre eux pour se pencher sur son Dreamcatcher. Il l'ouvrit et se rendit sur son marque page tout en reprenant une dernière bouchée de céréales.
Dans sa tête, Mika relisait les passages de son dernier rêve : "D'abord l'homme, qui me fixe, avec un air étonné. Après il y a eu l’hôtesse de l'air qui m'avait appelé Mister B... Ensuite la mamie qui dormait à côté du gamin qui jouait à la console. Par la suite il y avait les deux belles femmes qui me regardaient avec des airs enjôleurs. Une d'entre elles ressemblait particulièrement à Jennifer."
"Jennifer..." Murmura-t-il.
Christiane remarqua ces murmures mais se retint de faire une remarque, au risque que Mattéo le taquine jusqu'à ce que Michaël le dépose au lycée. Mais le fourbe était vif et avait toujours une oreille en veille, comme une plante carnivore, la gueule ouverte et attendant qu'un insecte se pose.
- C'est le prénom de ma nouvelle belle-sœur ? Rétorqua Mattéo aussitôt.
- Vie privée. Répliqua Michaël en se levant pour débarrasser son bol.
- Allez fait pas le grand frère mystérieux, c'est ta pote martiniquaise où la brunette qui bosse au McDo avec Bapt ? Insista Mattéo.
- Mattéo ? Demanda Michaël.
- Oui Mika ? Répondit-il naïvement.
- Vas très loin, ferme ta gueule et ne reviens qu'après ma mort s'il te plais. Soupira Michaël en regardant son frère avec un sourire.
- Pas d'injures sous mon toit ! Allez, va te préparer pour emmener ton frère au lycée Mika. Ordonna Christiane à Michaël.
- Chef ! Je vais me doucher chef ! Je vais aussi m'brosser les dents et amener ce p'tit cancre en cours chef ! Cria-t-il en se mettant au garde à vous.
- Arrête de nous la faire à l'américaine et va faire ce que t'as à faire. Commenta Mattéo.
Michaël se saisit de son cahier de rêves et monta jusque dans sa chambre pour se préparer, il déposa son Dreamcatcher dans son sac et se tourna vers son armoire à vêtements. Il s'habillait le plus souvent d'un polo ou une chemise par beau temps avec un jean ou un short, par mauvais temps avec un sweat-shirt sur un T-shirt, et avec sa veste Billabong par temps pluvieux. Et en regardant par sa fenêtre, à première vue, il allait devoir enfiler sa veste. Il prit de quoi se changer et partit en direction de la salle de bain.
Il fit couler l'eau de la douche et enleva ses vêtements pour passer son corps sous l'eau. En plus de le laver, l'eau chaude l'aidait pour se réveiller le matin. Michaël adapta sa douche matinale en douche minute quand il entendit son portable vibrer dans son jean. En écourtant son savonnage, il se rinça le corps encore une trentaine de secondes avant de sortir de la cabine de douche.
Sans attendre, il fouilla dans son jean pour trouver son portable et s'en saisit, le déverrouilla et ouvrit le message qu'il venait de recevoir de "Freddie".
" Alors comme ça tu va t'faire un p'tit ciné avec la Jenny ? J'ai vu ça sur Facebook"
Frédérique Labbé est sa meilleure amie depuis le collège qu'il considère comme sa deuxième grande sœur. Elle a grandi en Martinique jusqu'à l'âge de dix ans, puis elle est allée vivre en famille d'accueil à Lyon pour essayer d'intégrer les élites du sport français, car oui, à dix ans déjà elle ne vivait que pour le sport.
Depuis ces années, elle avait intégré un club d'athlétisme et était parallèlement entrée dans la faculté de sport qui se trouvait sur le même campus universitaire que Michaël, Baptiste, Jennifer, et, son petit copain, Julien Berlat, le cousin de Baptiste.
Michaël répondit donc au message de Freddie après s'être séché et habillé, tout en préparant sa brosse à dent et son dentifrice.
"Ouais ça pourrait se faire mais bon le film sort en fin de mois il y a encore du temps. Dans tous les cas il faut que je me bouge quand même, ça fait quand même depuis le début du lycée qu'on se connait avec Jennifer. Tu sera là ce matin à la cafette ?"
Il envoya son message et remit son portable en poche, puis finit de se brosser les dents en pensant à ce qu'il décrivait comme une maladie. Ces rêves qui ne finissent jamais par donner de réponses. Le fait d'être différent des autres, malgré soi. Le bruit sourd d'un coup de fusil en pleine forêt...
BANG BANG BANG
- T'arrête de te pomponner la miss ? Moi aussi faut que j'me brosse les dents. Brailla Mattéo de l'autre côté, le poing contre la porte.
- Ouais une seconde, j'ouvre.
Michaël se mit de l'eau dans la bouche et sur le visage, cracha, puis se frotta le visage contre sa serviette avant de déverrouiller la porte. Mattéo rentra, comme toujours, surexcité, et Mika en profita pour lui mettre une petite "béquille" sur le nerf de la cuisse avant de repartir calmement vers sa chambre.
"T'es un putain de sac en fait !" Couina Mattéo depuis la salle de bain.
En rentrant dans sa chambre, son portable se remit à vibrer.
"Ouais j'serais à la cafette, on se prépare avec Julien pour venir. Et bonne chance avec Jenny !
"
Michaël verrouilla son smartphone et saisit son sac de cours avant de sortir de sa chambre. Il descendit les escaliers en trottant pour rejoindre sa mère dans la cuisine avant de partir en cours. En bas des escaliers, au dessus de la commode se trouvait le présentoir à clés, avec son trousseau de clés pendouillant. Il s'en saisit et le mit dans sa poche avant de se tourner vers la cuisine.
Christiane était en train de parler avec quelqu'un, Michaël se demandait si elle était au téléphone, comme à son habitude avec ses amies matinales. En jetant un œil à l'horloge murale dans l'entrée qui affichait 7h20, il comprit à qui sa mère était en train de parler. Sa grande sœur, Elsa Solvetti, qui travaillait de nuit en tant que Bartender spécialisée dans la maîtrise du shaker, dans un club réputé de Lyon.
Mika s'empressa alors d'aller dans la cuisine pour la voir, excité. Quand il rentra dans la pièce, il s'adressa directement à elle.
- Alors patacrèp', ça c'est bien passé cette nuit ? Demanda-t-il avec le sourire.
- Oh v'là la grande perche ! S'exclama Elsa avec un sourire jusqu'aux oreilles. Ouais cette nuit y'avait une bonne ambiance, et j'me suis fait emmerder que par deux pauvre types dans toute la soirée.
- Y'a toujours des cons en boîte de nuit de toute façon. Répliqua Mika.
- Dites les enfants. C'est pas comme ça que je vous ai élevés. Gronda Christiane.
"S'cuuuuuse m'man." Répondirent-ils en même temps. Ce qui la fit sourire. Au même moment, la déferlante refit surface dans les escaliers. BOM BOM BOM BOM BOM. "Ah, v'la la pile électrique" S'esclaffa Elsa en lançant un regard compatissant à sa mère. Mattéo arriva en faisant un long saut à pied joint depuis le bas des escaliers jusqu'au pas de l'arche.
"TOC TOC C'EST MOI ! Me faites pas attendre, l'empereur est affamé, au fait, pour le chômage... sans rancune ?" Déclara Mattéo en imitant la pose de "l'Empereur Kuzco", se frottant l’œil de l'indexe gauche tout en pointant l'autre sur son grand frère.
Michaël le coupa dans son "groove" en le regardant d'un air épuisé, puis il lui demanda. "Arrête de faire le pitre, faut qu'on y aille si je veux avoir le temps de passer à la cafette avant d'aller à l'amphi'."
Ils firent tous deux une bise à leur sœur et leur mère avant de partir en direction du palier de l'entrée. En fermant la porte derrière lui, Mika senti une main fouiner dans la poche droite de son jean pour en retirer son trousseau de clés et au même moment, ressentit une douleur soudaine et perçante sur le nerf de la cuisse. En se retournant, Mattéo était déjà pratiquement installé dans la Golf. "Bouge toi si tu veux avoir le temps de boire un coup avec ta chérie à la cafette." Déclara-t-il en refermant la portière côté passager.
"Il me fatigue ce gosse..." Pensa Michaël en s'en allant vers sa voiture.
La maison de Michaël se trouvait dans un grand quartier résidentiel plutôt riche -- malgré la situation a peine stable de ses parents -- à trente bonne minutes du Lycée en voiture, et sur la route vingt minutes plus loin se trouvait son campus universitaire. Après vingt bonnes minutes de routes, Mattéo ruminait et avait l'air pensif, comme si quelque chose le tracassait. Mika l'avait remarqué, mais lui aussi était dans ses pensées, il tint alors le regard sur son cap.
- J'peux te confier quelque chose ? Demanda subitement Mattéo.
- Euh... Ouais, enfin, ça dépend de ce que c'est... Dis moi. Répondit Michaël
- Eh bien, je me suis lancé dans un nouveau truc récemment.
- C'est quoi ce truc ? Questionna Michaël, intrigué.
- Avec des potes, on a rejoint une association pour aider les personnes défavorisées. On récolte de l'argent en vendant des T-shirt et des vêtements et ... ça avance pas trop vite quoi on arrive à peine à couvrir ce que l'association dépense.
- C'est où que tu vend ces vêtements ? Comme ça j'en parle aux gens et ça pourrait attirer du peuple.
-Dans la nouvelle galerie marchande en centre ville, on a un stand et comme la plupart de mes amis qui bossent là-bas sont majeurs, ils y sont souvent.
- Et tu y vas en dehors des cours pour faire de l'argent ou c'est du bénévolat ? Demanda Mika en lançant un bref regard accusateur à son frère.
- C'est du bénévolat, mais au bout d'un certain quota on a droit à quelques articles gratos.
Quand la Volkswagen Golf de Michaël s'arrêta au feu rouge deux cent mètres avant le lycée de Mattéo, celui-ci sortit en trombe "Y'a Léo et Max là-bas, à ce soir !". Michaël le regarda s'en aller, puis il reprit sa route vers le campus universitaire.
3
Sur le chemin, Michaël faisait une check-list dans sa tête pour le préparer aux multiples événements qu'il allaient se passer dans la journée : Un petit moment sympa à passer avec les amis à la cafette, trois heures de philo à l'amphi, le repas du midi dans un snack du coin, une heure d'examen blanc qui compte pour du beurre, et une petite séance chez le Docteur Leville. "Pas une grosse journée." Déclara-t-il en allumant son post radio. Après quelques sons mythiques comme "For What it's Worth " de Buffalo Springfield, "Fortunate Son" d'Iggy pop ainsi que quelques morceaux d'AC/DC provenant se sa clé usb, il passa l'arche qui ornait l'entrée du campus.
Énormément de bâtiments y avaient été érigés ; une faculté de sport d'un côté, une faculté de lettres du côté opposé, cinq entreprises de communication graphique et une flopée d'instituts technologiques. On pouvait aussi y trouver une petite supérette, deux grands parcs et surtout, au centre du campus, entourée d'un parking, la cafette.
Après s'être garé sur le parking, Mika coupa la radio et retira les clés du contact, puis il enfila sa grosse veste Billabong qu'il avait posé sur la banquette arrière. Seul le bruit de la pluie frappant le toit de la voiture régnait. Soudain, un gobelet s'écrasa sur le pare-prise, dégoulinant de café crème. Michaël sortit alors de sa voiture en vitesse pour localiser le coupable. En regardant sur la gauche, il ne voyait que quelques groupes de jeunes, buvant leur cafés et fumant leur cigarettes sous le haut vent de la cafette, malgré la pluie battante. Il entendit des rires à sa droite.
Théophile Jagnard, un abrutis de première en classe sportive. C'était une vieille connaissance de Mickaël et Baptiste, datant de primaire. Il était en train de se pouffer de rire avec ses deux potes qui buvaient leur cafés. Montant en pression, le jeune Solvetti serra les poings et entama une marche furieuse en direction de ces trois connards. Ils regardaient Michaël avec un air si arrogant qu'il ne souhaitait en aucun cas le leur laisser, sa fierté était touchée de plein fouet et ce n'était pas la première fois. Après quelques pas, quelque chose retint sa veste, accompagné d'une voix douce. "Ne fais pas ça, il ne vaut pas le coup..."
Il se retourna en direction de cette voix si familière, une petite femme fine, aux anglaises brune avec deux grands yeux noisettes, parsemée de tâche de rousseurs sur le haut du nez et à la voix si plaisante à entendre. Jennifer Clanet lui suppliait des yeux de ne pas y aller.
Michael fronça les sourcils et lui lança un regard désarmé. "J'en ai marre, ça me gave, va falloir faire quelque chose pour qu'il arrête." Dit il renfrogné. Elle lui saisit la main puis elle l'entraîna en direction de l'entrée de la cafette, l'air de n'avoir rien entendu.
Un grand espace accueillant facilement cinquante personnes assises à l'intérieur, dirigé par un jeune couple accompagnés de deux serveuses. L'ambiance, quelque peu bruyante dû au brouhaha causé par les nombreuses personnes en groupe, était accompagnée par une playlist de musique jazzy sortant d'un vieux Jukebox remit en état.
En jetant un œil aux groupes assis aux tables, Michaël cherchait du regard son meilleur ami, Baptiste Berlat. De dos et à la même table que d'habitude, pas trop loin de l'entrée ni des issues de secours, du bon côté pour accéder au comptoir plus rapidement et juste à l'abris des courants d'airs. Baptiste se trouvait assis en face de Frédérique, une grande martiniquaise au teint mate et à l'allure très sportive - son amie commune avec Michaël depuis le collège - accompagnée de Julien Berlat, son petit ami qu'elle a rencontré en faculté de sport. Julien, un grand blond ne jurant que par le sport et se trouvait être le cousin de Baptiste, il a eu l'occasion de rencontrer Freddie en dehors des cours à la cafette. En venant dire bonjour à son Bapt d'enfance. Michaël et Jennifer arrivèrent pour s'installer en plein milieu d'une dispute entre les deux cousins.
- Non, c'est de ta faute mec, t'avais qu'à faire un peu plus attention à tes affaires. Lança Baptiste.
- Mais putain mec, tu étais à côté de mon sac ! Je m'en souviens bien hier on s'était calés devant la cafette, et...
- ... et tu t'es fait péter ton iPhone et ton enceinte parce que tu laisse traîner tes affaires n'importe où et tu laisse tout ouvert. Coupa-t-il en le regardant fixement.
- Tu me cherche là, p'tit gros, si t'étais pas mon cousin je t'aurais déjà cassé tes dents, maso. Répondit Julien en serrant les poings tout en fixant Baptiste.
- Les mecs calmez vous ! S'exclama Frédérique. Cœur, évite de mettre cette histoire sur le dos de Bapt et la prochaine fois que tu l'insulte tu le regrettera, et toi arrête de monter les nerfs de Julien, il t'a fait quelque chose de mal ?! Tous les mêmes sérieux... Soupira Freddie avant de siphonner la totalité de son chocolat blanc chaud.
