Un épais manteau blanc recouvre les plaines habitées du bourg, les chevaux sont partis et seuls les bruits irréguliers des lignes électriques viennent casser la tranquillité de cette campagne. Les oiseaux dorment encore, la fine couche de rosée figée se décide à rester quelques heures de plus, le temps est calme, d’une froideur certaine mais inimitable. C’est dans ce paysage fixe que son coeur se confond le plus. Imperturbable, inébranlable, c’est à la fois le réconfort d’une vie tranquille et la sécurité d’une existence sans soucis. Au milieu de cette nature imposante, il se sent à sa place, dans un coin, là où il ne dérange personne et où personne ne peut le déranger. Derrière ce paysage romanesque et cette mise en scène routinière une part de son être se dit qu’il n’a pas atteint son but. En effet, le bonheur solitaire est là, sans craintes, impôts et crédits payés, taxes honorées, tout semble être à sa place. A une exception près, lui. Il est heureux d’être là où il est mais la tranquillité de cette paisible campagne se transforme peu à peu en solitude, de plus en plus morbide. Les idées courent, certaines sont cohérentes, d’autres sont pures folie, aucune ne trouve sa finalité, ni dans la réflexion ni dans l’ignorance. Il s’imagine qu’accompagné, ses idées, ses valeurs se retrouveraient bousculées, réinventées. Cependant, la monotonie de sa vie ne laissait pas place à quiconque aurait décidé de s’aventurer dans son monde. Il a peur, peur de ce qu’il ignore, peur de tout perdre, tout ce temps passé à penser, il s’imaginait, il veut s’imaginer qu’il n’a pas fait cela pour rien. Au fond de lui, résolu à penser que l’on peut trouver les réponses aux questions de son existence par soi même, il préfère rester en retrait comme il l’a toujours fait.
Les saisons défilent, les unes après les autres, quelques repas de familles et banalités amicales viennent égayer sont quotidien, rien de bien profond. Il y a toujours un vide, sombre et froid, un cristal de glace dont les branches n’arrivent pas à fondre. Glacé, son coeur est en hibernation là où son esprit fait son possible pour le réchauffer.
Or, l’esprit n’est pas dans la capacité de réanimer un coeur, même rempli de bonnes intentions, il ne peut y arriver. L’essence de la vie, de la personnalité et du caractère ne suffisant pas il faut trouver un autre remède, soigner le mal par le mal. Il lui faut un autre coeur. La question n’est pas d’en changer mais de s’ouvrir, s’ouvrir aux coeurs environnants susceptible de le guérir.