SEMAINE 4 : ECHELLE DE TEMPS
Sujet 2
mardi 28 février 2017
1 Heure
HelpingFR vs PIeinair
VOYAGE VERS QUATORZE HEURES
L’avion était secoué anormalement, à tel point que je décollais parfois de mon siège. Il n’y avait rien à quoi s’accrocher, aussi je regardai nerveusement les autres passagers dont je n’arrivais plus à détailler les visages.
Les secousses se font de plus en plus intenses, et arrive à mes oreilles un hurlement strident, mêlé à celui d’une déchirure. Il n’y avait aucun doute, derrière moi, l’avion venait tout juste de se séparer.
Je ferme les yeux dans l’espoir de ne ressentir aucune douleur. Un bref moment de néant se dresse devant moi.
Je sens soudainement de l’eau venir caresser ma joue. Je me lève en crachant du sable tout en essayant de fuir la prochaine glissade de la mer dans ma direction.
Je suis sur une plage. Autour de moi et je vois les débris de l’avion. Une aile se tient droite, tel un sinistre monolithe, à l’orée d’une jungle aux arbres bien plus hauts que la normale. De longues colonnes de fumée noires s’élèvent dans le ciel. Il n’y a pas de corps et je me sens horriblement seul. En contournant un morceau du fuselage, j’aperçois une forme humaine. Habillée en noir, je devine qu’il s’agit d’un prêtre. Il me fait dos et je décide de m’approcher lentement, tiraillé par une peur irrationnelle. Mon cœur s’accélère à chaque pas que je fais vers cet inconnu qui se tient, stoïque, au milieu du site de crash.
J’arrive à son niveau et m’apprête à lui taper l’épaule pour l’interpeler. Je n’ai pas le temps, car j’entends un craquement sinistre et je me rends compte qu’il s’agit de sa nuque. Son corps demeure figé, mais sa tête tourne. L’effroi m’atteint lorsque je constate qu’il n’a pas de visage. Je commence à reculer, lorsque je constate que les colonnes de fumée noire prennent vie et convergent dans ma direction. Les tentacules menacent de me saisir, mais c’est alors qu’une puissante vague balaye tout. Je me débats contre le courant qui semble aussi vouloir me broyer mais j’arrive à atteindre la surface. L’eau s’est calmée, mais l’île a disparue. Il ne reste à présent plus qu’un phare qui balaie les ténèbres nocturnes dans sa rotation monotone.
Je nage en direction du bâtiment, espérant m’y réfugier. J’arrive à des escaliers, trempé, et me dirige à présent vers les portes du phare. Elles sont deux fois plus hautes que moi, et un motif d’homme-sirène est gravé dans l’or qui les compose. A l’intérieur, il fait noir, mais j’ai bien trop froid pour penser à avoir peur.
Lorsque je m’enfonce dans l’obscurité, j’entends la porte grincer derrière moi avant de claquer bruyamment. Je me retourne vivement et essaie de les pousser mais je n’arrive à rien, je suis piégé. Des lumières s’allument, révélant une étrange machine, comme un stand automatisé, surmonté par un dessin de clown souriant avec un baffle en guise de bouche. Je m’en approche lorsque je remarque que la tête de clown comment à gonfler, à gagner du volume. Peu à peu, elle commence à occuper l’espace et elle délie une langue monstrueuse qui déchire les mailles du baffle. Elle était entièrement recouverte de crochets aiguisés et elle essayait de me happer. Je recule jusqu’à sentir la surface de la porte alors que la tête continue de grossir et que la langue se rapproche de moi. Un coup finit par déchirer mes vêtements, je sais que le prochain me prendra. Un crochet s’enfonça dans ma jambe et m’entraîna dans la gueule du clown.
Toujours accroché, je dévale des kilomètres dans une espèce de puit sans fin. La chute prend brutalement fin, et je me retrouve accroché dans une salle lugubre, la tête en bas.