Après avoir lâché un long soupir, Baptiste sortit son smartphone et se cala sur le côté de la banquette tandis que Julien sirotait son double allongé en le fixant d'un air méprisant. Pour essayer de calmer l'atmosphère, Jennifer s'imposa devant le groupe.
Je viens de retenir Mika de faire un trois contre un inconscient au possible ! (courageux pensa-t-elle) C'est pas pour que mes amis s'y mettent aussi. Alors maintenant, on va parler d'alpagas et de dauphins. Dit elle avec un sourire jusqu'aux oreilles.
Baptiste leva directement les yeux de son smartphone pour croiser le regard de Mika.
- Théophile ? Lui demanda-t-il.
- J'étais sur le point de le faire, heureusement que Jen était là sinon ça aurait sûrement mal tourné. Répondit il en lançant un regard approbateur à la petite brune.
- Il ne faut pas exercer la violence si on ne veut pas en recevoir les conséquences. Commenta Freddie.
"J'aurais pas dit mieux !" Acquiesça Jennifer avant qu'une des serveuses accosta les nouveaux arrivants à la table. Habillée d'une tenue blanche à rubans bleus. Portant dans ses fines mains un petit calepin et un stylo à bille. Pressée, elle prit directement la commande de Mika et Jenny avant de repartir avec précipitation comme quelqu'un qui oublie un plat sur le feu. Baptiste se remit à fixer son smartphone mais quelque chose le tracassait, il leva les yeux en direction de Julien, et celui-ci était en train de le dévisager.
- J'y suis pour rien je le maintiens. Répliqua une dernière fois Baptiste, projetant son regard sur l'écran de son smartphone.
- Baptiste stop. La dernière fois qu'il est arrivé un truc dans ce genre à Ju, dans le bus en ville quand il s'était fait voler son portefeuille, t'avait pas arrêté de balancer des pics alors que t'aurais pu t'en rendre compte si tu n'avais pas été sur ton portable à ce moment là. Alors s'il te plait, stop.
- Mais j'ai pas balancé de pics là ! Si ? Demanda-t-il en cherchant du soutien dans le regard de Freddie.
Julien prit son sac, posa son café à moitié fini sur la table et laissa cinquante centimes de pourboire en plus de sa commande avant de prendre la direction de la sortie, sans rien dire. Au même moment, la serveuse pressée revint avec le chocolat chaud de Jen et le cappuccino de Mika, puis elle reparti de plus belle après avoir récupéré l'argent de Julien.
- Tu vois ? Demanda Freddie en fixant Baptiste. Tu vois ce que tu as fait ? Juste en ouvrant ta bouche ? Accusa-t-elle avec de grands yeux.
- Eh j'suis désolé si ton mec il a les nerfs à fleur de peau. Et pour ma défense, ce n'est pas que quand il vit des moments de merde comme ça croit moi, il est tout le temps en train de rager pour rien. Expliqua Baptiste en tapotant l'écran de son portable des deux pouces.
- C'est vrai ça, il rage souvent pour rien. Enchérit Michaël avant de boire une grande lampée de cappuccino.
- C'est dans sa nature ! À coté il sait être un copain formidable et il me fait oublier que la vie n'est qu'une futile histoire ! Déclara Freddie en se tenant la tête.
- Peut être mais c'est mon cousin et je sais qu'il faut s'en méfier. Pas parce qu'il est rageux, mais parce qu'il porte des accusations sans cesse aux autres avant même d'essayer de se regarder dans la glace. Répondit Baptiste en balançant son pouce de droite à gauche sur l'écran de son portable.
- Il faut que tu comprenne qu'il est important à mes yeux, Bapt. Toi aussi. J'aimerais que tu comprenne.
- Ouais je saisis t'inquiète pas ma Freddie. Répondit-il en vérrouillant son smartphone. Il est bientôt neuf heures Mika, faut qu'on se bouge, finis ton cappu'.
- Je fais au plus vite Bapt, m'attends pas.
Baptiste se fraya un chemin entre les genoux de Michaël et la table, puis il prit la direction de la sortie, veste NorthFace dans une main et un sac à dos Eastpack dans l'autre. Juste avant de sortir, il enfila sa grosse veste et fit valser une des bandoulières de son sac sur son épaule. Il se tourna vers le groupe une dernière fois avant de faire un geste de la main, qu'ils retournèrent tous.
Michaël n'était plus qu'aux côtés de Jennifer et Frédérique. Il allait poser une question à Jenny quand Freddie le coupa dans son élan.
- Dis Mika, tu trouve pas que Baptiste agit de plus en plus bizarrement ? Il est cynique, d'humeur ironique et froid. C'est pas le Baptiste qu'on connait t'es d'accord ?
- C'est la puberté qui a eu du mal à trouver son train. Répondit-il en s'esclaffant.
Je ne trouve pas vraiment ça drôle Mika, il a peut être des soucis. Demanda-t-elle, inquiétée.
- Mais non, va pas chercher le mal partout. Il me dit absolument tout depuis le collège, je sais quand quelque chose ne va pas. Déclara-t-il avec un ton assuré.
- Peut être que c'est de passage alors... c'est peut être dû à ce foutu temps. Répondit-elle en regardant par les fenêtres de la cafette.
- Ouais, c'est sûrement ça. Un temps à apprendre a faire des nœuds de pendus. Répondit Michaël en terminant son cappuccino.
- Bon, j'ai des cours je dois filer, on se revois après les cours, ce soir ? Demanda Frédérique en enfilant sa fine doudoune tout en se levant de son siège.
- Cette aprèm' j'ai mon rendez-vous hebdomadaire chez Leville, je pense me poser chez moi ensuite un moment. On peut s'organiser quelque chose demain soir ?
- Ça marche, t'es partante Jenny ?
Jennifer, en train de regarder de ses deux grands yeux verts son chocolat chaud, d'un air absent, se sentit surprise par cette interaction.
- Hein ? Partante ? Oui oui ! On ira où ? Demanda-t-elle comme quelqu'un qui émerge du sommeil.
- Je me disais qu'on pouvait se faire un snack ou un restau' pas trop cher ? Questionna Freddie.
- Avec plaisir ouais ! On pourrait aller manger chinois ? Il y en a pas très cher à côté du lycée de ton frère ! S'exclama Jennifer en se tournant vers Michaël, excitée.
- Ouais c'est vrai qu'on pourrait se faire une grande muraille, c'est pas vraiment cher pour ce que c'est. Tu en parles à Julien ? Je dirais à Bapt de venir aussi à condition qu'il ne fasse pas le petit con comme d'habitude... Déclara Michaël en regardant Freddie.
Elle laissa un billet de cinq euros sur la table et se dirigea vers la sortie. La grande martiniquaise aux longs cheveux bouclés se retourna au niveau de la porte vers le groupe en demandant. "Demain vingt heures ?" Jennifer et Michaël acquiescèrent de manière synchronisée, ce qui leur rappelèrent leurs gestes synchronisés au lycée, tous deux sourirent alors de la même manière. Habituellement de tempérament bavarde, Michaël la trouvait plutôt calme et pensive ce matin. Peut être était-ce à cause du conflit qu'il avait eu avec Théophile, se demandait-il.
- Qu'est-ce qui se passe Jen ? T'a l'air pensive comparé à d'autres matins.
- Bizarre ? Non non ! Je... euh... je réfléchissait à un truc tout à l'heure en fait, p'is tu sais, c'est le matin. Acquiesça-t-elle en farfouillant dans son sac à main pour y trouver son portable en guise d'excuse supplémentaire.
- Il y a quelque chose qui ne vas pas ? Tu sais que je suis ton meilleur auditeur ?
- Je le sais Michaël. Répondit-elle avec un sourire.
Michaël se remit à penser au conflit qu'il a eu avec Théophile et il se rendit compte à cet instant que Jennifer lui avait saisit la main et non le bras comme d'habitude. "Peut être qu'elle voulait qu'on discute un peu sous le haut-vent avant de rentrer, peut être qu'elle souhaitait que je l'embrasse..." Perdu dans ses pensées, il ne remarqua même pas que Jennifer faisait des vas et viens de l'œil entre son chocolat et Mika, l'observant par à-coups.
4
Le portable de Michaël se mit à vibrer, et le visage de Baptiste s'afficha sur son écran.
- Il me lâchera pas plus de deux minutes. Déclara Michaël. On y va avant qu'il nous tape une crise du style : "Si vous ratez votre année vous ne viendrez pas vous plaindre." Mima-t-il en prenant une posture parentale sévère.
- Oui, allons à l'amphi avant de louper des trucs importants. Répondit-elle en jetant un coup d'œil à sa belle montre ornée de dorures faisant penser à l'écriture elfique.
Ils se levèrent de table et, dans l'élan, Michaël laissa un billet de cinq euros et deux pièce d'un euro pour les deux boissons. Il observa Jennifer s'avancer en direction de la porte d'entrée puis, dans une marche un peu plus rapide, la rattrapa et lui saisit la main pour l'accompagner jusqu'à la porte. Ils enfilèrent tous deux leur vestes et leurs capuches, puis Michaël ouvrit la porte pour prendre la direction du chemin menant vers leur faculté, sous la pluie battante.
Même sous ce climat froid et humide, Michaël ressentait énormément de chaleur. La main de Jennifer dans la sienne, ses doigts fins et rafraîchis par le froid mais réchauffés entre ceux de Mika qu'il sentait d'ailleurs particulièrement vibrer, leur démarche bien plus apaisée que d'habitude et le sourire de celle-ci quand elle remarqua qu'il n'arrêtait pas de la regarder ne faisaient qu'augmenter cette chaude sensation de bien être. Il savait qu'il lui plaisait, et il était maintenant assuré qu'elle ressentait la même chose. En arrivant sous le préau de la faculté de lettres, Jennifer s'arrêta un instant, dans le silence brisé par la pluie qui devenait de plus en plus dense. Michaël se tourna vers elle, mais le visage de Jennifer s'assombrit petit à petit. Il s'approcha alors doucement vers elle, se tenant à une certaine distance afin de comprendre où était le malaise. La petite aux anglaises brunes leva les yeux, d'un air inquiet, puis murmura. "Tu ne me laisserais pas tom..." Avant qu'elle termine sa phrase, Michaël s'approcha d'elle distinctement, retira sa capuche et l'embrassa. Jennifer, qui n'avait aucune idée de ce qui se passait, serra la main de Mika de plus en plus fort. Tendrement il l'enlaça de l'autre main et après un court instant elle détendit sa poigne et se laissa emporter par ce surprenant baiser.
Quelques instants après cet événement bref mais intense, Jennifer contemplait Michaël, les deux mains jointes derrière sa nuque. Il se saisit d'elle de par son mince poids en faisant un support de ses bras, puis l'emporta avec lui en poussant la porte d'entrée de la faculté de lettre. Il se mit à rire et commença à courir plus vite en direction de leur salle de cours, avec Jennifer les jambes croisées derrière le dos de Michaël, se tenant comme un ours sur un arbre. Elle se mit à s'esclaffer et à lui supplier de la reposer à terre, ce qu'il fit une dizaine de mètres plus loin.
Elle lui prit tendrement la main, puis l'emmena à son rythme à l'amphithéâtre n°9, une dizaine de mètres plus loin. Ils rentrèrent à l'intérieur d'une grande salle à l'architecture soignée avec au centre une scène et autour, des gradins accueillant cinq-cents personnes, remplis qu'aux deux tiers. Leur professeur de philosophie, Monsieur Edouard Lefret, un jeune professeur de philosophie âgé de trente-deux ans, habillé d'un polo gris et d'un jean, introduisait le cours sur l'identité de soi en marchant d'un bout à l'autre de la scène, marquant à chaque fois une pause devant son bureau.
5
"[...]l'enfant se pose des questions sur sa propre identité, chacun d'entre nous, car nous sommes uniques. Et encore aujourd'hui, certains d'entre nous se posent des questions. Qui êtes vous, à l'intérieur ? C'est pourquoi je vais commencer le cours sur l'identité personnelle, afin d'éclairer vos méninges."
Michaël pensa au cours et à sa place avant tout, puis il relâcha la main de Jennifer pour aller s'installer au quatrième rang, aux côtés de Baptiste. Il se tourna en direction de sa petite brune qui le regardait avec un visage qui ne voulait rien dire d'autre que "Je te retrouve à la sortie, voyou." Après avoir fait une mine désolée, il se tourna vers son meilleur ami qui était en train d'écouter le professeur, en inscrivant quelques notes sur son cahier.
"Vous vous trouvez différent de votre prochain car vous n'avez pas le même style de vie, vous n'avez pas les mêmes buts et le même passé. Car vous êtes unique. Vous avez votre identité. Mais qu'est-ce que l'identité personnelle ?" Demanda-t-il à la salle tout en déployant ses bras, cherchant de droite à gauche du regard une main levée.
Charles Mercier, un jeune adulte de vingt ans, portant des lunettes et à la coiffure brune et plaquée sur le côté, répondit après un blanc de quelques secondes. "L'identité personnelle signifie que quoi qu'il arrive, on demeure le même avec le temps ?" Demanda-t-il au professeur. Monsieur Lefret frotta son bouc en faisant une légère marche vers le bord droit de la scène, puis il répondit en se tournant vers son interlocuteur :
"L'identité personnelle signifie le fait qu'on se distingue des autres tout en demeurant le même à travers le temps, vous n'étiez pas loin monsieur Mercier. Pour ne pas perdre de temps, je vais directement vous parler de John Locke, un philosophe du dix-septième siècle. Selon lui, le problème de l'identité personnelle se bâtit sur la conscience. Ce qui fait d'une personne ce qu'elle devient réside dans la conscience qu'elle a d'elle même. John Locke, né en 1962 dans le royaume anglais[...]"
Michaël tapota l'épaule de Baptiste, qui se laissa distraire par celui-ci. Il lui raconta ce qu'il venait de se passer avec Jennifer, et à quel point il était content de cet événement si rapide et inattendu.
- Et après les cours tu compte aller la rejoindre quelque part ? Demanda Baptiste.
- Non, malheureusement, je dois impérativement me rendre chez Leville cette après midi et après une séance je suis généralement cassé. Déclara Michaël.
- Ah ouais, tu va rejoindre ton maître Victor Frankenstein. Répondit-il en ricanant.
- Qu'est-ce que tu raconte, tu prétends que je suis sa création ? Demanda Michaël avec un sourire blagueur.
- Avec tout pleins de bidules qui "bipent" autour de ta tête !
- Toujours plus. Souri Michaël.
- Eh, dit moi, ça fait un moment que tu ne m'a pas parlé de tes rêves. Tu va lui parler de quoi à Leville ?
- Si je te racontais toutes mes odyssées nocturnes tu me supplierais d'arrêter tellement c'est ennuyeux.
- Comment ça, tu fais toujours ces rêves bizarre en Californie et en Chine ?
- Ça n'a jamais cessé depuis mes huit ans Baptiste... Et je n'ai toujours pas de réponses venant de mon subconscient. Je vais raconter à Leville le résumé de mes sept derniers rêves, comme chaque semaines, et on se penchera sur un des rêves en particulier pour l'éplucher et trouver des réponses.
