Les feuillages s’éparpillent , quelques filets de lumière traversent la clairière. Un pas suivit d’un autre, il fait face à la poésie de la forêt, celle qui domine, celle qui fait perdre ses repères, celle qui ramène les hommes à leur juste place. Spectateur de la nature, il admire ce qu’il est possible d’admirer tant la beauté des lieux est grande. Un jeu de lumière , de silhouette imaginaire se dessine devant lui. Chaque tronc, chaque branche, chaque feuille de ce tout, constitue une oeuvre d’art pure. Le temps façonne ce que l’homme cherche à plagier. Les mètres passant, l’espace séparant chaque rangé d’hêtres s’ouvrait. Il ne reste désormais plus que quelques pas avant de laisser derrière lui cette douce symbiose entre l’homme et la nature
En face de lui, une berge, un ponton, du sable, mais surtout de l’eau. De l’eau rougeoyante, incandescente, s’étendant jusqu’à la pointe du coucher de soleil. Une barque sur sa gauche, du sable sur sa droite. il se dirige vers l’embarcadère. Il pose un pied sur le bois surplombant l’eau, un craquement, des ondes surgissent, la structure est fébrile mais il ne s’en occupe guère. Lentement il se courbe afin de s’étendre sur le flan, il replie ses jambes, plonge son regard dans la lumière, celle de l’inconnu. L’horizon est aveuglante, il ne sait ce qui s’y trouve, il sait juste qu’il est bien, là ou il est. Il pose son sac à coté de lui. Des formes se dessinent dans les reflets de l’eau. Un mélange entre ciel et terre, une harmonie parfaite.
Il se revoit simplement chez lui, la veille, assit à la table parentale , à l’écoute d’une énième morale. Il se devait de partir, tout quitter, ne penser qu’à se qu’il avait de plus cher, son esprit, sa liberté d’être. En fermant la porte, estomac et tripes s’étaient nouées. Sac à dos sur l’épaule il ne pouvait plus faire demi tour, sa vie en dépendait. Lorsqu’il mit un pied en avant, une force intérieur le guida sur les bords d’un lac splendide.
La peur lui laisse un temps de répit. Maintenant il peut vraiment profiter de ce qu’est le bonheur, le bonheur de ne rien être, de ne plus compter, de ne plus apparaitre. Etre caché, dissimulé du monde, être encore plus vivant. Il ferme les yeux. Ombres et volutes continuent de défiler derrière ses paupières. Il ressent ce qui se dresse devant lui. Ne plus prendre garde à quoi que ce soit, imaginer la vie, imaginer la paix, tout ce que les autres ont oublier de considérer, lui il l’imagine, le réinvente. Etre le seul à percevoir sa réalité.
Il se perd dans lui même, entrouvrant un oeil afin d’admirer un morceau de beauté pure. Par impulsion, il sourit légèrement, il est bien là où il est. Il se remémore, souvenirs après souvenirs, tout ce qui a pu être beau dans sa vie. Il ne veut pas comparer, il veut simplement inclure, inclure ses expériences pour pouvoir les sublimer. Prendre du recul sur ce qu’il a vécu, sur ce qu’il est et essayer de comprendre qui il pourrait devenir après chaque seconde passée à réfléchir de son existence. Il use de ce moment magique pour exclure toute pensée négative de son vécu, il veut tirer du bon du passé sans salir le présent.
Apaisé, il réouvre les yeux, le soleil glissait sous la ligne d’eau qui avait reprit sa couleur habituelle. Il saisit son sac. Un craquement. Son sourire ne disparait pas, c’est comme s’il faisait maintenant entièrement parti de son être. Avec élan, il se leva, le soleil avait disparut. Un dernier craquement, il disparut lui aussi à son tour.
Ni peur, ni hantise, ni responsabilité, c’est que la vie lui a donné le temps d’un couché de soleil.