La porte de la navette intra-cité s'ouvrit en grinçant, mal huilée et souffrant le martyre à cause de la pression des centaines de passagers tassés à l'intérieur. Je me fraie un passage à grand coups d’épaule dans la masse grouillante qui gît dans l’embarcation. On s’adapte à la bousculade du mieux que possible, silencieusement. Avec des secousses agonisantes, le vaisseau s’avance dans la route vers le prochain arrêt. Je m'agrippe fermement à une barre métallique pour éviter de me retrouver allongée par terre, à la merci des piétinements sauvages de la foule. Je suffoque sur place, la promiscuité étouffante des transports publics m’insupporte au plus au point. Je me raidis sur place, essayant le mieux possible de me concentrer sur mes poches, les pickpockets étant légion dans cette ville, surtout dans des lieux aussi exigus que les bus.
Ma paranoïa se dissipe peu à peu, je me plaît au balancements réguliers du véhicule. Je marche sur quelques pieds de temps à autre, mais je n'ai pas d’excuses à faire car on me rend la pareille quelques secondes plus tard. Le contrôleur braille fort pour que le gens qui viennent de monter le payent, mais la plupart font mine de ne pas entendre le bruit agaçant de sa caisse pleines de pièces de platine.
Après le malaise viens l’indifférence, je me colle à la vitre en face du portail de la navette, épiant curieusement ceux qui montaient et descendaient, des visages multiples au traits épuisés et lassés, d’autres louches et antipathiques. De vielles dames, à la respiration lourde mais au regard perçant se morfondent sur les sièges -ou plutôt ce qu’il en reste-, tandis que leur enfants piaillent gaiement autour d’eux, insouciants de la misère criarde qui les entoure.
Au prochain arrêt, une bande de jeune mis pied à l’intérieur, rigolant fort et maugréant plusieurs obscénités, sous le regard stoïque du reste des passagers. Je retiens un haut-le-coeur en les observant. Des êtres méprisables, à l'apparence méprisante, dégoulinant de fausse fierté et d'ego. Leur coupes mal famées et leurs tatouages faciaux hideux et sans aucune finesse finissent de m’écoeurer. Et dire que j’ai le même âge que ces ordures, mais je me sens à des milliers de lieues de ces immondices. Je juges peut-être, mais rien que leur regard transpire la morbidité infâme de leur culture et de leur esprit. A quoi s’attendre quand on traîne dans les bas-fonds de la flotte ?
Les lumières orangées de la ville éclairent l’intérieur du bus, éclipsant les timides néons blancs de celui-ci. Je détestait cet endroit, mais ces rayons diffus me faisait un bien immense, me rappelant les fameux mondes externes que je n’ai jamais visité, juste observés sur des photos durant mon enfance.
Je sens un regard se poser sur moi à ma gauche, et après un bon moment je décide de me retourner pour faire face à mon observateur. Une minuscule bouille d’enfant m’acceuillit. Elle devait avoir 3 ans maximum. Accrochée au dos de sa mère, elle m’épiait du regard. J'étais prise au dépourvu. Un petit sourire se dessinât sur son visage immaculé, relique d’une innocence que notre société à longtemps perdu. Je ne pus réprimer l’envie de lui sourire, comment résister à cette expression pure et sincère ?