Michaël fut d'un coup attiré d'une oreille par les paroles du professeur, qui n'avait pas cessé de dicter le cours.
"Je vais vous raconter une histoire que John Locke aurait imaginé. - Le professeur avait un de ses classeurs en main, il l'ouvrit et saisit une page avant de mettre ses lunettes de vue, puis il cita haut et fort. "Il était une fois, un jeune prince qui s’ennuyait à mourir dans son magnifique palais. Tous les jours, à la porte du palais, un jeune mendiant venait demander l’aumône. Les deux jeunes gens avaient à peu près le même âge et se ressemblaient beaucoup. Le mendiant enviait la richesse du prince; le prince enviait la liberté du mendiant. Ils se lièrent d’amitié et un beau jour, le Mage du palais exauça leur vœu : les souvenirs et les pensées du prince se retrouvèrent dans le corps du mendiant, libre d’aller et venir dans la ville; les souvenirs et les pensées du mendiant se retrouvèrent dans le corps du prince, choyé entre les murs du palais. -
Maintenant une question se pose : Si on a accès aux souvenirs d'une personne, est-ce qu'on peut donc lui prendre son identité personnelle ? Il me faudrait votre propre thèse sur la question, pour lundi."
Edouard Lefret fit deux pas en direction de son sac au pied du bureau, puis il rangea sa feuille dans son classeur et le déposa sur le sac. Il retira ses lunettes et les garda refermées entre son pouce et son indexe. Tapotant ses lèvres d'une manière pensive, il continua le cours.
"La quasi totalité d'entre nous se bâtissent une identité avec leur souvenirs, avec leur but et leurs épreuves passées. Certains écrivent un journal intime quotidien, relatant leur faits et décrivant leur état moral quotidiennement, pour en avoir une meilleure approche ensuite. Mais la plupart d'entre nous ont déjà une identité bâtie grâce à celle de nos parents, à leurs convictions et leurs buts dans la vie. Dans le meilleur des cas, un enfant ne naît pas seul et son identité est façonnée par le désir de ses parents et l'environnement dans lequel il vit. Un enfant né dans la guerre n'aura pas du tout la même conception de l'identité personnelle qu'un enfant né dans nos quartiers lyonnais, à la portée de tout."
Michaël se mit à penser à ses cahiers de rêves qu'il met quotidiennement à jour depuis ses huit ans. Était-il sûr de qui il était ? Son identité personnelle était-elle perturbée par ces rêves incessants et inexplicables ? Il leva la main et quelques instants plus tard, le professeur pointa ses lunettes dans sa direction.
- Je me demandais, car j'écris des cahiers de rêves depuis mes huit ans, quotidiennement. Seraient-ils relatés au fait que je me pose un problême d'identité personnelle depuis cet âge ?
- Cela dépend de ce que vous ressentez à l'intérieur de vous même, mais puisque vous me demandez j'imagine que c'est parce que vous même, vous vous êtes posé cette question qui est : "Suis-je ce que je prétend être ?". Pourquoi relatez vous vos rêves sur un cahier ? Une expérence de rêve lucides ?
- Il y aurait peut-être de ça, je relate mes rêves pour une cause personnelle mais je pense me pencher à l'avenir sur l'identité personnelle, c'est un sujet intéressant.
- Très bien alors ! Continuons le cours, si vous le voulez bien.
"Nous allons donc parler aujourd'hui des problèmes liés à l'identité personnelle. Des objections se sont portées à l'identité personnelle, par Reid avec le problème de la discontinuité mémorielle, et Butler avec le problème de la circularité. Ces objections se sont fondées quand Locke a posé sa thèse sur l'identité personnelle. La première, celle du révérend "Joseph Butler", concerne la conscience étendue dans le temps qui ne peux pas constituer l'identité personnelle car elle la présuppose, je m'explique. C'est parce que vous êtes ce que vous êtes que vous vous souvenez de votre passé, et non l'inverse, c'est la circularité. En second lieu nous avons le problème de la discontinuité mémorielle, exposé par "Thomas Reid". Ce problème se situe bien souvent quand un sujet est victime d'amnésie et qu'elle ne se souvient plus de ce qu'elle était. Elle reste après tout la même personne mais son identité personnelle est comme occultée par un filtre opaque. Une personne ayant perdu ses souvenirs cesse du coup d'être identique à la personne qu'elle était dans le passé."
Une des étudiantes leva la main et le professeur Lefret pointa ses lunettes dans sa direction quelques secondes plus tard.
- Il arrive qu'une personne atteinte de forte amnésie retrouve ses capacités mémorielles, du coup, elle se rebâtit une identité par rapport à celle qu'elle était. Mais est-ce donc par mimétisme par rapport à ses souvenirs ou c'est tout simplement naturel ?
- C'est une très bonne question mademoiselle. Un sujet atteint d'une amnésie accrue retrouvant par miracle ses souvenirs agirait, selon mon avis, naturellement, par instinct de son identité de base. Comme si la mémoire défragmentée se reformait petit à petit jusqu'à atteindre des souvenirs uniformes, mais je m'avance sûrement en disant cela.
Le professeur enchaîna son cours tout en marchant de gauche à droite, sur la scène de l'amphithéâtre. Intéressé par le cours, Michaël n'arrêtait pas de prendre des notes sur l'identité personnelle pour en parler avec le Docteur Leville. Il était sûr qu'en fouillant dans ce cours de philosophie ils pourraient peut être trouver une réponse à tous ces rêves incessants. Baptiste lui tapota l'épaule, déconcentrant immédiatement Michaël qui s'imprégnait du cours.
- Dit Mika, j'voulais qu'on parle d'un truc discret. Tu sais, à propos de Freddie.
- Ouais dis moi.
- Tu sais pourquoi je suis comme ça avec Julien, même si c'est pas cool j'y peux rien c'est instinctif.
- Ouais je sais, je n'ai rien contre tes sauts d'humeur sur ton couz, mais si tu ne veux pas ruiner le rapprochement que t'a avec Freddie depuis le collège il va falloir que tu calme ton jeu.
Il ne la mérite tellement pas.
- Si tu l'invitais à faire un truc au lieu de rester chez toi, planqué sur ton pc ou ton smartphone à jouer à des jeux de cartes sur internet ?
- Hearthstone, s'il te plait. Et oui je devrais l'inviter mais tu sais on est tellement proches, si je lui avoue c'est foutu. Si je tente un truc et qu'elle le prend mal, c'est mort. Et si je l'invite à sortir boire un coup ça fera super ambigu tu ne trouves pas ?
- Si tu cherche moins d’ambiguïté, invite là au ciné... quoi que, dans tous les cas sauf si tu lui demande de ne pas le faire, elle viendra avec ton cousin. Mais tu sais, c'est difficile pour elle, ta relation avec Julien, le fait de ne pas être au courant de ton attirance pour elle rendrait cette situation encore plus complexe qu'elle ne l'est.
- Ouais c'est sûr un ciné si je lui demande de venir sans Julien ça pourrait se faire.
- Mais il ne te laissera jamais faire un ciné avec Freddie, je crois qu'il a flairé que t'étais un adversaire...
- Qu'est-ce qu'il peut être stupide, borné et inattachant comme type.
- Et les seuls moyens de t'en dépêtrer seraient de te débarrasser de son corps ou persuader sa petite amie qu'en fait, c'est toi qu'elle devrait aimer. T'a plus qu'à te débarrasser du corps ! Ricana Michaël.
- Ça c'est une idée Mika, t'a toujours le numéro des nettoyeurs ? Demanda Baptiste avec un regard inquiet.
- Bien sûr que j'ai toujours leurs numéro, on sait jamais ! Répondit-il avec le sourire.
Le professeur, qui n'avait cessé de dicter son cours, faisait des vas et viens d'un bout à l'autre de la scène, tout en faisant des grands gestes et en marquant des pauses pour regarder ses élèves.
"Penchons nous sur les traits de caractère maintenant, il est dit que l'ensemble des traits de caractère d'une personne singularise sa personnalité pour en faire une unique. Le caractère d'un individu ne change pas au long de sa vie. Même si les aléas de la vie bâtissent une personnalité, le caractère d'une personne reste stable tout du long. Vous par exemple, qui écrivez vos rêves, comment définiriez vous votre caractère ?" Demanda-t-il en pointant ses lunettes sur Michaël qui souriait encore de la discussion.
Le jeune Solvetti leva son regard vers le prof qui attendait une réponse :
- Mon caractère ? Je suis... Je suis...
- Vous avez l'air indécis.
Quelques étudiants ricanèrent tout doucement, Baptiste chuchotta à Michaël quelques mots.
- Je suis protecteur ? Demanda Michaël abasourdi par la question du professeur.
- Oh, alors vous protégez votre famille ? Vous vous identifiez donc dans un rôle de protecteur ? Questionna Lefret en tapottant sa lèvre inférieure du bout de ses lunettes.
- Je tiens et je protège évidemment ma famille, mais tout autant que mes proches. Déclara Michaël en se tournant vers Jennifer, quelques rangs derrière, puis en direction de Baptiste.
- Alors votre caractère de protecteur ne changera pas malgré les aléas de la vie. Quel est votre nom ?
- Michaël Solvetti, Monsieur Lefret.
- Heureux de vous connaître Michaël. Poursuivons le cours.
"Certains se qualifient de protecteurs, d'autres se qualifieraient d'altruistes ou bien pessimistes. Le caractère ne change pas, il s'amplifie."
Il se dirigea en direction de son sac, et saisit de nouveau son classeur. Il l'ouvrit et farfouilla entre les intercalaires à la recherche d'une page. Il déposa ensuite son classeur sur son sac et enfila ses lunettes avant de se retourner vers l'ensemble des étudiants.
"Les paradoxes de l'identité personnelle. Nous allons nous pencher premièrement, car nombreux d'entre vous sont de fines plumes, sur une fiction de "Derek Parfit". Un écrivain né en 1942 dans une province chinoise. Cet homme a été connu en Angleterre pour sa philosophie et ses fictions remettant en cause l'identité personnelle. La fiction dont je vais vous parler se penche sur un dispositif de télé-transportation. Une machine permettant de téléporter une personne d'un point à un autre en détruisant un corps A pour recréer B à un autre point, avec les mêmes souvenirs et pensées que A. Est-ce que ça veut dire que B = A ?"
Il s'approcha du bureau posé au centre et déposa son stylo dessus.
"Derek Parfit est connu pour un grand nombre de réalisations. Reasons & Persons, abordant les thèmes de la moralité et la rationalité selon sa thèse : "Nos désirs ou nos préférences ne pourraient pas, en elles-mêmes, être irrationnelles.". Ainsi que la nature des personnes et leurs identités personnelles. Parfit a gravé son nom dans la philosophie avec sa thèse sur les générations futures "Il n'y a aucun système d'éthique fondé sur l'arbitrage d'intérêts d'individus présents et à venir, qui pourrait influer sur les décisions actuelles et donc, modifier les conséquences. Reasons and Persons, écrit en 1984 ..."
Baptiste toucha le bras droit de Michaël de l'indexe.
- Qu'est-ce qu'il y a Bapt ?
- C'est la première fois que je te vois autant t'empiffrer d'un cours. Je trouvais ça étonnant alors comme je voulais pas m'auto-mutiler j'ai préféré te toucher pour voir si c'était vrai. C'est ta nouvelle liaison qui te fais changer ? Demanda-t-il en ricanant.
- Ce sujet m'intéresse vraiment car j'ai l'impression qu'il me concerne, il faut que je me penche dessus une fois chez moi. C'est sûrement la clé pour mon problème nocturne.
- C'était quoi ton dernier rêve ?
- J'étais dans un avion de ligne, les gens me regardaient bizarrement, il y avait un gamin qui jouait à la DS, sinon seulement des trucs incohérents avec moi.
- C'est n'imp' ces rêves, et tu crois trouver une réponse à tes soucis avec l'identité personnelle ?
- Je pense peut être qu'on pourrait mettre le doigt sur le problème, après le résoudre je ne sais pas ... Répondit il, déconcerté.
Le prof se rapprocha une dernière fois du bureau pour y déposer ses lunettes, inséra la feuille qu'il tenait dans sa pochette et referma son classeur avant de le ranger à l'intérieur du sac. Il s'approcha vers son auditoire et déclara.
"C'est tout ce que nous allons voir pour aujourd'hui sur l'identité personnelle, j'espère pleinement que ce cours vous a plu et intéressé. J'aimerais avoir votre thèse au prochain cours sur l'identité personnelle et votre propre problématique liée à cet élément philosophique. Après ça bien sûr comme prévu tout à l'heure je souhaiterais que vous écriviez une courte thèse à propos du conte de Locke sur le prince et le mendiant et sa question : Si on a accès aux souvenirs d'une personne, est-ce qu'on peut donc lui prendre son identité personnelle ? On se revoit lundi pour de nouveau trois heures de philosophie avec la suite de ce cours. Je vous souhaite à tous une bonne journée !"
6
Michaël mit son cahier et sa trousse dans son sac avant d'enfiler sa veste, puis il se leva comme la quasi totalité des autres étudiants. Avec Baptiste, ils s'en allèrent en direction du dernier rang des gradins, non loin de l'entrée de l'amphithéâtre, où Jennifer les attendait. Elle était en train de discuter avec une de ses amies, Sarah Trestel, une grande brune au teint très clair qui suivait les mêmes spécialités universitaires. Elles parlaient de l'histoire du mendiant et du prince, devant l'entrée de l'amphithéâtre.
- Ça ta pas fait pensé à des trucs à la télé ? Genre Sense8 ! S'exclama Sarah.
- Évidemment, pleins de trucs vieux comme le monde mais je ne pense pas que les questions de l'identité personnelle sont évoquées dans ces œuvres. DragonBall par exemple, avec la fusion, personne ne se demande si c'est Gohan ou Trunks, alors c'est Gotenks. Par contre il y a Les Dissociés, le film de Golden Moustache qui porte sur le bodyswapping, l'échange de corps, cette oeuvre repose beaucoup sur l'identité personnelle. Répondit Jennifer.
- J'aime vos sujets les filles, ça parle de DBZ et de Golden Moustache ? On peut s'incruster ? Demanda Baptiste avec un sourire.
- Oh on est pas des geeks on te rassure ! Rétorqua Sarah en ricanant.
- Parle pour toi Sarah, moi j'ai pas vraiment eu le choix. Mes deux frères m'ont éduqué à la dure avec la Nintendo 64 pour commencer et toutes les Playstations jusqu'à mes seize ans, je devais me défendre sur Mortal Kombat pour ne pas subir de gages, c'était horrible il y avait du sang partout. Racontait-elle en regardant le sol, les yeux écarquillés et le visage assombri, comme si ce souvenir l'avait profondément traumatisé.
- Ils te menaient la vie dur dis donc ! Commenta Michaël.
- Oh à côté de ça ils étaient adorables, ils m'ont fait connaître tellement de bons films et de bonnes séries, ils m'ont considéré comme si j'étais exactement comme eux et ça c'était génial. Répondit-elle en regardant Michaël.
- Allez, suffit de discuter j'ai faim. Déclara Baptiste.
- T'a prévu de manger où ce midi ? Demanda Jennifer.
