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Verdun Marron

Talibanski
Talibanski
Niveau 10
29 mai 2016 à 13:21:27

Salut les copains, voilà une petite nouvelle pleine de délicatesse et de bons sentiments. J'espère que vous allez bien vous amuser, hihihi ! Bonne lecture les petits loulous !

Verdun Marron

Je venais d'arriver à Amiens, ce lundi matin, sous un temps terrible. Franchement, il y avait de quoi faire se déplacer le dicton du mois d'Avril au Mois de mai, puisque c'est à cette période que nous étions ;

Plutôt en avance qu'en retard -une heure devant moi- je décidai de faire une halte dans un bar-tabac histoire de me taper un café-clope au calme. Je le sirotai paisiblement au milieu d'un bouillon culturel fort vivifiant, un œil sur les nouvelles du jour et l'autre sur mon sac à dos, au cas où l'un d'eux aurait la mauvaise idée de venir faire promener sa main pleine de ciment dans mon petit butin, lorsque la caféine et le tabac débutèrent une virulente entreprise de sape au fond de mes tripes.

L'envie qui me prit ce matin-là fut comparable, en terme d'horreur et de putréfaction, au grand carnage de Verdun, dont nous fêtions justement l'anniversaire quelques jours plus tôt... d'où ce parallèle un peu nauséabond. Cette violence intestinale, subite et soudaine, n'est connue que des amateurs de café-clope. C'est peut-être désagréable et pas très recommandable, comme habitude, mais tout un chacun devrait connaître cette sensation ; c'est la voie la plus courte vers l'acceptation de sa propre fin.

Je commençai à me tortiller sur mon siège, alternant les appuis fesse gauche et fesse droite, comme pour me soulager d'une pression. C'est une technique ancestrale validée par les plus grands incontinents rectaux de par le globe, une technique d'initié qui nécessite des années de pratique avant d'être parfaitement maîtrisé... et pour le coup, j'étais assez habile.

En fait, je ne faisais que retarder le moment fatidique. C'était laborieux mais je tenais bon coûte que coûte. Oh, c'était vain, bien sûr. À moins d'un miracle, rien ne pourrait empêcher cet orage d'éclater. Orage qui, n'en déplaise à Junger, serait de tout, sauf d'acier. Rien ne pourrait empêcher le gaz moutarde de se répandre dans les tranchées... rien ne pourrait empêcher les charognards de picorer les corps des mort pour la France... sauf que pour ça, philosophais-je, front dégoulinant, il n'y aurait jamais de célébration, aucune foutue cérémonie ni aucun devoir de mémoire : il ne resterait rien d'autre que le souvenir fétide d'un individu peu recommandable, soumis à un destin funeste et pourtant très prévisible. Lui-même bien au fait de ce qui lui pendait au nez – et pas qu'au nez-, il ne fit rien pour modifier le cours de choses, si bien qu'on le retrouva livide, froc sur les chevilles dans un taudis de province, enduit de ses propres fèces... quoique, il y avait peut-être une légende littéraire à brosser derrière tout ça, mais je n'aurais probablement pas le temps d'en esquisser les grandes lignes.

Ouais, ça allait arriver. Mais pas tout de suite. Repensant à la fin du paragraphe juste au-dessus, j'ai sorti une feuille et un bic, et j'ai commencé à gratter sur le bord du comptoir, à côté d'un ouvrier qui marchait déjà au cognac. Je poursuivais tant bien que mal cette laborieuse gymnastique sphinctérienne à vocation contenante.

Le projet ?

Gagner du temps, tout simplement. Je refusai que ma migration vers les sanitaires apparaisse comme trop soudaine. Hé ouais ! J'avais quelques notions en sociologie de comptoir et pour sûr que dans une communauté restreinte comme celle-ci, l'arrivée d'un pied-tendre s'inscrit clairement comme un événement qui peut soit virer soit à la farce, soit au drame, selon que le pied-tendre dégaine ou non son six-coups... sauf que là, je cachais une arme bien plus meurtrière, une arme qui grouillait en moi, un monstre brun et gluant... c'était comme si le mal s'était réincarné dans mes voies d'évacuations naturelles.

La tension régnait en maîtresse dans cette triste bicoque. Aucun des gars ne m'adressa la parole, pas même le tenancier, duquel je n'obtins qu'un vague borborygme au moment de l'expresso. Ils se contentèrent de m'encercler et de me flairer l'air de rien, en continuant leur discussions dans une langue que j'aurai juré étrangère. Je suis convaincu que si je les avais surpris en flagrant délit de reniflage, ils auraient soudainement vaqué à leurs occupations prolétarienne, en sifflotant tranquillement, illustrant ainsi l'inoffensif dilettantisme auquel ils étaient censés se livrer. Et le plus innocemment du monde, bien sûr !

J'attendis buste penché vers l'avant, jambe croisées, alternant fesse gauche et fesse droite pendant dix ou deux minutes. Les vents infâmes que je dispensais n'incommodèrent personne ; il régnait ici une atmosphère lugubre, comme si la mort rôdait. Alors j'y allais de bon cœur, par petites rafales boueuses, sans trop compromettre mon slip – du moins, je l'espérais.

