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Liste des sujets

retour à rage

parasitelouve
parasitelouve
Niveau 1
19 juin 2016 à 22:58:35

Bonjour, je ne suis pas écrivain et c'est rare que je termine vraiment une histoire (je vends du rêve).
Je me suis inspiré des nombreux jeux flippants qui ont bercé mon adolescence.
Une histoire d'enfance perdue dans une ambiance de survival horror.
J'ai déjà envoyé le bousin sur un forum sf mais ce serait cool d'avoir aussi des avis de joueurs.
Bonne lecture.

Retour à rage
http://www.cjoint.com/doc/16_06/FFri51Mxu3t_retour-a-rage-coo1-.pdf

ggiot
ggiot
Niveau 10
19 juin 2016 à 23:05:04

Tu devrais poster le texte ici, c'est dans les règles :-) !

parasitelouve
parasitelouve
Niveau 1
20 juin 2016 à 08:32:32

mince, moi y en a pas être un habitué des forums. Mais le texte est trop long.

Gen0z
Gen0z
Niveau 10
20 juin 2016 à 17:41:06

Tu divises ton texte en chapitres et tu postes par chapitre :ok:

parasitelouve
parasitelouve
Niveau 1
21 juin 2016 à 11:14:00

rohhh je suis nul, merci.
bon on recommence du coup:

la ville puait.
Une odeur d'égout mélangée à celle d'une cave rongée par le salpêtre.
Hélycia redoutait cette odeur.
"quelle merde"
Une belle grosse merde qui pue, c’était l'image qu'elle gardait de Rage.

Rage, son enfance. Elle avait quitté la ville dans sa treizième année, le début de sa nouvelle vie, la fin des cauchemars.

La vielle Citroën passa devant le panneau "bienvenue à Rage"
"bienvenue dans la merde oui" pensa t'elle très fort.
Rage n'avait jamais attirée les touristes, il n'y avait rien.
Ni mer ni rivière ni montagne ni forêt ni parc d'attraction ni château aucun vestige historique, juste une immense merde de bitume sur laquelle avait poussé maisons, écoles, hôpitaux et autres constructions vitales qui avait permis à Rage de devenir une ville.
La légère brume qui avait fait son apparition à quelques kilomètres s'épaississait.
"Ça pue et j'y vois rien, bienvenue au pays ma grande"

Pour se réconforter un peu elle pensa au jour où elle avait quitté la ville pour de bon: assise dans le bus à côté de l'assistante sociale, Hélycia petite fille se sentait renaître à chaque centimètre qui l'éloignait de cet endroit, l'odeur d'humidité se faisait moins oppressante et le brouillard s'estompait doucement.
Elle avait fini par s'endormir et à son réveil elle avait vu le ciel et senti l'odeur de la vie, la vraie.
Pour elle le foyer de Valence était une sorte de paradis où elle avait enfin pu se sentir en sécurité.
Les autres gosses, ses amies, se plaignaient souvent de leurs conditions de vie, dortoirs sales, bouffe immonde et personnel trop strict mais pour Hélycia tout allait bien.
Elle souriait et apprenait à se contenter du peu qu'elle avait.

Jusqu'à ce jour elle n'était retournée à Rage qu'une seule fois, pour l’enterrement de sa mère.
Rien à foutre de perdre sa mère, par contre le fait de devoir refoutre les pieds sur la terre maudite pour s'occuper de la paperasse lui avait flanqué une telle trouille qu'elle n'avait pas réussi à dormir jusqu'à l’enterrement.
Elle ne gardait qu'un vague souvenir de cette journée, un aller-retour en enfer.
Elle savait depuis qu'il lui faudrait revenir une dernière fois, pour une ultime épreuve.
C'est ce qu'elle faisait aujourd'hui, tirer un trait sur son enfance, dire adieu au cauchemar.
Elle venait pour le décès de son père avec la ferme intention de repartir le plus vite possible et surtout ne plus jamais refoutre un pied à Rage.
Ne plus jamais y penser.