- Je comptais me faire un Sub-30 avant de retourner à la bibliothèque du campus en attendant l'examen blanc de cette après-midi, à quatorze heures. Déclara Baptiste.
Jenny, ça te dis un Subway ? Demanda Michaël.
Et bien pourquoi pas ! Sarah tu veux venir avec nous ?
Oh je ne veux pas être de trop, et puis tu sais...
Allez viens avec nous Sarah, on va s'faire un petit Subway ! Insista Baptiste.
Après quelques secondes sous le regard insistant de Baptiste, Sarah accepta de les suivre au Subway. Il y en avait un à moins d'un kilomètres du campus, dans une rue où les fast-foods ne se comptaient plus. Une fois là-bas, après avoir passé tout le chemin à papoter de sujets aussi nombreux qu’éphémères, ils commandèrent pour la plupart un sandwich qu'ils composèrent avec soin tandis que Sarah opta pour une salade avec des tomates et du maïs. Ils réglèrent leur commande et s'installèrent à une table après avoir choisit leur boisson respectives.
Pendant qu'ils mangeaient, Jennifer se souvint en regardant Baptiste de l'embrouille avec Julien ce matin là à la cafette.
- Dit Bapt, c'était quoi cette vieille "embrouille" avec ton couz ce matin ? Dit elle en faisant des crochets avec ses doigts.
Baptiste prit le temps de mâcher sa bouchée, de l'ingurgiter, boire deux gorgées de son thé glacé avant de répondre.
- Deux choses, une est top secret d'état fédéral de la NASA des States. Et l'autre c'est qu'il me sort par les yeux tellement il est débile et profondément irresponsable.
- Ah, t'es amoureux de Freddie... Constata-t-elle en faisant une moue gênée.
- Jennifer... Murmura Michaël en baissant la tête, de peur d'être accusé d'avoir tout dit.
- Ah bah bien Mika, tu lui a déjà tout dit, le petit ami en or quoi ! S'exclama Baptiste.
- Quoi ? Demanda Sarah.
- Michaël ! S'exclama Jennifer en fronçant les yeux en direction de son copain.
- Mais j'ai rien dit... à propos de Freddie et voilà que ce que je raconte à Baptiste me retombe dessus.
- Tu sors avec Mika ? Demanda Sarah à Jenny.
- Bah... Ouais depuis aujourd'hui en fait. Avoua Jennifer.
- C'est génial non ? S’émerveilla Michaël en relevant la tête pour essayer de calmer la tension.
- Oh tu va pas t'en tirer comme ça mon grand, ton pote là tu va arrêter de tout balancer en avant première. C'est frustrant de pas savoir qui peut être au courant, pour tout.
- Bah il n'y aurait que moi Jen. 'Fin j'veux dire, 'suffit de regarder combien de vrais potes a Michaël à part Freddie et Ju. Déclara Baptiste en mangeant son sub 30.
- C'est pas une raison pour que Michaël te fasse un rapport détaillé sur ce qu'il se passe entre nous, pour l'amour de dieu.
- Non, moi je trouve ça cool que tu sorte avec Mika. Avoua Sarah entre deux bouchées de salade.
Michaël se trouvait à la fois heureux et désolé par rapport à la réaction de Baptiste, qui avait rendu Jennifer incroyablement gênée par le moment. N'ayant pas fini son Sub-15, elle l'emballa pour le mettre dans son sac à main avec une serviette. Sarah était sur le point de finir sa salade, Baptiste finissait son Sub-30 et Mika avait mangé la moitié du sien avant de l'emballer et de le ranger dans son sac. Jennifer regarda sa montre, et annonça à la table.
- Si vous voulez qu'on révise un peu le sujet de l'examen blanc avant d'y aller, faudrait qu'on aille à la bibliothèque du campus, non ?
- C'était mon projet initial. Commenta Baptiste.
- Un long sujet sur Shining, de Stephen King, qu'il faut éplucher des parties intéressantes en une heure. Du suicide. Déclara Sarah.
- C'est vrai qu'une heure c'est un peu "short" mais j'aime bien ce livre alors je pense pouvoir tirer les trucs intéressants. Annonça Michaël.
Ils débarrassèrent leurs plateaux des restes et de leur boissons, puis ils sortirent en direction de la bibliothèque du campus. Ce grand bâtiment iconique du campus se trouvait être à côté de la faculté de lettres. En sortant à l'extérieur, le soleil était revenu, Sarah et Jennifer mirent leur vestes dans leurs sacs respectifs, Michaël posa la sienne sur son épaule gauche et Baptiste garda sa grosse veste grise sur le dos. Sur le chemin, Michaël tenait la main de Jennifer, frottant le bout de ses doigts entre les siens, Sarah regardait son portable et Baptiste était derrière le groupe, les écouteurs dans les oreilles à regarder les voitures passer.
7
Après cette petite balade digestive, ils arrivèrent enfin à la grande bibliothèque, bâtie sur de grandes colonnes faisant penser aux temples grecs. Les deux portes centrales étaient ornées de sculptures sur pierre, représentant plusieurs sciences modernes et classiques comme l'écriture, la danse, l'espace, la philosophie et une énorme représentation du monde au dessus. Ils rentrèrent à l'intérieur de ce magnifique endroit, oublié des gens comme Théophile Jagnard. De vastes voûtes tenant sur de minces piliers ornaient l'endroit. Sur presque toute la largeur du bâtiment, de nombreuses rangées se concentraient sur plusieurs sujets différents, dans un un ordre alphabétique. Ces grandes bibliothèques de deux mètres - certaines au fond de la salle atteignaient trois mètres - cachaient les quelques tables qui étaient disséminées pour les étudiants qui souhaitaient réviser.
Jennifer prit les devants en contournant à gauche, puis en longeant les rangées de bibliothèques sur la droite. Plusieurs grandes tables étaient à disposition et bien souvent les premières étaient déjà prises, c'est pourquoi Jennifer avait l'habitude de se mettre à la cinquième table de groupe, côté fenêtre. Michaël et les autres la suivirent et s'installèrent autour de cette table, déposant leurs sacs par terre. Il ne restait plus que trois petits quarts d'heure avant que l'examen ne commence.
Tous sortirent leur exemplaire, de poche pour Sarah et Baptiste, et format classique pour Michaël et Jennifer. "On va faire un brainstorming." Déclara la grande brune aux cheveux lisses. Ils commencèrent alors à débattre autour du livre Stephen King.
- Jack Torrance, un vieux prof qui a fait des erreurs essaye de se pencher sur l'écriture d'une pièce de théâtre pendant un travail qu'il accepte. C'est dans un hôtel nommé l'Overlook qui se situe dans les hauteurs du Colorado, en plein hors saison, qu'il conçoit de passer l'hiver en tant que gardien accompagné de sa femme Wendy, et de son fils Danny. Commença Jennifer.
- Là, Danny rencontre Dick Halloran, le cuisinier de l’hôtel. Et ce type a les mêmes pouvoirs que lui, le Shining. Continua Sarah.
- Et c'est comme ça qu'il le met en garde, malheureusement, au sujet de la chambre 237. Enchérit Michaël
- Après il y a l'hiver, les animaux en buis qui s'animent... brr... Murmura Baptiste, traversé par un frisson.
- Ouais mais du coup dans cette histoire, quels sont les éléments qui font que cette fiction est maintenant une oeuvre connue internationalement ? Questionna rhétoriquement Jennifer.
- Sans doute l'adaptation de Kubrick en film qui n'est qu'une thèse du bouquin. Commenta Michaël, en faisant une moue indécise.
- C'est pas faux, mais tu te sent de comparer le livre au film pendant une heure ? Demanda Jennifer.
- C'est un travail de fou, pourquoi ne pas développer les idées de Stephen King, au sujet de l'état mental de la famille enfermée dans cette parcelle de terrain enneigée. Répliqua Sarah.
Le portable, dans la poche de Michaël, se mit à vibrer. En le sortant de sa poche, la photo de Mattéo, déguisé en lutin accroupi sur une armoire s'afficha. Michaël répondit à l'appel.
- Allô ?
- Ouais Mika, c'était pour savoir, tu viens me chercher à quinze heures trente ?
- Ah ! C'était pas prévu que papa vienne passer te prendre, à la base ?
- Les plans changent, c'est le destin. Annonça Baptiste.
- Bon. Et bien pas de soucis de toute façon j'ai rendez vous à seize heures trente chez Leville.
- Mika ?
- Ouais ? Demanda-t-il naïvement.
- Tu vois ton avis ? Tu le prends. Tu le mets en boule. Tu l'envoies très loin d'un coup de pied et tu ne vas plus jamais le chercher. Déclara Mattéo avant de rire et de raccrocher.
Mika mit son portable dans sa poche en grommelant.
- Il t'a dit "ta gueule" et il a raccroché ? Demanda Baptiste avec le sourire.
- Non mais c'était pas loin, il est un bon exemple de problème d'identité personnelle à lui tout seul.
Baptiste et Michaël rigolèrent un instant avant de reprendre leur révisions sur l'examen blanc.
Cet examen blanc se concentrait uniquement sur l'oeuvre de Stephen King, "The Shining". Durant ce devoir surveillé d'une heure, les étudiants devaient faire une courte synthèse sur cette oeuvre ou noter et développer chaque éléments importants du livre. Les étudiants étaient libre de faire ce qu'ils pouvaient en une heure, étant pour la globalité, pas encore adeptes aux examens.
Après une bonne demi-heure de débat et de notes, le portable de Baptiste se mit à sonner d'une musique connue des oreilles de Michaël. C'était la bande originale du film Jumper nommée "A jump off " par James Powell, cette musique signifiait que le réveil de Bapt sonnait pour aller en cours.
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Baptiste, qui avait déjà rangé ses affaires, se leva pour prendre sa veste, l'enfila, et prit son sac pour le mettre sur ses épaules. Les autres suivirent le mouvement à leur rythme. En s'agglutinant au troupeau que constituait leur classe de cours généraux, ils arrivèrent dans l'amphithéâtre n°4 où l'examen blanc allait avoir lieu. Ils déposèrent leurs sacs en récupérant des feuilles et des stylos, en se retournant, ils remarquèrent que beaucoup de places étaient déjà prises, mais Baptiste s'empressa de rejoindre sa place habituelle au quatrième rang et les autres le suivirent en cherchant des places pas trop éloignées. Jennifer commenta à Michaël.
- Il a toujours ses tocs ?
- Et ça ne va pas se barrer du jour au lendemain. Il faudra toujours qu'il ait la meilleur place, et je pense qu'au fond de lui même, dans la bibliothèque, il enviait la tienne.
- Je le pense aussi ! S’esclaffa-t-elle.
Le prof surveillant ce devoir ce trouvait être Henri Backermann, un célèbre professeur de cette université, connu pour les thèses et interrogations qu'il avait porté sur la conscience et le savoir. Âgé de la cinquantaine, aux cheveux gris clairs et à la barbe blanchie, attendait que le reste des étudiants s'installent avant d'énoncer l'examen. Tout le monde prenait place en salle.
"Vous allez devoir, pendant une heure, soit rédiger une synthèse sur le livre de Stephen King, The Shining, développant les idées du créateur, soit vous pencher sur certains éléments de cette fiction pour les étendre et éplucher chacune de vos trouvailles. Cet examen ne comptera pas dans votre cursus. Il est événementiel et précède vos futurs examens qui cette fois, compteront pour le reste de votre année. Je vous souhaite à tous bonne chance et bon courage !"
Trois surveillants étaient chargés de fournir des feuilles classiques, trois par étudiants, deux pour la courte synthèse ou les passages importants, est la dernière est un brouillon. Michaël qui avait reçu ses feuilles, attendait que le professeur donne le top départ pour commencer à écrire. Quand tous les étudiants avaient chacun au minimum trois feuilles, le professeur lança le début de l'examen. Michaël griffonna son nom et prénom dans les cases respectives, la date ainsi que le thème de l'examen "Réflexion sur The Shining".
Dix minutes plus tard, Michaël avait déjà rempli recto verso un brouillon, relatant l'alcoolisme du père, Danny et son ami imaginaire, la chambre 237, les éléments choquants comme le massacre de l'ancien gardien de l'Overlook ou comme la femme dans cette chambre. Grâce au mind mapping, il reliait toutes ses idées. Lui seul pouvait s'y retrouver dans ce brouillon tellement il y en avait dans tous les sens. Après vingt bonnes minutes, il commença la rédaction et ne cessait de faire valser son stylo, enchaînant paragraphes sur paragraphes.
Après avoir remplit une page et demi, il avait encore quelques idées à appliquer, comme la relation père-fils et mère-fils. En épilogue à la synthèse, Michaël souhait parler des répercussions de l'Overlook dans la suite de cette oeuvre intitulée "Doctor Sleep" mais le gong sonna et la fin de l'examen blanc était officialisée. Les étudiants ayant déjà posés leurs stylos avaient déjà rendus leurs rédactions à Monsieur Backermann, la plupart des élèves étaient pressés et avaient un planning chargé toute leur semaines, certains trottaient pour ne pas arriver en retard à leur futur rendez-vous. Michaël fut subitement l'un deux à cause de Mattéo qui souhaitait être ramené à la maison.
9
Il s'empressa de rendre sa copie et chercha Jennifer du regard. Elle se trouvait un rang derrière Baptiste, tout à gauche, en train de saisir sa trousse et son devoir pour descendre au niveau du prof. Michaël s'empressa d'aller la rejoindre avant qu'elle redescende et en arrivant face à elle il lui expliqua qu'il était pressé, l'embrassa avec surprise et en vitesse, se rendit à l'entrée de l'amphithéâtre pour ranger ses stylos dans sa trousse afin de partir avec son sac. Sur le chemin menant au parking, en "checkant" l'heure de son portable, il prit conscience qu'il était déjà bientôt 15h15 et qu'il lui fallait vingt bonne minutes pour arriver au Lycée de Mattéo. "Bon et bien sa majesté va râler deux minutes."
En arrivant devant sa voiture, nettoyée par la pluie battante de la matinée, il remarqua que le gobelet était resté. Il s'en saisit, le déforma sous sa poigne et le mit dans la poubelle publique la plus proche. Il retourna vers sa voiture pour s'installer, alluma la radio, et sélectionna "Should I Stay or Should I Go" de The Clash depuis sa clé usb. Après avoir allumé le contact et enclenché la marche arrière pour sortir du parking, il prit la route en direction du Lycée professionnel de Mattéo.
Vingt minutes plus tard, dans un bouchon et pendant la montée mythique de "The Bohemian Rhapsody" de Queen, le téléphone de Michaël se mit à vibrer, il déverrouilla et accepta l'appel entrant en enclenchant le haut parleur mécaniquement, Mattéo avait déjà commencé à parler.
- [...]oujours en retard et après tu va me dire "Si j'étais pas allé te chercher au lycée j'aurais été à l'heure chez Leville."
- Non mais tu te fous de moi j'espère, je suis dans un bouchon à deux kilomètres, y'a un feu qui arrête pas de changer et ça bloque la circulation.
- J'espère juste que si t'es en retard ça va pas me retomber dessus. Répondit sèchement Mattéo.