Et enfin, alors que je ne l'attendais plus, mon salut apparut ! Là-bas, sur un écran au fond du bar ! C'était l'heure du tirage d'un jeu à la con, je ne sais plus lequel. Ils se détournèrent du pied-tendre aux entrailles torturées que j'étais, déportant leur attention sur les chiffres digitaux qui clignotaient sur l'écran, les comparant avec ceux qu'ils avaient coché sur leurs grilles respectives.

C'était le moment. Pas de précipitation. Un peu de professionnalisme, bon sang ! J'étais loin d'être un novice en terme d'état d'urgence et j'ose espérer que le sang-froid dont je fis preuve ce jour-là saura vous guider lorsque sera venu le moment de exfiltrer votre prochain chili con carne. Admirez donc un peu l'artiste ;

Je me suis calmement levé en fixant mes lacets, évitant ainsi les œillades malfaisantes du taulier bourru. Je me suis lentement courbé tandis que le tirage numéro soixante-six débutait sur la TV. J'ai paisiblement ramassé mon sac à dos et j'ai langoureusement passé la lanière gauche sur l'épaule idoine. J'étais discret, mais pas de cette discrétion qui en dit long sur votre culpabilité. Non, c'était plutôt de la désinvolture, de la légèreté... personne dans ce rade n'avait remarqué à quel point je pesais lourd à cet instant.

J'avais repéré la porte des water closed dès mon arrivée. Pas un bleu, je vous dis. Elle était là, au fond à gauche. La porte de mon salut, tout près, à seulement quelques pas ! Tous avaient le dos tourné et je voguai sereinement vers la lumière au bout du tunnel.

À cet instant, j'ai cru que j'étais sauvé. J'ai cru que j'étais un as du dépôt de bilan en milieu hostile. Hé ben, je me trompais. La pièce sur laquelle débouchait cette maudite porte n'avait pas de toit. C'était un jardinet dont les murs trop hauts avaient condamné d'office toute manifestation solaire. Je me retrouvai dehors, mais dedans, en somme. C'était du moins l'impression que j'avais et un sentiment très angoissant en découla, de façon très visqueuse, je dois dire.

Un tapis de planches de bois pleines d'échardes, en zigzague dans la terre crade semblait mener à ce qu'on appelle communément une cabane au fond du jardin. Je vous la fredonne pas, vous la connaissez. Elle était au bout d'un chemin qui n'était pas semé d'embûches mais qui était, en soit, une embûche à part à entière.

Faire demi-tour ? Pas question. Quand on licencie, on ne reprend pas l'employé sinon sous la pression, grâce aux médias... pas de syndicats pour les pause-caca. Alors j'y suis allé, tranquille, en regardant ou je mettais les pieds. Des vapeurs musquées frappèrent mes narines. Il pleuvait, il n'y avait pas de vent. L'odeur du pétrichor couvrait encore ce fumet apocalyptique qui me retourna l'estomac dès que j'eus ouvert la porte.

En essayant de respirer par la bouche, j'avalai une escouade de mouches ! Révulsé, les larmes aux yeux, je refrénai mon vomi et ramenai à mon gosier cet abominable liquide qui avait remonté ma trachée à cause du dégoût. Le plus horrible dans tout ça, c'est que j'avais aussi senti le relief des corps noyés de ces trois putains de drosophiles, dans ma gorge ! Ma pauvre gorge ! Elles étaient aussi remontées, ces sales bêtes, mais je n'eus pas le temps de les saisir pour les extraire de mon organisme, tout devancé que je fus par ce réflexe naturel.

Et quel stupide réflexe ! Quelle bienséance déplacée ! J'aurai très bien pu gerber ici, sur ce sol poisseux, sur ce mélange de boue, de merde, d'urine et de je ne sais quoi encore ! C'était immonde ! C'était infamant... et les toilettes... euh, je veux dire, le trou ! Pire encore, la fosse ! Oui, c'était bel et bien une fichue fosse, un rond découpé dans une paroi en plastique, et en dessous, un trou, un canyon rempli des défécations de plusieurs centaines de milliers d'itinérants... et il n'y avait rien pour se sentir, pas même une hampe de fortune...

Je m'adonnai alors à un numéro d'équilibriste compliqué, genoux fléchis, empêchant mon sexe – que j'avais fort long- d'embrasser les contours merdeux de ce chiotte d'infortune.

Des larmes coulèrent sur mes joues. L'enfer dans lequel je déversais mes expectorations brunes ne m'empêcha pas de ressentir le romantisme de la délivrance, bien que l'ambiance ternissait un peu le romantisme d'une conclusion si heureuse. Au final, et excusez-moi encore, c'était un peu comme le triomphe de Verdun acclamé par tous ses cadavres.