Je regarde un peu autour de moi, et constate avec horreur que je suis entouré de corps humains plus ou moins reconnaissables. La pièce est lugubre, sale, les murs sont colorés de sang séché et de sang frais. Je regarde devant moi et voit une silhouette patibulaire s’acharner sur une femme avec un hachoir. Il arrêta sa besogne et se tourne vers moi. C’est mon tour.
Le visage de la créature n’a plus rien d’humain. Certaines parties avaient gonflées abondamment, d’autres étaient recouvertes de peau cousue sans soin. Le hachoir menace de terminer sa course dans mon ventre lorsque quelque chose explose le mur.
Le « boucher » est projeté sur le côté et maintenant, une fille me fait face, assise sur un téléphone portable qui lévite dans les airs et qui émet des sons de pots d’échappement.
Elle me tend une main amicale en disant d’une voix étrangement masculine avec un accent :
« Come with me if you want to live. »
Je saisis la main de mon sauveur qui me regarde avant d’ouvrir la bouche. Un Bip régulier et strident retentit alors.
Je me réveille brutalement pour me retrouver devant mon réveil qui m’ordonne de me lever. Sur l’écran, le trois venait de céder sa place à un quatre. Je suis soulagé d’être sorti de ce rêve étrange, mais également frustré car je ne connaîtrais jamais la fin.
Elle et lui
Rien. Rien ici. Rien là non plus. Plus le temps passe, plus une question me perturbe. Comment se fait-il que les chaînes de télévision se multiplient au fil du temps, alors que les bons programmes, eux, persistent à disparaître? Ah. Desperate Housewives. Si vous me posez la question, elles n'ont pas l'air si Desperate que ça. D'une façon ou d'une autre, je regarde quand même. Peut-être est-ce le fait de voir ce que je ne serai jamais? Une jolie femme, dans une jolie maison, avec un joli mari. Une femme avec pour seuls problèmes le choix cornélien à faire entre un yorkshire et un teckel, ou bien le livreur et le jardinier. J'achète.
La porte de la salle de bains est entrouverte. Le miroir me fait de l'oeil, me menace. Je n'ai pas besoin de lui, la télé est suffisamment cruelle. Elle me montre, plus subtilement, à quel point je suis fatiguée, et sale, et laide, et difforme. Toutes ces pimbêches à gros seins, elles me disent à quel point je suis désespérément plate et repoussante. La force du contraste. Si je le pouvais, je resterais là toute la journée, à manger des céréales devant des séries. L'envie de voir Simon m'en empêche. Simon, c'est un ami. C'est cet ami. Celui qu'on voit tous les jours, mais qui ne nous voit jamais. Celui qui nous parle sans nous entendre, sans nous comprendre, celui auquel on sourit, sans trop y croire. Il est magnifique. Un buste grec, les bras en plus. Il se montre à tout le monde, fièrement, mais on ne le touche qu'avec les yeux. Moi comme les autres. Ça me va comme ça. Pourquoi me choisirait-il plutôt qu'elles?
Entre lui et moi s'interposent le fond d'un bol de lait, le miroir accusateur de la salle de bains, une douche chaude et cinquante bonnes minutes. Une douche brûlante, finalement. C'est mieux. Ça ne change rien à votre corps dégoûtant, mais ça vous lave l'âme comme jamais. Je ne suis pas chanteuse, sous la douche, je médite. Je pense à tout et à rien, mais le plus souvent à Simon. J'aime à penser que mon corps est une plante, et je l'arrose avec espoir. Je passe mes mains sur mes hanches, sur ma poitrine, y cherchant des courbes nouvelles. Si quelque chose pousse, ce n'est pas très rapide. Peut-être l'année prochaine? La main dans mes longs cheveux noirs, j'espère qu'ils ne sèchent jamais.