Le brouillard était devenu tellement épais qu' Hélycia préféra se garer le long d'un boulevard et continuer à pied.
L’hôpital n'était plus très loin mais la route l'avait fatiguée et elle ne voulait pas prendre le risque d'un accrochage:
"pas d'accident, pas maintenant, pas à Rage, je vais à l’hôpital je signe les trucs je fais ce qu'on me dit et je me tire d'ici jusqu'à toujours"
Elle pris son sac de fille et s’enfonça dans les ruelles étroites de la ville.
Pourquoi la lettre de l'office notarial lui fixait rendez-vous à l’hôpital ? Hélycia avait du mal à comprendre mais peu importe, elle n'était pas une experte de l'administration et n'avait aucune idée de la procédure normale dans un tel cas.
Juste ne plus revenir, jamais.
Cette idée l'obsédait et à chaque fois qu'elle reconnaissait un endroit elle souriait à l'idée de le voir pour la dernière fois, une ruelle à la con, un bar, un boulevard, une supérette, un petit parc pour enfant complètement délabré et enfin l’hôpital Manson.

parasitelouve
parasitelouve
Niveau 1
21 juin 2016 à 11:16:11

L'Hôpital

Hélycia marchait vite, le brouillard laissa deviner deux silhouettes devant l’établissement.
Elle ralentit.
Deux vieillards assis sur une murette jouaient aux échecs devant l'entrée.
La cigarette à la main, l'intraveineuse dans l'autre, les deux vieilles hommes sourirent à Hélycia qui continuait d'avancer vers eux.
Le regard perdu dans ses souvenirs, la vision des deux papys avait réveillé des sentiments douloureux chez la jeune femme.
"Bonjour petite"
"Salut Hélycia ça faisait longtemps"
comment était ce possible ?
Hélycia loupa une marche et trébucha, elle baragouina une sorte de bonjour et les deux anciens replongèrent dans leur partie sans chercher la conversation.
Elle avait déjà vu ces deux hommes de nombreuses fois avant, mais c'était il y a 20 ans.
"Je viens de dire bonjour à des putains de fantômes, comment ça se fait qu'ils soient encore vivants ? Et comment ça se fait qu'ils se souviennent de moi alors que à l'époque ils étaient déjà moitié séniles ? on les a avertis que je revenais ? "
Hélycia se retourna discrètement pour s'assurer de sa vision.
Ils étaient encore la et ne ressemblaient vraiment pas à des fantômes, tout semblait réel.
"et bin, je pensais pas qu'on pouvait vivre aussi longtemps, surtout dans un endroit aussi pourri que cette ville. "
Sans chercher à comprendre plus elle s’avança assez près des portes de l’hôpital pour qu'elles s'ouvrent et pénétra dans le Hall d'entrée.
Personne, ou presque,
"Hélycia"
un visage bien connu venait de l’appeler
"comment allez-vous jeune fille, vous vous souvenez de moi ?"
Comment l'oublier, il n'avait pas changé
" docteur gentil, bien sûr que je me souviens de vous"
elle devait tout à cet homme, il lui avait ré appris à vivre.
Une franche accolade du docteur lui fit fit couler une petite larme.
A 11 ans elle avait atterri à l’hôpital Manson dans un état pitoyable, elle était sorti du coma assez rapidement mais 6 mois après elle ne valait toujours pas beaucoup plus qu'un radis.
Tout doucement le docteur Gentil lui avait ré appris à manger, à parler, à marcher, à jouer et à rêver.
Rêver d'une vie meilleure, d'une vraie vie.
La petite fille avait pleuré le jour où on l'avait jugé apte à sortir de l’hôpital, sa mère était venue la chercher et elle avait dû abandonner la compagnie du docteur Gentil.
Mais il lui avait expliqué :
" Je dois m'occuper d'autres enfants Hélycia, d'autres petites comme toi ont besoin de mon aide.
on ne se verra plus mais je sais que tu t'en sortiras toute seule, tu comprends ?"
Elle n'avait pas répondu mais elle avait compris, elle avait pris la main de sa mère et marché d'un pas presque décidé jusqu'à la sortie de l’hôpital.
Elle pleurait de quitter la seule grande personne qui avait été gentille et compréhensive avec elle mais elle souriait car il lui avait donné l'espoir d'une nouvelle vie.

"contente de vous revoir docteur"
Les larmes lui montaient aux yeux et sa voie s'étranglait.
Le docteur rigola tendrement, sa voie était rassurante
"moi aussi je suis heureux de te revoir, heureux de voir ce que tu es devenue"
Hélycia voulut parler mais il la coupa.
"Je sais pourquoi tu es là, descend à la morgue, c'est au moins 2, signe les papiers, ça ne sera pas long, tu es attendue."
Après un franc sourire le docteur s'éclipsa par une porte à coté de l'ascenseur. Les retrouvailles n'avaient pas durées assez longtemps pour la jeune fille, elle n'aurait pas eu grand chose à lui raconter mais sa présence avait suffi à la rassurer.
Elle s’essuya les yeux et entra d'un pas presque décidé dans l’ascenseur.
"Allez ma grande, c'est presque fini "
Elle appuya sur le bouton - 2 mais lorsque les portes se refermèrent elle sentit l’ascenseur monter.
Hélycia regarda le bouton sur lequel elle venait d'appuyer il n'y avait plus écrit - 2 mais 5. Sur tous les boutons il y avait écrit 5 même sur l’arrêt d'urgence.
"non putain non"
Hélycia paniqua.