Je m'interdis de regarde en-dessous, question de survie ! J'entendis cependant un grand plooch ! Chute de plusieurs mètres, quand même... au moins deux mètres, je pense. Mon machin s'écrasait contre ceux des autres. Beark. Fatalement, j'avais contribué à la croissance du monstre le plus hideux, le plus ignoble et le plus fétide de l'univers... de ces créations si dégradante et si inconvenante qu'elle terrasserait le Kraken, l'Hydre ou n'importe quel autre petit joueur mythologique, rien que par sa senteur.

Évidemment il n'y avait ni P.Q, ni lavabo. J'allais devoir passer toute la journée, serrer des mains et soutenir des regards le plus sérieusement, tout en connaissant le degrés d'encrassement de ma rondelle. Cela me minait sévèrement, pire, cela m'amenait à de lugubres suppositions : forcément, au cours de sa journée, l'homme est amené à interagir avec des gens qui sont passés à la selle juste avant. Il faudrait un système, une appli ou quelque chose pour éviter ces gens-là. C'est tout de même immoral !

Donc voilà. Fort de ces considérations, je retournai au bar. Personne ne me remarqua. Obligé, ils faisaient tous semblant. Ou alors, ils étaient tous dans la confidence... je ne savais pas trop comment interpréter leur désintérêt. Peut-être avaient-ils honte ?

J'étais tout rouge, j'avais les larmes aux yeux et sur la route de mon stage je humai mes vêtements, persuadé que l'odeur s'y était incrusté.

Et toute la journée, je fis comme si rien ne s'était passé.

:)

LePerenolonch
LePerenolonch
Niveau 10
02 juin 2016 à 21:00:10

https://fr.wikipedia.org/wiki/Stade_anal [[sticker:p/1kki]]

Homm
Homm
Niveau 24
07 juin 2016 à 14:24:57

T'es qu'un putain de malade :rire:

J'ai bien aimé, je sais pas comment décrire ton texte, tu écris avec une légèreté manifeste, un flow presque oral, et pourtant ça demeure bien écrit, avec des tournures littéraires et du vocabulaires plutôt riche, c'est assez plaisant. Tu décris un truc dégueulasse de la meilleure manière, comme je viens de le dire, avec cette impertinence Yugoskienne et ce trollage, ce ton satirique caractéristique de ton oeuvre :rire:

Puis l'analogie (de rien pour le jeu de mot) entre ton démoulage de cake et une bataille meurtrière, un carnage, une boucherie sanglante, le tout raconté comme si tu étais en mission secrète pour te frayer un chemin jusqu'aux chiottes, bah ça m'a fait rire, j'ai souris tout le long du texte :rire:

Bref, c'était rigolo, je suis bon publique, les blagues scato sous cette forme je dis oui :hap:

Message édité le 07 juin 2016 à 14:26:29 par Homm
papy_yugo
papy_yugo
Niveau 9
07 juin 2016 à 14:47:40

Merci mon brave [[sticker:p/1kkl]]

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 07 juin 2016 à 15:39:12

Mais... mais c'est génial ? :ouch:
Félicitations, mon cher Yugo. Tu manies la plume comme on manie le fleuret, et tu m'as bien fait rire. :rire: C'est un texte d'une grande intelligence (si si je te jure), faire rire est difficile, et faire rire avec du caca sans tomber dans le scatologique l'est encore plus.
Bravo ! :rire:

papy_yugo
papy_yugo
Niveau 9
07 juin 2016 à 16:21:32

Thanks, Caramel [[sticker:p/1lmh]]

content de t'avoir fait rire, c'est ce qui me rend le plus heureux au monde !

LePerenolonch
LePerenolonch
Niveau 10
07 juin 2016 à 17:53:05

Bon ton texte m'aura valu une agression par un énergumène, un renoi sombre, qui aurait amplement mérité sa place dans tes récits

sinon j'ai bien aaimé ton texte , même si je n'ai pas eu de wonderbarres de riren quelques sourires ont egayés ma face

papy_yugo
papy_yugo
Niveau 9
07 juin 2016 à 18:17:22

Une agression ? tiens donc, développe ? quel rapport avec mon texte ?

Si je peux faire rire et sourire c'est bien, mais alors, si je provoque des agressions [[sticker:p/1jne]]

LePerenolonch
LePerenolonch
Niveau 10
07 juin 2016 à 19:47:15

cf le café littéraire

d'ailleurs pourquoi avoir encore choisi Amiens pour cadre ?

papy_yugo
papy_yugo
Niveau 9
08 juin 2016 à 12:58:30

Oui j'ai vu Lepereno, ton altercation avec ce renoi sombre :peur:

sinon pourquoi Amiens ? Et bien parce que l'histoire s'est déroulée à Amiens, pardi ! [[sticker:p/1lmb]]

LePerenolonch
LePerenolonch
Niveau 10
08 juin 2016 à 13:51:37

aaah :hap:

C'était quel café ? quel endroit ? :hap:

papy_yugo
papy_yugo
Niveau 9
08 juin 2016 à 14:25:22

Le 08 juin 2016 à 13:51:37 LePerenolonch a écrit :
aaah :hap:

C'était quel café ? quel endroit ? :hap:

Rue Jules Barni :hap:

Message édité le 08 juin 2016 à 14:25:38 par papy_yugo
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