Mais ils sèchent, et s'emmêlent, et s'empêtrent. Décevants, comme tous les matins. L'heure tourne, et avec elle le car, au coin de la rue. Je finis et sors en précipitation, plonge dans le salon pour y attraper mon sac à dos. J'enfile mes baskets, respire un grand coup et sors affronter le monde. Le froid, toujours aussi impoli de bon matin, m'accueille à l'extérieur d'un coup de fouet au visage. Le car est là. Les larmes aux yeux, je monte en évitant ceux du chauffeur. Formidable esquive. Forte de cette première victoire, je me retrouve face à face avec trente nouveaux adversaires. En même temps. Mon entrée fracassante a capté tous les regards. La place du fond m'appelle, et je me dirige vers elle au plus vite, évitant du mieux que possible les assauts à droite et à gauche, les crochets du cil, tacles de l'iris et autres coups d'oeil furtifs. Maudits soient mes parents de ne pas avoir acheté une maison proche du premier arrêt.
Enfin assise, à l'abri au fond, je me demande, une fois de plus, pourquoi la vie a voulu faire de moi cette chose étrange, incapable d'être ce qu'on attend d'elle. Pas foutue de marcher normalement, parler normalement, penser normalement. La risée de mes consoeurs, invisible aux yeux de la gent masculine. Quelqu'un rigole à l'avant. Est-ce qu'ils parlent de moi? Plus que quelques minutes. Si mes cheveux pouvaient se tenir droits, ne serait-ce qu'un instant, pour lui faire bonne impression lorsqu'il me verra.
Finalement libérée de la machine aux cent regards, je me dirige vers le bâtiment aux mille. Qui, qui seulement, a eu un jour l'idée de construire un lycée en demi-lune, à l'intérieur duquel tout est invariablement tourné en direction de celui qui entre? Un sadique, sans aucun doute. Marche droit. Marche droit, ne respire pas. Personne ne t'observe. Voilà les hyènes. On va dire que je ne les ai pas vues, elles vont dire qu'elles non plus. C'est plus facile pour tout le monde. Mais lui, où il est? Pas dans le hall, pas dans le coin habituel. Aux toilettes? Déjà la cloche sonne. Et s'il était absent aujourd'hui? Malade, ou simplement fatigué? Ce ne serait pas la première fois. Je peux peut-être encore sortir, attraper un bus, retourner devant ma télé, sous mon bol de céréales. Mais je dois en avoir le coeur net.
Education physique en première heure. Handball. Décidément une journée maudite. Résolue, je me décide à aller me changer. J'ouvre la porte vers l'antre de la sueur. À l'intérieur, les corps s'entrechoquent. Des abrutis se claquent déjà à coups de serviette. Deux autres se battent franchement dans les douches, pendant qu'un troisième considère en carressant le bouton l'idée de les arroser. Au milieu des cris, des claques et des chants, de l'odeur virile et des visions d'enfer, Simon. Rassurée, je m'avance vers lui et me laisse aller à penser qu'un jour, aujourd'hui peut-être, il me verra différemment. Il se retourne, me sourit, de ce sourire aussi fatal que salvateur. S'il pouvait rester ainsi, ne pas ouvrir la bouche.
- Hey, ça va? Fais-je, de manière aussi désinvolte que possible.
Il me tend la main. Je la serre.
- Maxime, salut mec! J'ai cru que t'allais encore rester chez toi. Quand c'est que tu coupes tout ça? Je te dis que ça te va pas, les cheveux longs.
Je sais, Simon. Je sais.
Helping :
Faut être sacrément courageux pour écrire un rêve, vu que 1- il y a pas véritablement d’enjeu 2- y a pas véritablement de sens, du moins construit. Et tu va full direction vers le « oh, tu sais, j’ai fait un rêve super chelou lundi, attends je t’explique… »
Du coup, c’est plus un exercice de style qu’autre chose, et vu le matériel sur lequel tu travailles, c’est pas si mal. Je ne sais pas trop si tu réutilises un de tes propres rêves ici, mais il y a pas mal de figures typiques (les clowns, les phrases de films). Le style est pas mauvais, mais c’est vrai qu’il serait préférable d’avoir un truc plus fouillé.