parasitelouve
parasitelouve
Niveau 1
21 juin 2016 à 11:16:32

Le 5éme étage

Le cinquième étage, le service pédiatrie.
Tout le monde doit se plier aux règles.
Elle connaissait mieux que n'importe quel enfant cet endroit et n'avait aucune envie d'y retourner.
Trop de souvenirs de mauvais souvenirs,, tous ce qu'elle avait voulu oublier.
Elle se mit à tambouriner sur tous les boutons afin de stopper l'ascenseur mais il continuait à monter, elle envoya de grands coups de poing à l'endroit où il y aurait dû avoir l’arrêt d'urgence mais elle continua de monter.
Elle se mit à sauter contre les parois dans l'espoir de faire stopper le bordel mais ça ne le fit même pas ralentir, ils continuèrent de monter.
Elle finit par s’ accroupir dans un coin, proscrite la tête entre les mains, moite de peur.

Une vraie montée aux enfers qui dura longtemps, trop longtemps, le temps qu'il fallait pour qu' Hélycia se souvienne... du règlement, des jeux, des gages et de tout le merdier.

Les enfants du service pédiatrie étaient soumis à des règles très strictes, elles n'étaient pas imposées par le personnel de l’hôpital.
Non, le docteur gentil n'aurait jamais permis des lois aussi sévères, le règlement était fait pour les enfants et par les enfants.
Ils s'étaient créés des interdictions, beaucoup d'obligations et des punitions très imaginatives.
Une hiérarchie s'était créée au sein des gosses et même pour accéder au rang le plus bas de l'échelle et être admis au sein de leur groupe il fallait passer par un bizutage violent imaginé en fonction de la cause de leur entrée à l’hôpital.
Chaque enfant qui fréquentait assez longtemps le service finissait par vouloir intégrer le groupe, personne n'aime être tout seul.
Un bizutage avait mal tourné.
Hélycia ne se souvenait plus du nom du garçon, il devait avoir 7 ans.
On l'avait emmené au cinquième étage suite à un grave accident de voiture.
Pour son intégration les enfants du service avait eu la bonne idée de lui faire revivre l'accident.
Ils avaient attendu une heure assez tardive pour ne plus croiser personne dans les couloirs, avaient attaché l'enfant sur son lit à roulette qu'ils avaient poussé le plus vite possible dans les escaliers.
Il était mort sur le coup.
La gendarmerie interrogea tous le monde mais le personnel soignant n'ayant pas du tout conscience d'une telle secte pré pubère au sein de leurs services on ne trouva jamais les coupables.
On interrogea aussi les enfants, mais ils ne parlèrent pas.
Quelque chose leurs faisaient peur.