- Le cabinet du docteur Leville se trouve à dix minutes à pied de notre maison c'est pour ça que maman l'avait choisi, comment veux-tu que je sois en retard ?
- Et bien je savais pas j'ai jamais été chercher où se trouvait ton psy. Répliqua Mattéo sans arguments.
- Allez raccroche si je me fais voir en train de... et il a raccroché... Soupira Michaël.
En déposant son portable sur la boite à gants, il remarqua que la circulation se fluidifiait petit à petit et que les feux redevenaient normaux. Il passa la seconde, puis la troisième, et retrouva Mattéo deux petits kilomètres plus loin, sur un banc dans un arrêt de bus, attendant Michaël. Il remarqua la Golf puis il se leva et s'approcha pour ouvrir la porte côté passager. Il s'installa à l'intérieur et boucla sa ceinture, en remarquant que Michaël avait oublié de mettre la sienne, puis il referma sa porte.
- Tu me fais un sermon pour le téléphone en me disant de raccrocher alors que t'a pas de ceinture, ta crédibilité s'effrite. Annonçait Mattéo avec un sourire narquois.
-Tu sais que si tu commence directos par me saouler je te jette dans un quartier craignos de Lyon après t'avoir forcé à écouter du métal tout le long du trajet ? Déclara Michaël en enclenchant la seconde.
- Non merci, ça va aller pour ta musique de hardeux.
- Oh tu deviens poli, un petit pas pour l'homme. Applaudit Michaël en lâchant le volant.
Après quelques minutes de trajets, pendant lesquelles Mattéo avait le total contrôle sur la clé usb, Michaël n'arrêtait pas de penser à ses cahiers de rêves et si ils étaient liés à un problème d'identité personnelle. "Car je sais qui je suis mais j'ignore encore pourquoi." murmura Michaël.
- Ah, t'a viré timbré, ça y est ? Demanda Mattéo en regardant Michaël avec de grands yeux.
- Non je réfléchissais et c'est sorti tout seul, à cause de mes soucis nocturnes...
-Ah ? T'aura toute une heure pour parler de ça avec Leville.
-Ouais c'est sûr, mais ça m'obsède.
Mattéo, souhaitant écarter le sujet de rêves gênants, se rappela de ce que Michaël avait murmuré au petit déjeuner, le matin même.
- Et cette fille alors, que tu devais retrouver à la cafette, ça c'est passé comment ?
- Du coup, et bien je dirais qu'on est ensemble. Répondit Michaël avec satisfaction.
- Tu lui as mis ton cucurbitacé le sien ?
- T'es pas possible comme mec sérieux. Bien sûr que non on est pas des animaux. Déclara Michaël, déconcerté.
- Oh ça va je rigole, c'est cool que tu sois en couple, ça faisait depuis le début du lycée que tu n'avait pas eu de vraie petite amie.
- Ouais, c'est vrai que ça fait du bien. Et toi alors ? Ça se passe les amours de ton côté ?
- Oh tu sais, pour ce qui est des amours, je laisse le temps au temps. Pour le moment je suis à fond sur mes cours et AnHeartForMyWorld. L'association bénévole que je te parlais ce matin. Répondit Mattéo, passant une par une les musiques de la clé usb.
- Ah c'est donc ça le nom de ton assoc', et tu dis y être le soir ? Interrogea Michaël.
- Ouais le samedi, dimanche et mardi de dix-huit heures à vingt deux heures, quand Max ou Léo ont le temps de passer me prendre.
- C'est bientôt que t'a dix-huit ans, le permis se passe comment pour toi en ce moment ?
- Eh bien comme tu sais j'ai eu le code il y a trois mois, je passerais le permis en novembre normalement, avant mon anniversaire. Expliqua-t-il en continuant de passer les musiques pour s'arrêter sur "Space Jam" de Quad City DJ's.
Ils bougèrent tous deux leurs têtes au rythme de la musique en chantant de manière synchronisée "Yeah, if you want a hoop so shoot, baby shoot ! C'mon and slam ! And welcome to the jam ! C'mon and slam ! If, you wanna jam ! " Ils se regardèrent alors tous les deux, et Mattéo affirma " Tu sais qu'avec de bons contacts en moins de six mois on monte une tournée ? " Michaël, sourit à la proposition, et se laissa entraîner au rythme des musiques s'enchaînant aléatoirement jusqu'à la fin du trajet.
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En arrivant devant leur maison, Michaël remarqua dans l'allée que son père, Léo-Paul Solvetti, était rentré ainsi que sa grande sœur. Leurs deux voitures respectives étaient garées ; La Clio Campus bleu marine d'Elsa et la Volkswagen Passat Charat grise métallisée appartenant à Léo-Paul. En faisant une manœuvre pour contourner la berline qui était garée sur le trottoir, à côté de l'allée, Michaël se fraya un chemin pour aller se garer à côté de la Clio de sa sœur, devant le garage.
Au départ, la maison de Michaël paraissait grande et facilement vivable vu de l'extérieur, mais beaucoup d'espaces étaient gâchés par des cloisons, placards et pièces inutiles ce qui donnait l'effet d'un labyrinthe. Il y avait à la base quatre chambres, une petite cuisine, une isolation phonique inexistante, un salon bien trop grand, deux toilettes et deux salles de bain et deux salles de repos. Léo-Paul Solvetti travaillait, depuis le déménagement en 2003, dans les bureaux d'un magazine hebdomadaire en tant que chef d'équipe, à Lyon. Lui qui n'était pas vraiment bricoleur de nature, avait changé deux chambres en bureau et salle de jeux. Il avait séparé le salon en deux ce qui laissait une salle assez grande pour bâtir deux chambres. Ce qui laissait au final quatre chambres : Celle d'Elsa, celle de Mattéo, celle de Christiane et Léo-Paul et celle de Michaël. Ce papa acharné avait refait tous les travaux et l'isolation de toute la maison, du toit aux cloisons. C'est pourquoi il avait changé le garage en atelier afin de pouvoir faire des petits travaux le week-end.
Michaël coupa le contact, et Mattéo sortit de la voiture après s'être détaché et avoir prit toutes ses affaires. Après avoir arrêté la radio et récupéré son smartphone sur la boite à gants, Mika sortit de sa Golf, referma la porte et s'approcha du pas de l'entrée de la maison veste et sac dans les mains. Mattéo avait laissé la porte d'entrée ouverte et avait déjà fait la bise à son père avant de partir se relaxer dans le salon. Michaël posa son sac à côté de celui de Mattéo, ses clés sur le meuble à chaussures et mit sa veste sur un des porte manteaux. Il frotta ses chaussures sur le paillasson puis rentra dans la cuisine, où Christiane était en train de discuter avec Léo-Paul, autour de la table. Mika sentit directement une odeur parfumée provenant de la grosse casserole en fonte. Celle du rôti de porc qui avait mijoté depuis le matin dans l'ail et les oignons, avec une recette propre à sa mère. Il rentra dans la cuisine, et ses parents étaient en train de parler.
- Si tu savais le nombre de fois où Joel à essayé de me faire porter le chapeau pour des trucs... mais ne t'inquiète pas ma puce, je vais lui faire regretter de m'avoir une nouvelle fois provoqué.
- J'espère bien que tu vas lui faire regretter à ce ... voyou ! Pourquoi donc fait-il ça ? Comment diable cette histoire a commencé ? Demanda Christiane.
- Avec un rapport qu'il n'avait pas rendu, sauf qu'il affirmait le contraire et c'est allé de plus en plus loin. J'ai déjà retrouvé de la nourriture à moitié mangée dans mon tiroir à feuilles blanches. Je suis sûr que c'est lui mais il n'y a jamais aucune preuve. Il me rend dingue. Affirma Léo-Paul.
Michaël s'interposa à la discussion pour faire la bise à son père et fit un coucou à sa mère en ponctuant "Re M'man !" avant de se diriger vers le salon, il jeta un œil à l'écran de télévision dans la cuisine, qui était encore allumé et affichait un score de quatre contre un pour le Dortmun contre le Real Madrid. Il pensa alors en haussant les sourcils. "C'est pas Julien qui mise régulièrement sur le Dortmun ?"
Dans le salon, Mattéo, en train de discuter avec ses amis sur Facebook son casque sur les oreilles, était posé dans le canapé devant la télévision. Elle diffusait un programme scientifique et psychologique ludique sur la 24, un genre de "C'est pas sorcier" mais plus portée sur le psychisme humain. Michaël jeta un œil sur l'écran de son portable, qui affichait 16 h 07, et s'installa à côté de son frère pendant un moment, pour regarder l'émission.
Le présentateur, revêtu d'un pull noir à deux boutons, à la barbe bien taillée et à l’expression neutre, introduisait le thème de ce jour, la manipulation.
" Depuis la nuit des temps les gens manipulent les autres. Le mensonge est une forme de manipulation, qui consiste à faire croire que ce qu'on dit est vrai. Il y a aussi l'incitation qui est plus compliquée où le but est de bâtir le consentement de l'autre. Plus tard dans l'émission, nous reverront les différentes techniques pour parer l'incitation et déceler le mensonge. Tout de suite, une interview de Paul Ekman sur les bases de la micro-expression."
Mattéo retira un des écouteurs de son casque et se tourna vers Michaël.
- Dit Mika. J'aurais bien besoin d'un petit conseil toi qui est littéraire.
- Je t'écoutes. Qu'est-ce que tu veux savoir ?
- Voilà. J'ai une amie qui va fêter, comme moi, son anniversaire fin novembre. Elle est fan de bouquins et je ne sais pas trop quoi lui offrir.
- Elle regarde des séries d'un style particulier ? Une préférence en films ?
- Elle aime les séries style fantastique, genre "Sense8" ou "Stranger Things". En film elle est fada depuis son enfance de Jim Carrey, avec "The Trueman Show" en pole position.
- Offre lui Carrie ou Charlie de Stephen King, ça pourrait l'intéresser. Elle te plais, cette fille ?
- Non tu sais, je ne me suis pas vraiment posé la question. C'est une bonne amie depuis le collège et elle m'a aussi rejoint dans l'association. Donc tu dis Charlie ou Carrie... et c'est quoi ces bouquins ? Demanda-t-il en essayant de s'intéresser.
- Charlie parle d'une petite de 7 ans qui a un pouvoir qu'elle ne contrôle pas, la pyrokinésie, et le gouvernement la poursuit elle et son père pour son pouvoir. Carrie c'est une jeune fille pas très belle, au lycée, la risée des autres étudiants et détenant des pouvoirs télékinétiques puissants. Ça vaut la lecture.
-Ah ouais... la gamine qui contrôle le feu j'aime l'idée. Je pense que je vais lui prendre ça. Merci Mika !
Mattéo remit l'oreillette de son casque et fit un signe du pouce avec un sourire en direction de Mika, celui ci sourit en retour et jeta un œil à l'heure sur son smartphone.
Il était 16h18. Michaël s'empressa de se lever du canapé et patina sur le parquet du salon en allant en direction de l'entrée. Christiane le regarda passer en trombe et le rejoignit, accompagnée de Léo-Paul.
- Du coup, pour ce soir je vous ai préparé un rôti de porc, on va dîner en amoureux, nous ! S'exclama Christiane en regardant son mari, excitée.
- Comme ta sœur va au travail après manger, c'est toi qui surveille ton frère. Ordonna Léo-Paul.
- J'ai pas trop le temps ! Mais ça se passera bien ne vous inquiétez pas. Vous serez partis quand je reviendrais de chez Leville ? Questionna Michaël.
- T'es à moins de cinq minutes en voiture mon chéri, calme toi il est presque 16h20. Et oui on sera partis se balader, avant d'aller manger au restaurant. Raconta Christiane
- Oh, et bien bonne ballade ! Et je sais que je suis pas loin mais j'y vais à pied d'habitude, alors j'y vais comme d'habitude.
Michaël saisit son trousseau de clé, fouilla dans son sac et en sortit son cahier de rêves pour s'en saisir et y insérer ses trois feuilles de cours sur l'identité personnelle à l'intérieur. Il s'approcha de ses parents pour leur faire une bise, puis il ouvrit la porte d'entrée.
11
Une fois dehors, il sortit ses vieux écouteurs qui avaient étés fournis avec un portable, des années auparavant. Il les enfila dans ses oreilles et commença à marcher dans la rue, en branchant le câble jack dans son smartphone. D'abord dans son quartier d'enfance, puis devant le quartier de Baptiste, ensuite devant les dizaines de petits quartiers résidentiels pour finir devant la grande galerie commerciale que Mika appelait depuis tout petit "Le cube".
C'est un énorme bâtiment cubique, ouvert sur les trois étages de manière rectangulaire, offrant à l'intérieur toutes sortes de services : Épicerie, boutiques de vêtements, pharmacie, boulangerie, et quelques locaux utilisés par une équipe de psychiatres de dentistes. En rentrant dans ce "cube", Mika avait l'habitude de jeter un œil aux pâtisseries avant d'aller chez Leville, et toutes les semaines, il s'achetait une petite friandise. Cette fois ci, il choisit un éclair au chocolat. En regardant l'heure qui ne cessait de tourner, Mika régla en laissant deux euros à la boulangère puis accéléra sa route en direction du second étage. En arrivant en haut des marches, il vit quelqu'un sortir du cabinet de son psychiatre. Il s'approcha en marche rapide, Dreamcatcher sous le bras et éclair en main, puis saisit la porte avant qu'elle ne se ferme. Michaël rentra à l’intérieur de la salle d'attente vide de monde et s'installa dans l'une des nombreuses places. Il y avait beaucoup de jeux d'enfants, quelques magazines sur la table basse et une flopée de livres enfantins dans une petite bibliothèque. Mika était l'une des rares personnes au dessus de l'âge de dix-huit ans que Leville voyait. Une sorte de compassion solide s'était forgée pour ce psychiatre quand cet enfant à l'âge de huit ans, à la cuisse éclopée, faisait des crises d'angoisses et ne rêvait plus normalement. Depuis ces temps, Jean-Claude Leville n'avait cessé les rendez-vous hebdomadaires car même si aujourd'hui il ne pensait pas trouver de réponse, il savait qu'avec le temps la lumière s'éclairerait.
Michaël l'entendait parler au téléphone avec un de ses patients, dans son cabinet. Pendant l'attente, il finit son éclair en déverrouillant son smartphone, puis il ouvrit l'application Facebook où l'icone "2" rouge signifiait deux notifications. L'une était un message privé de Baptiste : "Freddie m'a dit que demain soir on mange chinois, toi aussi ?" et l'autre était une invitation en ami de Sarah Trestel. Il accepta donc l'invitation et répondit affirmativement à la question de Bapt. Quelques instants plus tard, la porte du cabinet s'ouvrit, laissant entrer en salle d'attente le Docteur Jean-Claude Leville, un quinquagénaire portant une chemise à carreaux boudinante et un jean, coiffé d'une manière aussi sobre qu'élégante.
- Bonjour Michaël, tout vas bien aujourd'hui ?
- Impeccable M'sieur, j'ai peut être une réponse à certaines question qu'on se pose depuis tant d'années, et j'ai une copine !