Pleinair :
Je m’attendais pas vraiment à ce que tu attaques un sujet pareil, donc comme d’hab avec tes fictions, tu surprends.
Outre le twist, qui m’a assez surpris quand même (positivement), y a du bon et du mauvais dans le style. J’ai trouvé la façon de représenter l’amour assez caricaturale par exemple :
Celui qu'on voit tous les jours, mais qui ne nous voit jamais. Celui qui nous parle sans nous entendre, sans nous comprendre, celui auquel on sourit, sans trop y croire. Il est magnifique. Un buste grec, les bras en plus. Il se montre à tout le monde, fièrement, mais on ne le touche qu'avec les yeux. Moi comme les autres. Ça me va comme ça. Pourquoi me choisirait-il plutôt qu'elles?
Mais j’aime beaucoup d’autres idées, comme le corps en plante et les autres comme « adversaire », le fait de considérer le monde extérieur comme un champ de bataille. J’ai cru voir une référence au panoptique dans la forme du lycée, mais peut-être que j’extrapole.
Je donne donc mon point à Pleinair
J'aime bien ton texte, pour un texte dont on comprend très vite l'enjeu il parvient bien à garder le lecteur alerte jusqu'à la fin (Puis le coup du phare dans ma tête ça faisait très bioshock donc très onirique)
L'idée de faire des transitions un peu brutales entre divers univers comme ça c'est quelque chose qui fonctionne bien avec le thème, je l'ai pas mal vu en films
En tant que rêve je trouve pas ça spécialement "réaliste", c'est typiquement le rêve comme on se l'imagine dans la fiction mais pas celui qu'on fait vraiment je trouve
Helping
Tu passes du passé au présent dès le début ?? Même chose au niveau du clown et plus loin après.
Bon, ces incohérences de temps sont très dérangeantes et m’ont empêché de me plonger complètement dans le récit. Celui-ci est assez saccadé, ça va vite, j’ai eu à peine le temps de m’imaginer une scène que l’on passait à la suivante. Des répétitions également.
Bon, je croyais qu’il était mort, en fait c’était un rêve. Pourquoi pas. Mais mis à part la fin, le thème de l’heure n’est pas exploité, malheureusement.
Le texte mériterait une bonne relecture pour accorder les temps et rendre l’ensemble plus fluide.
Veyli
Oh putain de merde
C’était déjà super prenant, et là sur la fin tu m’as scotché complètement !
Avec la petite critique de notre société actuelle qui va bien et tout, j’ai rien à redire !
(un peu plus de pecs la prochaine fois stp.
)
Mon vote va pour Veyli
Helping
très déçu, j'ai lu de bien meilleures choses de toi, là y'a des fautes, des coquilles dégueulasses, des problèmes de temps, une pauvreté générale des phrases, un manque de finition, une chute trop abrupte ... la forme, 0. Après le fond aurait pu être intéressant, je sais pas. Tu as fait ça en speed ?
Veily
sympa, il y a de belles images et le style a ses bons moments ! La chute m'a surpris, mais je suis pas très sensible au fond, un peu misérabiliste quand même. Mais c'est subjectif.
Le point à Veily !
Ouais, j'ai fait assez rapidement ce texte, mais j'ai essayé de m'appliquer. Au départ, je voulais faire troisième personne + passé, puis j'ai renoncé en passant à la première personne + présent, ça doit expliquer les problèmes de temps.
Et puis, l'idée était assez casse gueule et j'en avais conscience, mais j'avais quand même envie de tenter. A la base, je voulais juste reprendre un texte en l'adaptant à la sauce "une heure" mais j'ai pas eu la volonté de le faire.