"Quelle merde"
Après une interminable montée, les portes de l’ascenseur s'ouvrirent.
Hélycia vit le couloir de ses souvenirs, rien n'avait changé.
Le silence pesant, la lumière tamisée, personne en vue.
La porte d'une chambre s'ouvrit tout doucement, une fillette en pyjama sortit et se mit à courir silencieusement jusqu'au bout du couloir.
Elle s’engouffra dans une chambre qu' Hélycia connaissait bien. Elle y avait dormi pendant deux années.
Rien n'avait changé, les jeux étaient encore les mêmes.
Chaque nuit un des enfants choisi par tirage au sort devait rejoindre la chambre d' Hélycia sans se faire pincer par les infirmières et rester auprès d'elle jusqu'à ce qu'elle s'endorme.
Elle retenta d'appuyer sur les boutons des autre niveaux mais la porte de l’ascenseur restait tranquillement ouverte, le couloir était à nouveau désert et complètement silencieux.
Hélycia se releva, il y avait une issue.
Elle connaissait l'étage par cœur, les genoux tremblant, elle s’avança dans le couloir guettant le moindre bruit et d'un pas hésitant se dirigea vers la porte qui ouvrait sur l'escalier, tout à l'autre bout du service.
Chaque porte de chambre qu'elle dépassait lui rappelait des visages, des voies.
Un bruit.
Pas un souvenir, un bruit bien réel, des bruits de talons.
Ce son qui signifiait la présence d'une infirmière dans un des couloirs du service lui glaça le sang.
"l' HOMORF, putain l' HOMORF" elle laissa tomber son pas discret et piqua un sprint jusqu'à la porte de l'escalier, un panneau y était accroché ou une écriture d'enfant annonçait:
"Escalier en panne"
Hélycia ouvrit la porte et descendit les marches à toute vitesse, elle n'entendait plus le son des talons.
"Escalier en panne, n'importe quoi, du calme Hélycia du calme.
L' Homorf n'importe quoi, je déraille là, calme toi ma grande calme toi"
elle ralentit son allure et essaya de compter combien d'étages elle avait descendus.
"4 je crois"
Elle sortit de ses poches son paquet de clope. Voila ce qu'elle allait faire, ressortir par le hall, rejoindre les deux papys dehors qui avaient été si gentils avec elle à l'époque et discuter avec eux en fumant une clope.
Parler de tout et de rien mais il fallait qu'elle sorte de l’hôpital, elle attendrait le docteur Gentil et..
un bruit à l'étage supérieur la fit sursauter. Un grand bruit de ferraille qui dégringole.
"un lit, non... le gosse, PUTAIN"
Elle sauta les dernières marches qui lui restaient à descendre et se précipita sur la porte de sortie.
Elle entendit le bruit du lit se fracasser juste derrière elle.
La porte de l'escalier se referma sans qu'elle puisse se retourner pour regarder derrière elle.
Elle s'attendait à se retrouver dans le hall d'entrée mais elle n'avait pas quitté le cinquième étage.
Des talons claquèrent à l'autre bout du couloir, une immense infirmière monstrueuse la fixait.
L' Homorf ressemblait exactement à la représentation qu'elle s'en était faite durant son enfance: son chapeau d’infirmière touchait presque le plafond, la blouse traditionnelle était remplacée par une combinaison moulante en cuir blanc tachée de sang, ses seins énormes semblaient la déséquilibrer, son visage était recouvert de bandelettes jaunâtre et les excroissances de chair moisies qui recouvrait son corps semblaient gesticuler comme des limaces sur lesquelles on aurait versé du sel.
L' Homorf leva son bras monstrueux et montra du doigt une veille cage de fer rouillée qu'elle traînait derrière elle, on pouvait facilement y rentrer un enfant.
Hélycia tomba à genoux, le regard vide, complètement paralysée par la terreur.
Elle ne bougea pas lorsque l’infirmière monstrueuse lui attrapa l'épaule.
Avec brutalité l'Homorf recroquevilla Hélycia dans la cage.
Elle eut l'impression d'étouffer en sentant ses poumons se comprimer contre ses genoux .
Elle haletait, cherchant son souffle, comprimée dans sa petite cage pendant que l' Homorf la trainait derrière elle. Hélycia s'évanouit.

Comment se pouvait-il que l' Homorf existe, c'était Hélycia qui l'avait imaginé, c'était aussi elle qui avait érigé la plupart des règles imposées aux enfants,
Hélycia était au sommet de la hiérarchie, la reine des abeilles qui avait su rassembler ses serviteurs en se moquant d'eux, en leur octroyant des droits ou en les leur enlevant, mais surtout en leur faisant peur.
Le simple fait d'être l'enfant la plus ancienne du service lui avait permis de se faire aimer ou craindre par tous les autres, lorsqu'un nouveau arrivait, le docteur Gentil envoyait Hélycia l’accueillir et lui expliquer comment fonctionne le service.
Le docteur pensait que ça aiderait Hélycia à ré intégrer plus facilement la vie en dehors de l’hôpital, mais elle se servait de ce premier contact pour se faire de nouveaux adeptes en leur faisant comprendre qu'il y avait les enfants qui n'avaient le droit à rien, pas de salle télé, de salle de jeux et qui se faisaient martyriser une fois la nuit tombée et les autres enfants, les privilégiés qui avait le droit au rab des cuisinières qui pouvaient veiller tard le soir et avait accès à toutes les salles de loisirs, puis elle leur parlait de l' Homorf.
Hélycia était là depuis longtemps, elle connaissait l'Homorf et ses rituels, quels couloirs le monstre préférait arpenter, combien d'enfants elle avait déjà attrapés dans son immense cage de fer et qui pourrissaient à moitié mort dans un coin secret du service, cela lui valait d’être respectée par tous.
Au début l' Homorf n'était qu'un cauchemar de plus pour Hélycia, mais elle le fit vivre grâce à une vieille infirmière assez grosse qui ne travaillait que la nuit et passait dans les chambres des enfants pour vérifier si ils dormaient bien.
Hélycia avait créé la légende, une immense infirmière monstrueuse qui parcourt le service pédiatrie la nuit à la recherche des d'enfants qui ne sont plus dans leurs chambres.
Et malgré cette horrible gardienne Hélycia obligeait chaque soir un enfant à la rejoindre dans sa chambre car elle avait trop peur de s'endormir seule. Elle s'amusait de leurs visages effrayés quand ils passaient sa porte.
Aucun enfant n'avait vraiment croisé l'Homorf dans les couloirs mais le bruit de talons de la vieille infirmières les avaient tous fait trembler dans le fond de leur lit.
Elle avait réussi à oublier tout ça, l'Homorf, les règles, les bizutages, l'enfant qu'ils avaient tué. C'était Hélycia qui avait tout organisé et c'était elle qui avait donné l'ordre aux autre gosses de pousser le lit dans l'escalier.
Mais après sa sortie de l’hôpital, après avoir quitté Rage, Hélycia avait réussi à oublier ce qu'elle avait été, un despote qui tyrannisait ses amis juste parce qu'elle le pouvait, juste parce qu'elle s'ennuyait.