- C'est parfait ça une petite amie. Ça faisait bien deux ans que tu ne m'avais pas parlé d'une fille en particulier. Je t'en prie, entre et installe toi, on va commencer la séance.
Michaël rentra dans le cabinet qu'il côtoie depuis onze années : Une petite salle éclairée par une fenêtre sur la droite, où se trouve le bureau de Leville, ordonné avec un ordinateur portable installé, une bouteille d'eau à moitié remplie, une tablette tactile et trois chaises disposées autour. Sur la gauche il y avait une commode rassemblant une bonne trentaine de jeux de sociétés pour enfants, sans compter la dizaine de jeux relaxant pour les enfants hyperactifs. À côté de cette commode se trouvait un petit meuble rassemblant crayons de couleurs, feutres et feuilles blanches. Au fond à gauche de la pièce, un long sofa était disposé de l'autre côté d'une table basse en verre, et deux fauteuils opposés par rapport à cette table. L'ambiance était volontairement très calme. Un aquarium avec une demi douzaine de poissons ainsi que quelques plantes en pot ravivaient la pièce, mais l'ensemble restait très sobre. Michaël s'installa dans un des fauteuils et déposa son "Dreamcatcher Oct 2017" sur la table basse, puis, il l'ouvrit au niveau des feuilles de cours. Après les avoir disposées dans l'ordre sur la table, il chercha dans son cahier de rêves la page qui remontait à sept jours plus tôt, la nuit du 6 Octobre 2017. Leville s'installa dans le fauteuil d'en face, et commença à lire les feuilles de cours de Michaël.
- L'identité personnelle... distingue des autres... mmhm... les problèmes liés à l'identité personnelle... Ah... Oui en effet je vois pourquoi tu te pose ces questions, tu parles de journal intime dans tes cours, et tu as fait une flèche sur "Dreamcatcher". Si tu n'es pas sûr je vais te le demander. Qui est tu ?
- Michaël, surprit par la question, répondit en bégayant.
- Je.. Qui je suis ? Je suis Michaël Solvetti. Répondit il en haussant un sourcil, se demandant où cette histoire allait les mener.
- Et quand tu dors, tu reste Michaël, n'est-ce pas ?
- Oui ... en quelque sorte, vous savez bien.
- Oui, je sais bien. C'est vrai que tes rêves ne nous ont encore jamais rien expliqués, mais tu reste toi même. Tes rêves ne sont pas liés à un problème d'identité personnelle, ils sont le fruit d'un choc dramatique, Michaël.
- Donc ces cours ne pourraient pas m'aider ?
- Ça, on ne le sait pas, nous nous pencherons dessus en fin de séance. Tout de suite, il faut que tu me fasse un résumé de tes sept derniers rêves, comme d'habitude.
" Le 6 Octobre : Je m'étendais sur la plage, dans le sud de la France à Marseille et j'étais aux côtés d'une femme endormie sur sa serviette. Il ne se passait pas grand chose dans celui là.
Le 7 Octobre : J'étais à Paris, dans un appartement de banlieue. J'ai traîné un peu dans l'immeuble et la rue mais il faisait froid, je suis donc retourné dans l'appartement en attendant la fin de mon rêve.
Le 8 Octobre : Je me trouvais dans une ambassade française au Vietnam. J'étais dans un bureau avec la photo d'un type qui ne me disait rien du tout, accompagné du Président Vietnamien.
Le 9 Octobre : Là je savais pas du tout dans quel pays je me trouvais. Tout était écrit en cyrillique donc j'ai rien compris. Il faisait extrêmement froid car j'étais dans un appartement vraiment mal isolé. Et dehors, pour couronner le tout, il y avait tempête.
Le 10 Octobre : Cette nuit là je me trouvais à Lyon dans une boite où j'étais déjà allé avec Freddie et Ju, il y avait beaucoup de musique et c'était la fête, du coup j'en ai profité au lieu de travailler sur le rêve.
Le 11 Octobre : J'étais dans un studio de tournage à Hollywood, et je devais réciter un texte que je ne connaissait pas c'était la cata'.
Le 12 Octobre : Cette nuit, c'était dans un avion de ligne que je me trouvais, aux cotés de plusieurs passagers, à part le fait que certains m'observaient, pas grand chose non plus dans celui là."
Le Docteur Leville se mit debout. Il commença à frotter son fin bouc noir parsemé de poils blancs, puis se mit à faire des vas et viens dans une marche lente, entre la table et le bureau.
- Quand tu dis, "un type qui me disait rien du tout", tu pourrais le reconnaître si on le trouve sur internet ? Questionna Leville en se tournant vers Michaël.
- Comment ça ? Reconnaître le type en photo ? Avec le président vietnamien ? On pourrait essayer.
- Tu te souviens de son visage ?
- Vaguement, c'était en même temps l'une de mes seules sources de divertissement. Répondit Michaël en haussant les épaules.
Leville s'approcha de son bureau et saisit sa tablette tactile qu'il déverrouilla aussitôt. Il se mit à marmonner " Photo..ambassadeur français... président Vietnamien...Tran Dai Quang..." Leville continua ses recherches sur sa tablette, puis il montra une photo à Michaël. Celui-ci écarquilla les yeux. Cette photo se trouvait être l'exacte photo qu'il y avait dans son rêve.
- C'est quoi ce délire. Se demandait Michaël à voix haute.
- Cette photo là ? Demanda Leville, en fixant Michaël de ses yeux noirs.
- C'est exactement la même photo. Tran à côté de cet homme au menton remonté. Comment ça se fait ?
Leville vérrouilla sa tablette, il était en total questionnement. Comment était-ce possible. Il demanda donc à Michaël :
- Tu avais déjà vu cette photo avant ton rêve, le 8 Octobre ?
- Avant ce rêve ? Je m'en souviens plus trop de ce que j'ai fais, mais comme souvent je traîne sur Facebook ou alors je me mate un film selon mes humeurs, sinon un documentaire. C'est possible de l'avoir vu quelque part et de l'avoir assimilé dans mon subconscient.
- Oui, c'est ce que je pense aussi. Affirma Leville.
Il posa sa tablette sur son bureau puis il retourna s'asseoir en face de Michaël, sur le fauteuil. Le jeune Solvetti reprit une de ses feuilles de cours, celle à propos de Locke et de son histoire sur le prince et le mendiant. C'est après deux bonnes minutes de relecture qu'il demanda à Leville.
- C'est possible ce genre de trucs ? Inverser les consciences ?
- Impossible. Du moins, pour le moment au vu de nos technologies actuelles. Répondit Leville d'un ton assuré.
- Ouais c'est sûr. On a même pas encore trouvé un moyen d'aller dans un planête habitable, alors inverser les consciences... j'imagine que c'est pas pour demain. Mais je me pose une multitudes de questions par jours à propos de mes rêves, vous savez. Pourquoi tant de pays différents. Pourquoi sont ils si réalistes et à la fois incohérents ?
- Je sais que ça t'obsède, mais justement, maintenant que tu as une copine, consacre lui du temps. Conseilla le Docteur Leville.
- Demain je mange chinois avec Baptiste, Freddie, Julien et Jennifer. Répliqua Michaël en lui faisant un grand sourire.
- C'est Jennifer ta copine ? Tu ne m'en avais jamais parlé. Demanda Leville.
- En même temps, on parle tout le temps de mes rêves... Rétorqua Michaël en penchant légèrement sa tête sur le côté.
Leville saisit la feuille concernant Locke et prit un moment pour lire la courte histoire. Après réflexion, il annonça.
- J'aime l'idée que Locke a développé dans son histoire. Cette question en dessous qui porte à confusion m'a particulièrement attiré l’œil. " Si on a accès aux souvenirs d'une personne, est-ce qu'on peut donc lui prendre son identité personnelle ? "
- Oui, je dois développer une réponse à cette question pour lundi. Acquiesça Michaël.
- Sur combien de pages ? Demanda Leville.
- Une par question habituellement, sinon plus. Mais pour celle ci une seule est nécessaire. Répondit-il.
Leville se remit debout et s'approcha du bureau pour récupérer sa bouteille d'eau. Il en but une lampée puis se retourna vers Michaël.
- Tu es un étudiant studieux. Je te connais depuis longtemps et dès le jeune âge tu apprenais vite. Je ne me fais pas de soucis pour toi.
- Merci mais je ne dois ça qu'à mes parents qui n'ont cessés de m'apporter tout le bonheur qu'il me fallait.
- Non Michaël. Ce que tu réussis, tu le fais avant tout pour toi.
Leville s'approcha de la table basse et s'appuya sur le dossier de son fauteuil, puis dans l'élan, il annonça. "Michaël, ça fera une heure dans quelques instants, je vais te briefer sur ce qu'il faudra que tu fasse pour la semaine prochaine. Allons nous installer au bureau, veux-tu ?" Le jeune Solvetti rassembla toutes ses affaires dans son cahier et s'en saisit avant d'approcher du bureau pour s'installer sur une des chaises.
Jean Claude Leville n'arrêtait pas de pianoter sur son clavier tout en parlant à Michaël.
- Donc je note dans mon rapport qu'aujourd'hui on a parlé des questions que tu te posais sur l'identité personnelle. Je note aussi ton rêve ainsi que la photo de l'ambassadeur français au Vietnam. Tu pourrais m'envoyer un mail contenant un scan de tes cours ainsi que tes sept derniers rêves ? Je compte les relire pour voir si on a rien loupé.
- Pas de problème monsieur Leville. Je vous envoie tout ça dans le weekend.
Michaël se mit debout, serra la main de son psychiatre, et s'avança en direction de la sortie. En passant par la salle d'attente, il remarqua qu'une jeune maman accompagnait son petit garçon qui jouait avec des figurines de cow-boy. Il salua la femme d'un geste de tête puis sortit à l'extérieur, au deuxième étage de la galerie.
12
Comme à son habitude, il descendit les marches jusqu'au premier étage afin d'acheter une bouteille d'eau dans le distributeur. Le soleil se couchait avec une certaine lenteur. Les lumières de la galerie étaient déjà allumées mais le nombre de personnes dans la galerie en revanche, ne faisait qu'augmenter. Michaël se fraya un chemin dans les escaliers pour sortir de ce cube infernal remplit de monde après 17 heures. Une fois à l'extérieur, il brancha ses écouteurs sur son smartphone, et lança sa playlist " Rock et autre " avant d'enclencher la marche en direction de chez lui, son cahier dans une main et sa bouteille d'eau dans l'autre.
Sur le chemin qui s'assombrissait, Michaël chantait à tue-tête les paroles de Stairway to Heaven tout en regardant le paysage qui changeait de couleur au fil des minutes. En arrivant devant le quartier de Baptiste, il observa que sa voiture y était garée, ainsi que celles de ses parents. Il changea alors de cap et s'en alla en direction de chez la famille Berlat.
En arrivant devant la maison, il entendit Baptiste s'engueuler avec ses parents, un verre se cassa même dans l'engueulade. "C'est pas possible d'être aussi con, Baptiste ! " Entendit-il de la voix du père Berlat. Michaël ne voulais pas être témoin de ça. Il fit demi tour en direction de son quartier pour rentrer chez lui, deux-cents mètres plus loin. Une fois devant sa maison, il ne restait plus que la Clio de sa sœur, ainsi que sa Golf garée à côté. Il s'avança jusqu'au palier, frotta ses chaussures au premier paillasson et ouvrit la porte d'entrée. Après avoir retiré ses chaussures, il les posa dans le meuble qui y était dédié, puis il continua sa route dans les escaliers, jusque dans sa chambre. Une fois à l'intérieur, la lumière du soleil n'éclairait plus assez pour y voir clairement. Mika alluma sa lampe de chevet, posa son sac et en retira son cahier de rêves pour le poser sur sa table de chevet. Dans la foulée, il s'étala dans son lit.
Après s'être frotté le visage des deux mains, il sortit son portable, le déverrouilla, et lança internet. Il entra "Identité personnelle" dans sa barre de recherche afin d'approfondir le sujet. Il éplucha des dossiers sur Locke approfondissant le sujet ainsi que les thèses et contre-thèses afin d'essayer de trouver des réponses. Mais après une dizaine de vidéos sur Youtube, une vingtaine d'articles survolés et quelques faits divers lus, Michaël n'obtint pas la réponse qu'il souhaitait. Son ventre se mit à gargouiller fortement, il regarda alors l'heure qui était passé vite au fil des recherches, il vit que 19h30 approchait et c'était l'heure à laquelle la famille Solvetti avait l'habitude de dîner. Après s'être levé et étiré, Michaël sortit de sa chambre pour se diriger vers celle de son frère. Il toqua et Mattéo ouvrit la porte, une dizaine de secondes plus tard. Il se tint devant l'ouverture de la porte, et demanda à Michaël :
- Re, c'est pour quoi ?
- T'as faim ?
- Oh ouais carrément, elle est là Elsa ? Répondit Mattéo en salivant.
- Ouais il y a sa voiture, je vais voir si elle est dans sa chambre.
À la fin de sa phrase, Michaël entendit un bruit métallique de couverts et de casseroles dans la cuisine.
- Ah, apparemment elle est déjà en bas. Tu te prépares pour descendre ? Demanda Michaël
- On va pas à un gala, j'te suis. Répondit Mattéo en levant les yeux au ciel.
C'est alors que Michaël et Mattéo descendirent les escaliers afin de rejoindre leur sœur qui réchauffait le rôti de porc avec des spaghettis.
- Ah bah vous voilà, la pile et la grande perche réunie ça va être un dîner d'enfer.
- Tu nous a préparé des crêpes, " patacrèp' " ? Demanda Michaël à Elsa avec un sourire narquois.
- Ça ne va jamais me lâcher cette histoire de pâte à crêpes. Je vais vous prouver ce soir, car je t'ai vu venir Mika... on va manger... des crêpes ! Déclara-t-elle en réajustant le nœud de son tablier.
- Quel surnom génial tu lui a donné Mika... maintenant on a un rôti et des crêpes. S'émerveilla Mattéo.
Mattéo se chargea des assiettes tandis que Michaël s'occupait de mettre les verres et les couverts sur la table. La grande Elsa, devant les plans de travail, portant un tablier autour de sa fine taille, s'équipa de mains chaudes pour déverser les pâtes qu'elles faisait cuire dans une passoire. Mattéo, d'humeur taquin, tapota le bras gauche de son frère.
- Eh Mika, on lui fait croire qu'elle est tatie ? Chuchota-t-il avec un sourire narquois.
- Oh, ça y est, tu va tout lui dire à propos de Jennifer après elle va pas arrêter de me poser des questions. Soupira Michaël en se frottant les yeux.
- Que quoi ?! Demanda subitement Elsa en retirant ses mains chaudes.
- Rien ! S'exclama Michaël.
- Il a une copine ! Annonça brièvement Mattéo avant de s'enfuir dans le salon.
- Quel gamin. Commenta Michaël en faisant tomber sa tête en arrière.
- Elle s’appelle comment ? Je veux tout savoir ! Interrogea Elsa, excitée, en ramenant les plats à table.
- Jennifer, elle a mon âge et je la connais depuis le lycée. Expliqua Michaël désespérément.