Hélycia se réveilla.
Toujours dans sa cage, accroché à un vieux pic en fer qui sortait du plafond, elle se balançait dans une pièce sombre et elle se souvenait.
De tout ce qui avait pu se passer à l’hôpital Manson, tout ce qu'elle avait voulu oublier, les brimades, les coups, les moqueries à cause d'elle.
Elle se mit à pleurer.
La lumière s'alluma dans la pièce.
Le petit garçon.
Hélycia ne se souvenait toujours pas de son nom mais elle n'avait pas réussi à oublier son visage.
Il la regarda toute compressée dans sa cage et il lui sourit.
Hélycia se mit à pleurer.
Elle voulut parler, dire pardon mais aucun mot ne sortait.
Elle n'arrivait pas à s’arrêter de pleurer.
Le môme sauta et s'accrocha à la cage, se hissa jusqu’à la jeune femme, sortit une clé de sa poche et la glissa doucement jusqu'à la main d' Hélycia.
Il lui parla
"Ce n'était que des jeux d’enfants Hélycia, je sais pourquoi tu en es arrivée là.
Je ne t'en veux pas mais souviens-toi de moi, ne m'oublies plus"
Il se laissa tomber à terre et sortit de la pièce.
Hélycia en pleurant encore plus fort se tortilla pour glisser la clé dans la serrure de la cage qui s'ouvrit, elle poussa la petite porte et sauta.
Ses jambes ankylosées ne supportèrent pas atterrissage, elle s'effondra.
Elle attendit que le sang se remette à circuler, ses larmes coulèrent moins vite.
Les talons claquèrent à nouveau derrière la porte.
Elle reprenait le contrôle de ses pieds et se releva presque sans trembler.
Elle colla son oreille à la porte, les talons partaient vers un autre couloir.
Très doucement elle ouvrit la porte, elle reconnut immédiatement l'endroit où elle se trouvait. La pièce ou l' Homorf l'avait enfermée était la salle des repos du personnel soignant, les enfants n'avaient pas le droit d'y rentrer.
Hélycia courut vers le hall d’ascendeur, elle ne rentra pas à l'intérieur, pas encore il y avait quelque chose à faire avant de partir, mettre fin à la légende.
Le long de la cage d’ascenseur se trouvait une hache.
"putain de hache d'incendie"
Durant son séjour elle s'était imaginé plusieurs fois piquant cette hache, puis se rendre à la prison de Rage et tuer… son père, mais la hache était restée accrochée au mur, pour ce jour.
Hélycia se saisit du petit marteau de sécurité, brisa la glace et se saisit de l'objet qu'elle avait tant regardé enfant.
Les bruits de talons se rapprochaient, se dirigeaient vers elle.
Hélycia tenait sa hache à deux mains et cria de rage dés qu'elle aperçu la créature.
L'Homorf sembla surprise.
La hache s'abattit en pleine tête, le monstre s'écroula laissant échapper du liquide noir et épais en grosse quantité sur le sol, mais la jeune fille continua de s'acharner sur l’infirmière jusqu'à ce que celle-ci ne fasse plus de soubresaut.
L'Homorf était morte.
Hélycia resta un long moment regarder le corps monstrueux inerte de cette chose qu'elle avait crée.
Quand elle fut sur que jamais plus l'Homorf ne reviendrait elle regagna tranquillement l’ascenseur, les boutons avaient repris leurs chiffres normaux.
Elle appuya sur le bouton moins 2 et ferma les yeux, l’ascenseur descendit.
"Quelle merde putain"
Elle s'adossa contre une des parois, elle respirait fort mais ne se sentait pas nerveuse, elle avait l'impression d’être libérée, de tout ce qui c'était passé au service pédiatrie, elle avait créé une légende et venait de la détruire.
Elle repensait à toute cette période, comment elle était passée d'une enfant apeurée et affaiblie à une fillette tyrannique manipulatrice, menteuse et sadique.
Tout ça était fini.
Lorsque les portes s'ouvrirent Hélycia avait retrouvé tout son calme, elle sortit de l'ascenseur.

-2

Une infirmière assise derrière un bureau minuscule lui sourit :
"Hélycia, je vous attendais, ne vous inquiétez pas tout ira bien"
?
Elle sortit une feuille d'un de ses tiroirs, une feuille où une belle écriture avait tracé des mots incompréhensibles avec une encre rouge sombre qui ressemblait à du sang coagulé.
"Signez ici"
Hélycia signa, sans chercher à comprendre, elle était revenue à Rage pour s'occuper de l’enterrement de son père, on lui avait demander de se rendre à l’Hôpital Manson pour signer un papier à la con, alors elle signa.
L’infirmière la remercia et le mystérieux papier repartit dans son tiroir.
"Et maintenant ?"
"Et bien les pompes funèbres vont pouvoir récupérer le corps et procéder à sa destruction"
"Ok, et moi ?" je peux rentrer c'est fini pensa t'elle, quitter tout ce bordel et ne plus jamais sentir cette odeur de merde.
"Oui, mais si je peux me permettre mademoiselle vous devriez faire un détour par la prison et récupérer ses affaires personnels"
Hélycia ne répondit rien, cette idée lui glaça le sang.
L’infirmière surenchérit:
"Mon petit ami est gardien à la prison, il connaissait bien votre père et il m'a dit qu'il avait une passion pour l'écriture.
Ça peut peut-être vous intéresser de récupérer ses écrits ?"'
De quoi tu te mêles grognasse.
"Non c'est bon, je dois rentrer"
Toi aussi tu veux un coup de hache ou quoi ?
"Très bien, au revoir alors en espérant que ce soit aussi simple que ça"
"Au revoir" comment ça aussi simple que ça ?
Hélycia reprit l'ascenseur, traversa le Hall et quitta l’hôpital.
Elle s'alluma une cigarette et s’arrêta devant les deux vieux joueurs d'échecs, elle discuta du temps qu'il faisait et des souvenirs qu'ils avaient pu partager ensemble.