- Je l'ai déjà vue ? Demanda Elsa en haussant un sourcil.
- Peut être une ou deux fois dans la boite de nuit où tu bosse, avec Baptiste. Mais ça n'a pas du te marquer.
- La martiniquaise super bien foutue ? Questionna Elsa avant de servir l'assiette de ses frères.
- Non la petite brune, coiffée avec des anglaises le plus clair du temps.
- Ah ! Celle qui avait des tâches de rousseurs, ça me revient. Elle est mimi elle aussi. Alors tu sors avec du coup ?
- Depuis ce matin, enfin... on s'est embrassés quoi. Expliqua Michaël.
- Mattéo ! Ton assiette est servie ! Cria Elsa de façon à ce qu'il entende depuis le salon.
Mattéo accourra à la cuisine en trottinant de manière à laisser traîner la pointe des pieds. En arrivant à la table en s'exclama "Enfin !". Pour amuser la galerie, il fit marche arrière en articulant bizarrement "Infen !" comme s'il avait été inversé au magnétoscope, puis il revint à la table comme si rien ne venait de se produire. Il s'installa sur sa chaise et comme ça à manger, sans expression. Michaël et Elsa se regardèrent aussitôt avec toute l’empathie qu'ils portaient à leur mère.
La télévision de la cuisine était comme d'habitude allumée mais Elsa avait changé la chaîne d'informations pour un programme plus détendu, une rediffusion de The Mask, joué par Jim Carrey. Pendant que Mattéo et Elsa discutaient à propos de l'association AnHeartForMyWorld, celle qui dispose d'un stand en centre ville, dans la nouvelle galerie commerciale. Michaël était en train de manger les yeux grands ouverts devant The Mask. Stanley Ipckiss, un banquier raté vivant dans un appartement seul avec son chien Milou. Dans cette scène, Ipckiss enfilait le masque qu'il avait retrouvé plus tôt dans la rivière. Après l'avoir mit, Ipckiss devenait "The Mask" Il était vert, drôle et très rapide, avec la possibilité de changer de forme à volonté. En finissant son assiette de rôti, Michaël sourit à la scène qu'il trouva particulièrement hilarante, quand Elsa lui demanda.
- Eh, Michaël, tu compte le faire toi aussi ?
- Comment ça ? Retourna Michaël, abasourdi.
- Rejoindre l'association avec Mattéo, ça pourrait être bien.
- Oh tu sais, au vu du nombre de devoirs surveillés et d'examens qu'on aura cette année va être tendu d'avoir du temps pour autre chose, mais je vais y réfléchir. Répondit Michaël en haussant les épaules.
- L'idée ne viens pas de moi mais de la pâte à crêpe à côté. Mais évidemment si tu veux tu peux venir, chacun est libre de participer. Déclara le benjamin de la famille. Dimanche ça te dis de passer ? On va faire une vente spéciale. Demanda Mattéo en débarrassant son assiette et celle de leur sœur.
- Vers quelle heure dimanche ? Michaël en se levant pour aider à débarrasser la table.
À partir de 10 heures du matin j'y serais. Affirma son frère en déposant les assiettes dans le lave-vaisselle.
- Pas de soucis alors je passerais dans la journée. C'est à la nouvelle galerie en ville c'est ça ? Questionna Michaël tout en se saisissant du gros plat en fonte contenant le rôti.
- Exactement, mais de toute façon on en reparlera demain matin si t'es levé. Répondit Mattéo en ouvrant le réfrigérateur.
Michaël s'approcha des plaques de cuissons pour y déposer le plat, et c'est en remettant le couvercle dessus qu'il remarqua qu'Elsa avait préparé une vraie pâte à crêpe, d'une couleur vive et bien liquide. Il se retourna alors vers la table.
- Mattéo ! Il faut que tu vienne voir ça, cette fois ci y'a la texture qu'il faut pour la pâte, on dirait qu'elle tient le bout ! Acclamât-il.
- Bravo grande sœur ! Applaudit Mattéo en s'approchant de Michaël.
- Au lieu de vous moquer, bande de charognards purulents, préparez moi ces crêpes qu'on en mange une ou deux chacun. Ordonna Elsa, outrée.
- Affirmatif Lieutenant, mais je souhaite arrondir la ration à trois crêpes. Répliqua Mattéo en ouvrant le placard à friandises, contenant le sucre glace et un pot de crème de marron, rempli de morceaux, spécialement confectionné pour lui.
- Qu'il en soit ainsi... Soupira-t-elle en levant les yeux au ciel, fatiguée.
Michaël, qui avait mit le feu sous une poêle, en frotta l'intérieur avec un essuie-tout huileux avant de déverser l'équivalent d'une crêpe à la louche. Après en avoir préparé une dizaine qu'il avait déposé dans une assiette, il emporta le pot de crème de marrons du réfrigérateur et les confitures à table, puis ensuite la pile de crêpe. Comme s'il n'avait pas mangé pendant plusieurs années, Mattéo s'empiffra 4 crêpes, trois avec sa crème de marrons et une nature avec un peu de sucre glace. Elsa s'en contenta d'une à la confiture de framboise et Michaël opta pour deux crêpes à la crème de marrons familiale. Après avoir finit de manger devant The Mask, Mattéo débarrassa les pots de crème de marrons et les confitures de la table. Dans le mouvement, il fit un signe de main en remettant son casque de l'autre et souhaita bonne nuit à Elsa et Michaël.
L'aînée était en train de rigoler devant son smartphone sur Instagram tandis que Michaël terminait d'enlever ce qui restait sur la table avant de passer un coup d'éponge. C'est quand Mika finit sa dernière bonne action de la journée qu'Elsa l'interrompt dans sa marche.
- Mika, avant que tu ailles te coucher.
- Ah oui, bonne nuit ! Répondit Michaël en changeant de trajectoire pour faire la bise à sa grande sœur.
- Je vais aller au travail dans pas longtemps, ça va le faire ? Demanda-t-elle en lui faisant la bise sur les deux joues.
- Comment ça ? Comme d'habitude, je vais me coucher après avoir maté un film ou une série, et demain, comme tous les samedis matin, je vais faire une bonne heure et demie de course à pied. Demanda Michaël en retournant passant le pas de l'arche.
- Mais non Michaël, je te parle de Mattéo, ce soir. Reprit Elsa.
- Il faut que tu arrêtes de le voir comme l'ado inarrêtable qu'il était, il va devenir majeur. Rétorqua Michaël en montant les escaliers avec une lente allure.
- Ouais mais dans sa tête il va rester un peu ado quelques années, je sais ce que c'est. J'en viens tout juste. Ajouta-t-elle en haussant le ton.
- Ne t'inquiète pas. Bref. Bon courage pour le taf, à demain Patacrèp' ! Termina Michaël, parlant de plus en plus fort au fur et à mesure qu'il s'éloignait de la cuisine.
13
En entrant dans sa chambre, il alluma la lumière et sortit son portable. Il se mit à appuyer frénétiquement sur le bouton sensé déverrouiller le téléphone, dans un soupir, il admit qu'il n'avait plus de batterie. Accroupit, il brancha son téléphone sur la prise murale, du côté de sa table de nuit, et s'étendit sur son lit. Il constata dans l'instant qu'il avait vraiment passé une bonne journée. Malgré Théophile Jagnard, tout était parfait. Même la séance avec Leville, qui avait été plus animée que d'habitude, avait peut être apporté d'autres questions plus pertinentes pour trouver des réponses concrètes. "Au moins une réponse." Murmura Michaël en saisissant son smartphone pour l'allumer. L'écran de démarrage fit surface et une bonne minute plus tard, Mika entra son code pin et déverrouilla son portable. Deux messages, un appel manqué de Baptiste et un petit "3" rouge sur l'icone Facebook étaient indiqués. Michaël appuya de l'index l'icone des messages. Il en avait reçu un de Jennifer, et un de Baptiste. Il ouvrit alors le message de Jenny, qui lui demandait comment le rendez-vous chez Leville ainsi que la soirée qui a suivi. En répondant brièvement que tout s'était bien passé et qu'il lui en parlerait en détail le lendemain, Michaël passa à la conversation de son ami pour en lire sa détresse. "Il y a des jours comme ça, j'ai juste envie de me barrer et de recommencer une nouvelle vie ailleurs." Michaël répondit directement à Baptiste en lui conseillant de relativiser et de se lever le lendemain matin pour venir faire un footing. Le jeune Berlat, habituellement répugné du sports et particulièrement la course à pied, répondit au message en acceptant l'invitation de son ami.
Michaël lança l'application Facebook, trois notifications s'affichaient. Un message de Julien, qui demandait si Baptiste allait venir au restaurant le lendemain soir, et des commentaires ainsi que des likes sur une photo de Théo Jgn. L'abréviation de Théophile Jagnard. Sur cette photo, Michaël était notifié aux yeux de tous, il appuya dessus et la photo apparut.
Il s'agissait en réalité d'une photo de la Golf de Michaël à gauche, souillée par un grand café crème sous la pluie. Et à droite Michaël tiré par Jennifer, marchant en direction de l'entrée de la cafette, main dans la main.
Il y avait une bonne quinzaine de likes – En principal des sportifs du campus – par rapport à la voiture souillée. Jennifer Clanet avait été l'une des seules, avec Freddie, à avoir mis un cœur avec le seul commentaire dans la section. C'était une image représentant un homme recouvert d'argent avec marqué en gros au dessus de lui "Haters gonna hate", littéralement "Les rageux vont rager". Michaël sourit en se disant qu'il était quand même bien tombé. Pleine d'humour, très mignonne, sarcastique et au final, extravagante. Sa nouvelle petite amie qu'il côtoyait depuis le début du Lycée était une femme en or.
Après avoir passé de nombreuses publications, entre les photos des amis et les pages qu'il a aimé depuis ses débuts sur Facebook et toutes les sections de commentaires, Michaël bloqua un moment sur la rediffusion d'une émission sur une nouvelle révolution. Celle qui se passait en Russie. Elle provoqua la fin du mandat de Vladimir Poutine ainsi que tout son parti pour réorganiser de nouvelles élections. Les meilleurs candidats aux scrutins pour remplacer le Président se trouvaient être ; Glyceria Nazarova, Cornelius Efremov, Zakhar Serov et Luke Abramov. Les présentateurs de l'émission étaient excités à l'idée qu'une nouvelle personne remplace celui qui avait gouverné pendant tant d'années. La photo de la totalité des 12 candidats sélectionnés passait dans un bandeau en bas d'une photo du Kremlin. Ces gens avaient l'air tous autant charismatique les uns des autres. Les femmes avaient l'air froides mais sûres d'elles. Les hommes se tenaient avec détermination dans une posture noble.
Michaël, qui fermait de plus en plus les yeux, jeta un œil à l'heure et remarqua que minuit approchait. Il ouvrit son application réveil et le régla sur le Samedi 14 Octobre à 7 heures du matin.
Après avoir baillé une bonne dizaine de fois Michaël sombra dans la fatigue. De plus en plus léger avec la pesanteur qui petit à petit s’efface. Il se sentit partir dans son rêve comme quelqu'un de propulsé par un canon, le vent ne cessait d'exercer une pression sur son visage et ses vêtements.
"Je suis en train de voler ?"
14
C'est en ouvrant les yeux, les bras autour d'une personne pilotant une Yamaha MT-09 lancée à toute vitesse dans un trafic urbain lourd que Michaël émergea de sa réalité. La température se trouvait être extrêmement froide et l'atmosphère humide. Mika n'avait aucune idée de ce qui se passait. Il prit une dizaine de centimètres d'écart pour observer la personne qui pilotait. Sous son casque noir, de longs cheveux bruns virevoltaient devant le col de sa veste en cuir. Sur la partie haute du col, derrière la chevelure dansante de la pilote, Michaël remarqua des écritures cyrilliques dorées. Ne sachant pas le lire, il ne s'attarda pas sur ce détail mais porta son attention sur ce qu'il se passait autour. Les voitures ne cessaient de klaxonner au fur et à mesure qu'ils les dépassaient, cette femme conduisait d'une manière très dangereuse et à une vitesse effrayante. Michaël essaya de se redresser au dessus de son épaule mais la gravité provoquée par la vitesse, qui ne cessait de croître, l'empêcha de voir le compteur d'où il se trouvait. Pourquoi allaient-ils si vite ? Et qui était cette femme ? N'ayant pas trop le temps de s'attarder sur des questions auxquelles il était sûr de ne pas avoir la réponse, il observa plutôt ce qu'il se passait autour. Étaient-ils en train de poursuivre quelqu'un ? Ou alors étaient-ils poursuivis ? La pilote coupa la trajectoire d'une voiture à une vitesse phénoménale au risque de se faire percuter mortellement. À cet instant, Michaël comprit qu'il était poursuivi. Dans l'action, il vit en penchant sa tête sur la gauche ce qui se passait derrière. À une vingtaine de mètres, vrombissant et tenant la distance, deux Ducati Supersports S noires mat slalomaient autour du trafic. Plus loin derrière, il remarqua qu'une grosse berline, une Mercedes Classe E, dépassait les voiture en osant faire des contre-sens extrêmement dangereux. Plus tard, quand la moto se stabilisa, il jeta un œil par dessus son épaule droite. Michaël observa que deux autres véhicules étaient à sa poursuite : Une grosse Audi Q5 aux vitres teintée dépassant par la droite dans des manœuvres barbares, frottant et heurtant la carrosserie des voitures sur leur chemin. Et dix mètres plus loin, rugissant comme une lionne, une Aston Martin Vanquish au gris métallisé nacré et aussi aux vitres teintées suivait le SUV. Michaël sentit son estomac se serrer car la peur l'envahissait, la peur car il ne comprenait pas ce qui se passait.
Pendant onze années, hormis ses rêves érotiques, il ne s'était jamais passé quelque chose d'aussi extrême et incompréhensible. Depuis son épaule gauche, une sacoche en bandoulière valsait le long de son dos dans le vent. Mika s'en saisit entre deux violentes secousses de la MT-09, crissant des pneus en dépassant un 4x4 qui pila sur le coup. À l'intérieur de cette sacoche se trouvait un revolver à six coups, un carnet de notes, une bouteille d'eau et un portefeuille attaché avec un élastique à un passeport. Michaël faillit renverser le contenu de la sacoche au moment où la pilote frôla les bordures d'un ralentisseur. Il la referma en posant sa main droite dessus et s'inquiéta tout à coup de la direction qu'ils allaient prendre. Où étaient ils ? Où allaient-ils ? Michaël se posait évidemment ces questions. La pilote s'engagea dans un virage dangereux menant à une avenue qui longeait un fleuve. Après plusieurs centaines de mètres, la poursuite fit moins intense car le trafic était serré et il y avait de la place sur les nouvelles bordures de l'avenue. Mika pouvait observer par dessus l'épaule de sa pilote un grand pont traversant le fleuve, menant dans un grand quartier résidentiel périphérique à la ville. Quand la conductrice remarqua dans son rétroviseur que les Ducatis se rapprochaient, elle fit monter sa Yamaha en régime, retournant semer les motos dans le trafic. Les voitures ne cessaient d'êtres doublées de manière inconsciente. Michaël ne sachant pas quoi faire dans ce moment intense, ouvrit sa sacoche pour prendre son arme. Une fois la main dessus, il se mit à trembler en se disant que ce n'était pas le bon moment, et se saisit au final du porte feuille dans sa sacoche. Il l'a referma entre deux dépassements et jeta un œil à ses trouvailles. Il retira l'élastique qui liait le passeport au porte feuille et ouvrit le passeport en le plaquant sur le dos de sa protagoniste. En découvrant la photo d'identité, son sang se glaça. Surpris par ce qu'il considéra directement comme une hallucination, il lâcha par mégarde le passeport qui s'envola avec le portefeuille dans les tréfonds de son rêve.
Malgré la vitesse de la Yamaha qui ne cessait d'être intense, Mika observa une nouvelle fois ce qui se passait derrière, par dessus son épaule gauche, et remarqua que les Ducati s'étaient distinctement rapprochées. La conductrice, qui au même moment se rendit aussi compte de cet imprévu, doubla une file de taxis par la droite en s'engageant sur le trottoir, sans cesser d'accélérer. Mika réfléchit une seconde à ce que Leville lui avait rabâché pendant toutes ces années. "Chaque rêve a une signification très importante et chaque rêve sert à lutter contre les aléas de la vie." Ironiquement, il se mit à penser. " Et se faire poursuivre en moto ça veux dire quoi ? Qu'on a pas digéré le rôti du soir ou qu'on a trop abusé de Rock dans la journée ? ". La pilote continua de tirer sur sa poignée tout en esquivant les personnes qui n'avaient pas remarqués le bordel qui se passait derrière eux, sur le trottoir. Après un bref coup d'œil au dessus de l'épaule droite de sa pilote, il vit que le pont ne se trouvait plus qu'à une centaine de mètres, et ils s'en rapprochaient à une vitesse inconcevable. La conductrice freina sur la cinquantaine de mètres restant et s'engagea sur le trottoir du pont.
Étant donné le fait que la route passait de quatre voies à deux voies sur le pont, le trafic se trouvait extrêmement ralenti sur les trois cents mètres qui séparaient le fleuve des deux rives. Michaël trouva instinctivement que c'était une bonne chose, ce trafic dense ralentissait distinctement les grosses voitures qui essayaient de suivre le rythme des motos. Pour une raison que Michaël trouvait obscure, les deux Ducatis tenaient la distance. Elles se contentaient de suivre et d'observer plutôt que de les rattraper. - Et pourtant, sur route, ces deux cent dix kilos de monstres métalliques sont couplés d'un bicylindre Testastretta pouvant pousser leur vitesse de pointe d'origine' à 245 Km/h. - La souplesse et la tenue de ces motos pouvaient largement permettre aux assaillants de Michaël de les rattraper. Le problème avec cette éventualité : Chacune de ces Ducati ne comptaient qu'un pilote sur leurs selles.
Les pilotes des Ducatis, vêtus de tenue en cuir et de bottes noires, tout comme le casque qu'ils portaient – D'un noir mat et couvrant le visage d'une visière teintée d'un rouge foncé – . Michaël remarqua après plusieurs coups d'œils qu'à leurs ceintures se trouvait un holster contenant une arme de poing chacun.
Éveillé, après une action traumatisante et lui rappelant de mauvais souvenirs, Michaël faisait, s'il n'avait pas pris de comprimés avant, contractait une crise d'angoisse tétanique. Lui provoquant des tremblements semblables à de la convulsion et le plongeant dans une syncope qui pouvait durer plusieurs minutes, voir des heures. Mais il remarqua à cet instant que dans ses rêves, il ne faisait pas de crise d'angoisse. En regardant par dessus l'épaule droite de la pilote qui avait déjà traversé les trois quarts de la route traversant le monstre de métal qu'était le pont, Michaël constata qu'un barrage de SUV noirs se formait, accompagné de quelques motos noires identiques à celles derrière cinquante mètres après le pont, bloquant le passage avec plusieurs hommes armés.
De l'autre côté du pont se trouvait un grand quartier résidentiel riche, remplit de grandes maisons aux propriétaires la plupart du temps en vacances au soleil ou en station de ski. Ces grandes maisons, dans le premier lotissement sur la droite, se trouvaient entourées de haies épaisses. Les deux Ducatis s’avancèrent en vrombissant, dépassant Michaël afin de bloquer la route sur la gauche alors que derrière eux grondait les trois grosses voitures aux vitres teintées. Sur la droite, devant la haie de la première maison aux côtés d'une toupie à béton, se trouvait trois bennes à ordures ; une avec des graviers ouverte sur l'avant, déversant du gravier par terre ; La deuxième était remplie de sable, versant de la même manière son contenu au sol mais sur le côté; Et dans la dernière se trouvait tout un stock de sacs de ciment. Ça avait l'air d'un chantier communal classique aux yeux de Michaël, des bennes, une toupie à béton, des sacs de ciment.
La protagoniste principale du rêve de Michaël plongea sa tête en avant et serra la poignée d'accélérateur en prenant le cap sur la benne à graviers. La vitesse de cette Yamaha MT-09 pouvait atteindre les 200 Km/h sans broncher, mais, au courant que les hommes en noir les attendaient patiemment, la Pilote se permit de rétrograder pour revenir sur une vitesse de 100 Km/h, la pilote se servit de la benne comme tremplin, dans l'idée d'être ralentie dans le gravier et en traversant la haie. Michaël se sentit voler comme dans ses rêves de sa toute jeune enfance, quand il tombait dans le vide. Couvrant son visage du bras et projetant l'autre en avant, il hurla dans la détresse. Un quart de seconde après, il fut fouetté violemment sur la totalité du corps par les branches et les feuillages des haies, il s'écroula sept mètres plus loin après plusieurs roulés boulés sur la pelouse artificielle d'une grande maison. En ouvrant les yeux, Michaël chercha sa pilote, mais il ne vit que la moto démembrée, déversant ses huiles et son essence, plaquée contre un mur de la maison. En se retournant vers la haie, une ombre, armée, cachait un des trous créés par la cascade. Cette ombre, Mika réalisa en voyant un casque dans son autre main et les cheveux danser dans le vent que c'était sa pilote, vêtue d'un ensemble en cuir et d'un maquillage discret mais tout de même "femme fatale". Dans une démarche pressée, elle s'approcha, saisit Michaël par le bras et le souleva d'une manière particulièrement brutale. Sans attendre elle l'emmena vers la grande baie vitrée de la maison, en pointant son arme sur le verrou de la poignée. BLAM. Elle fit glisser la porte vitrée sur le côté et entra à l'intérieur afin d'observer la première pièce. Le salon d'une maison magnifique ; Un lustre en cristal surplombant la pièce ; Des pots en céramique provenant de diverses cultures ; Une Télévision murale étonnamment grande disposée en face d'un canapé brun façonné de cuir et de daim sur lequel plusieurs coussins étaient posés ; Une table en verre centralisait la pièce, ornée d'un socle en fonte taillé en deux éléphants se chargeant mutuellement. ; Les murs en plâtre, revêtus d'un crépi d'intérieur, étaient ornés de plusieurs tableaux d'artistes célèbres. La Pilote chuchota quelques mots en russe, en pointant l'arrière du canapé du doigt avant de monter discrètement au premier étage, par les escaliers à l'entrée de la maison. Michaël comprit que c'était un ordre et qu'il devait se rendre derrière le canapé, caché. Il s'exécuta aussitôt, dans une démarche apeurée, la main sur son sac.
Michaël s'accroupit et remarqua qu'à sa hauteur, tout le long du mur couvrant l'entrée, se trouvait un meuble moderne en acier. C'est alors qu'il entendit dehors, en direction de l'entrée principale de la maison, des bruits de moteur se couper, de portières se claquer et des hommes parler entre eux.
Puis plus rien.
Un silence profond.
Un des hommes à l'extérieur brailla longuement un mot en russe, et Michaël entendit un bruit synchronisé de frottements métalliques. Cet homme hurla un mot russe sèchement, et une fusillade déferlante traversa la maison de part en part. Le jeune Solvetti avait l'impression de se trouver au cœur d'une guerre. La baie vitrée tomba en lambeaux, la poussière de plâtre remplit rapidement la pièce entre les éclats muraux, des bruits de verre brisés provenaient de la cuisine et la lourde fusillade matraquait la maison dans une chorale semblable à un tonnerre interminable. Les plumes de coussins virevoltaient au dessus de Michaël. Ils étaient en train de transformer les murs de cette maison en gruyère. Le grand lustre en cristal s'écrasa sur la table basse, les pots en céramique volaient en morceaux aux quatre coins de la pièce. Quelques secondes après, quand ils avaient tous vidés leurs chargeurs, Michaël entendit la porte d'entrée s'ouvrir subitement avec la voix de ces types, résonner dans la déchetterie qu'était devenue la salle de séjour. Michaël entendit quatre, puis cinq coup de feux provenir de l'étage, puis le bruit lourd de plusieurs corps s'écrasant sur le sol.
Et le rituel recommença, la voix de cet homme qui avait annoncé la fusillade gueula deux mots en russe, et le même bruit métallique, du rechargement des armes. Michaël entendit sur sa gauche, du côté de la baie vitrée, un groupe d'homme murmurer, marchant sur les bris de verre sur la pelouse artificielle. L'un d'eux rentra dans le salon tandis que ceux du côté de l'entrée mitraillaient tout l'étage. Ne voyant rien a signaler, il continua son observation en direction du canapé quand il entendit ses amis hurler, un par un, derrière lui. Quand il se retourna en direction de la baie vitrée, un long tanto japonais était déjà planté dans son thorax. Michaël entendit sa Pilote se saisir d'une des armes des ravisseurs, et rejoindre l'extérieur par la baie vitrée. Le brouillard épais provoqué par la poussière de plâtre empêchait de voir à plus de deux mètres dans la pièce. Ceux qui entendirent les cris des hommes se dirigèrent dans le salon tandis qu'une armée semblait rejoindre l'étage, à la recherche de la femme. Michaël était terrifié. Comment, après onze années de calme plat, être subitement "attaqué" par un rêve des plus étranges ? Il n'avait pas le temps de trouver des réponses. Des hommes retournaient les cadavres au sol dans le salon jusqu'à la baie vitrée, l'un d'eux chuchota quelque chose, à moins d'un mètre de Michaël, quand une salve de coups de feux fit tomber leurs corps, désarticulés. Soudain, tout ceux qui étaient à l'étage accoururent dans l'entrée. Une fois dans le salon, les russes se mirent à ouvrir le feu en direction de l'extérieur, et la fusillade était répliquée par une grande salve de coups de feux. "L'orchestre infernal." Pensa Michaël en se bouchant les oreilles. Il sentait sur le parquet le lourd poids des corps tombés au combat et se demandait comment cette histoire allait finir, est-ce que sa pilote allait survivre ? Après une bonne minute, Michaël retira les mains de ses oreilles, les coup de feux avaient enfin cessé. Il entendait un homme régurgiter au sol. Agonisant et semblant ramper dans le verre brisé. Il relâchait des râles digne des plus grands films de Georges A. Romero. Un coup de feu cessa cette comédie. Michaël se demanda alors. "Est-ce fini ?" Il agrippa le haut des dossiers du canapé, et fit dépasser son regard du haut du canapé. Une quinzaine de corps étaient éparpillés entre le salon, l'entrée et le début de la pelouse. Un homme, d'un costume trois pièce et accompagné de quatre autre hommes lourdement armés, pointait du bout de son bras, en direction du front de Michaël, un Colt M1911. Il soupira "Eto tsena, chtoby zaplatit", puis il appuya sur la détente après avoir murmuré "Boom".
En ouvrant les yeux, Michaël remarqua qu'il n'était que trois heures du matin. Il respira profondément et se frotta longuement le visage. Quelques minutes plus tard, il se mit en position assise, sur son lit, en se posant encore plus de questions que d'habitude. "Qui était ce type ? Et la femme en moto... putain mais c'était quoi ce rêve ?!" Sans perdre une seconde, Michaël se saisit alors de son Dreamcatcher. Il l'ouvrit à son marque page, et nota en hauteur "Vendredi 13 Ocobre 2017". Au bout d'une bonne dizaine de minutes, Michaël avait rassemblé les éléments les plus importants de son rêve "J'étais derrière une femme en moto tout le long du trajet, poursuivi par deux motos et plusieurs voitures. Après avoir longé un fleuve on a traversé le pont qui séparait la ville d'un quartier résidentiel riche. Une fusillade éclate dans la maison où j'étais allé me cacher et j'ai finit par me faire exécuter par un russe." Michaël avait la sensation de ne pas avoir bu pendant plusieurs jours. Il se leva et enfila ses chaussons, puis il se dirigea vers la salle de bain. En se lavant le visage et en buvant une gorgée d'eau, Michaël observa la couleur de ses yeux qui était d'un gris intensément plus brillante que lors de ses routines matinales. Il se les frotta et se regarda encore un bon moment avant d'éteindre la lumière et de rejoindre le couloir afin de se recoucher. Une fois dans le couloir, il remarqua une voix dans la cuisine. Il descendit les escaliers, et comprit, marche après marche, qu'il s'agissait de la télévision que Christiane avait du rallumer en rentrant du restaurant puis oublier d'éteindre en allant se coucher. Il s'approcha de la télévision qui diffusait un reportage animalier, et appuya sur "Fav" en se trompant de bouton. L'image changea alors pour basculer sur une chaîne d'information, Michaël posa le doigt sur le bouton "éteindre" juste avant qu'il entende :
"Il y a une vingtaine de minutes, à la suite d'une course poursuite, un des candidats ayant de grandes chances de succéder Vladimir Poutine, Zakhar Serov, a été retrouvé mort avec son garde du corps au milieu d'un massacre stupéfiant.
En effet, Zakhar Serov a été exécuté dans un quartier résidentiel à Tver, par un groupuscule dont nous tairons le nom considéré comme terroristes aux yeux du gouvernement Américain. Nous déplorons une vingtaine de victimes. Voici des images du lieu et une interview de l'inspecteur chargé de cette affaire."
Michaël sentit la chaleur monter en lui, la pression monter dans sa tête frapper comme un marteau, les tremblements jaillir subitement le long des doigts puis dans les deux mains lui donnant l'air de convulser comme un épileptique. Il se posa assis contre le mur de la cuisine, sur le sol, et écouta le traducteur qui parlait par dessus la voix de l'inspecteur..
"Nous avons réussi à l'identifier grâce au bloc note qu'il avait dans sa sacoche car il n'avait pas ses papiers d'identité sur lui. Zakhar Serov a été exécuté mais vous savez, le terrorisme frappe tout le monde aujourd'hui. Nous ne vivons pas dans un rêve merveilleux où tout se passe bien. Avec les multitudes de situations religieuses et politiques d'aujourd'hui, je ne suis pas vraiment étonné de ce qui arrive, la meilleure solution est de retrouver ceux qui dirigent ces groupuscules pour y mettre un terme..."
"Ce n'était pas... qu'un rêve..." Murmura Michaël en position fœtale sur le sol, tremblant nerveusement, tétanisé.