parasitelouve
parasitelouve
Niveau 1
21 juin 2016 à 11:17:04

Embrouteillage

Partir, maintenant.... peut-être pas.
Cette aventure à l’hôpital avait été rude mais Hélycia n'était pas si ébranlée que ça, elle se sentait au contraire presque soulagée.
Elle salua ses deux vieillards et repartit tranquillement en direction de sa voiture, le brouillard s'était levé et l'odeur de Rage ne la dérangeait plus autant qu'à son arrivée.
Hélycia se demanda si elle aurait le courage d'aller jusqu'à la prison quand un bruit strident lui fit lever les yeux.
Quelque chose survolait la ville, une silhouette féminine avec de petites ailes difformes tournoyait à une centaine de mètre d'elle.
Les passants autour d' Hélycia semblaient avoir entendu la créature mais personne n'avaient l'air de s'en inquiéter.
Elle regarda la harpie tourner en rond.
"Ok, je rentre. Rentrer tout de suite.
Je m'arrache de cette ville à la con"
Elle courut le plus vite qu'elle le pouvait.
La voiture était encore là, soulagement.
Elle démarra et partie pleine balle.
Demi tour, elle quittait Rage.
Enfin.
La circulation sur le boulevard était moins fluide qu'à l'aller et un peu avant la sortie de la ville Hélycia se retrouva coincée dans un bouchon.
Des centaines de voitures à l’arrêt complet s'étalaient sur la voie rapide.
Elle soupira puis s'alluma une cigarette.
"Il faut que je me casse de cette putain de ville"
Les souvenirs affluaient, son père, sa mère, les engueulades, l’hôpital, les services sociaux, le foyer, la cave, la putain de cave.
Elle alluma la radio et essaya de se concentrer sur le bulletin météo.
En tapotant nerveusement sur son volant elle regarda les autres conducteurs bloqués dans le bouchon, elle vit des visages impassibles, aucun signe de frustration.
Les habitants de Rage devaient être habitués.
Même au bout de 30 minutes sans avancer d'un mètre aucun coup de klaxon ou aucune voiture filant sur la bande d’arrêt d'urgence.
Une deuxième cigarette et les souvenirs continuèrent, plus violents.
Hélycia se mit à pleurer, les mains cramponnées au volant elle se laissa complètement aller et hurla dans la voiture.
Cette putain de cave, le procès, l’hôpital, le lit dans l'escalier, le petit garçon, l'école à la con.
Le front sur le volant, elle se laissait submerger pas ses souvenirs en priant pour qu’enfin les voitures devant elle se mettent à avancer.
Une troisième cigarette, Hélycia sortit de sa caisse.
Il devait y avoir un accident un peu plus loin, voila maintenant une heure qu'elle avait coupé son moteur.
Elle regarda autour d'elle, aucun conducteur ne semblait étonné de la voir déambuler au milieu des voitures.
Ils continuèrent de regarder droit devant eux lorsqu'elle monta sur son capot pour essayer de voir jusqu’où allait l'embouteillage.
Un bruit sourd qu'elle venait juste de remarquer s'intensifia, une sorte de déglutition constante.
Slurffffffffffffflurffffffff...
Ce bruit la terrifia, cela lui faisait penser à l'aspirateur à salive chez le dentiste.
Un son écœurant, elle monta sur le toit de sa voiture pour essayer de voir plus loin mais la brume était revenue.
Le son se fit encore un peu plus fort.
Elle remonta dans sa caisse, ce bruit étrange devait provenir de l'accident qui avait du se produire plus loin, peut être une meuleuse ou un chalumeau qu'utilise les pompiers pour découper les voitures accidentées.
Le bruit était un peu moins fort dans la voiture.
Encore une cigarette.
Plus de radio, que de la neige sur toutes fréquences.
Elle ressortit et tapa à la fenêtre de la voiture voisine, le conducteur tourna doucement la tête mais n'ouvrit pas.
"Vous savez ce qui se passe ?"
L'homme ne répondit pas et la regarda bêtement.
Hélycia hocha la tête et partie frapper à une autre voiture, deux femmes se trouvaient à l'intérieur, aucune ne lui ouvrit la fenêtre ou ne répondit. Comme l'autre homme elles restaient complètement impassibles.
"Mais c'est quoi ce merdier"
Elle essaya d'ouvrir leur voiture mais la porte était verrouillée, elle se laissa emporter par la fureur et tambourina sur le pare-brise, aucune réaction.
La brume s'était retransformée en brouillard et l'odeur de moisi revenait.
Hélycia se sentit fatiguée, épuisée, blasée elle monta à l’arrière de sa voiture, verrouilla les portes, fuma une autre clope et s'endormit.

Elle fit un rêve étrange où elle suivait un enfant qui semblait perdu dans une rue sombre, elle se demanda si elle devait l'aider et finit par lui mettre la main sur l'épaule.
"Tu es perdu ? Je peux t'aider bonhomme ?"
Le petit lui répondit par un bruit de succion, un bruit vraiment horrible qui lui souleva le cœur.
Elle se réveilla en sursaut, le bruit résonnait maintenant dans toute la voiture.
Elle se redressa tout doucement, toujours dans les embouteillages.
Elle regarda la petite pendule sur le tableau de bord, 5 heures qu'elle dormait.
Le son de déglutition s'était rapproché, trop rapproché.
Il faisait presque nuit et le brouillard s'était épaissi, elle distinguait à peine les voitures autour d'elle.
Elle sortit craintivement de sa voiture, le bruit devenait tellement écœurant et l'odeur de moisi tellement forte qu'elle eut un haut le cœur.
"Quelle ville de merde"
Malgré le brouillard elle distingua une dizaine de masses noires qui avançaient lentement dans sa direction.
Elle remonta dans sa voiture et alluma les phares, elle hurla de terreur.
Des immenses escargots avançaient sur les voitures, leurs coquilles avaient la taille d'une maison et leurs corps dégoulinaient de bave.
Ils avançaient en rang serré dans la direction d' Hélycia.
Elle avait horreur des escargots, depuis que...
Pas le temps de se rappeler.
Elle se demanda si elle aurait le courage d'attendre qu'ils passent par dessus la voiture.
Ils avançaient, elle pouvait distinguer leurs antennes comme d'immenses tentacules qui semblaient fouiller dans les voitures.
L'escargot le plus près était maintenant à une quinzaine de voitures d'elle.
Elle le vit grimper sur un mini van qui se mit à fondre au contact de la bave qui coulait tout le long de la masse gluante. Lorsque l'escargot monta sur une autre voiture il ne restait plus rien du mini van.
Hélycia paniqua, elle démarra et essaya de se frayer un chemin en percutant violemment les voitures à l’arrière mais impossible de les faire bouger assez pour pouvoir passer, et les conducteurs ne réagissaient toujours pas, même ceux pour qui l'airbag s'était déclenché suite au choc.
"Laisse tomber"
Elle sortit de sa voiture et courut vers le centre-ville de Rage.
"Mais quelle ville de merde"
Elle stoppa net.
En face d'elle d'autres escargots.
Hélycia fit demi tour, elle avait aperçu un escalier qui descendait sous la voie rapide, elle l'emprunta et se retrouva sur une petite piste cyclable.
Un tunnel permettait au promeneur de traverser la route, elle s'y engouffra.
Aucune lumière n'éclairait le tunnel, elle n'y voyait quasiment plus rien mais elle se sentait plus en sécurité ici, les escargots étaient trop immenses pour y pénétrer.
Elle s’arrêta au milieu du tunnel et réfléchit.
"Je vais où putain ?"
De quel côté partir pour quitter Rage, où mène cette piste cyclable, fallait-il mieux attendre le jour car les escargots ordinaires vivaient surtout la nuit.
Entre les questions vinrent se mêler les souvenirs, les mauvais souvenirs.
Hélycia tomba à genoux, les putains d'escargots, partout.
Elle se souvint du bruit des coquilles écrasées.
La sortie des classes, les gamins de son école avec leurs sacs plastiques, qu'est-ce-que Hélycia leur avait fait, elle n'avait jamais compris.
Ils l'avaient complètement dénudée et l'avaient enfermée dans un sac rempli de limaces et d'escargots.

Hélycia avait 11 ans, ils étaient au moins douze et ne lui avaient laissé aucune chance.
Elle avait passé au moins dix minutes à se débattre en sentant les corps visqueux s’aplatir sous elle mais le sac était trop bien fermé.
Les gamins avaient bien prévu leurs coups, la ruelle qu'ils avaient choisie pour lui sauter dessus était toujours déserte.
Hélycia aussi le savait et lorsqu'elle comprit qu'elle ne pourrait pas s'échapper et que ses tourmenteurs étaient partis et ne comptaient pas la libérer, elle arrêta de hurler et de se débattre et se mit à sangloter.
Les corps visqueux qu'elle avait écrasés en se tortillant sécrétaient énormément de bave et le petit bruit qu'ils émettaient en agonisant traumatisa Hélycia pour le restant de sa vie.
Les escargots et les limaces encore vivants commencèrent à ramper sur le corps nu de la petite fille elle n'essayait même plus de les enlever, se contentant d'appeler à l'aide entre deux sanglots.
2 heures plus tard le concierge de l'école la délivra.
Hélycia ne lui dit pas un mot et lorsqu'il lui demanda ce qu'il s'était passé, elle s'enfuit en courant, traversa les deux quartiers qui séparaient l'école de sa maison encore nue, sous les regards curieux des rares passants.
Lorsqu'elle atteignit enfin sa maison elle dut se cacher dans la cabane à outils du jardin, les clés de la porte d'entrée étaient restées dans son cartable et le cartable était resté dans la ruelle.
Elle attendit en pleurant que sa mère rentre.
Et sa mère ne rentra qu’après la tombée de la nuit.

Une immense antenne fouillait l'entrée du tunnel, Hélycia trop perturbée par ses souvenirs visqueux n'avait pas entendu venir l'escargot.L' écho rendait le bruit de sa bave assourdissant.
Prise au piège, elle courut de l'autre coté du tunnel craignant qu'un autre escargot ne vienne lui bloquer l’accès.
Rien, elle les entendait partout mais n'en voyait aucun devant elle.
Elle continua sur la piste cyclable en trottinant.
Des lampadaires, elle devait être en train de retourner vers le centre ville de Rage.
"Je dois trouver un putain d'abris, vite"
Le bruit horrible des grands escargots semblaient plus lointain, soit ils ne la suivaient pas soit ils se déplaçaient trop lentement pour la rattraper.
Elle arrêta de courir et repris une marche prudente, gardant assez d’énergie pour piquer un sprint au cas où.
"Je connais cet endroit"
Un petit cours d'eau qui accentuait l'odeur de moisi.
"Le ruisseau qui passait derrière mon école, Ok au moins je sais où je suis"
Un cri d'enfant.

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