Bonjour, ma chère Alijda.
J'espérais vous dire tout cela à voix haute, mais c'est impossible, donc il n'en sera rien. Cette lettre sera de ce fait le témoin des sentiments que j'éprouve à votre égard. Nul autre n'aurait pu le faire mieux, et je vous l'avoue franchement, pas même moi.
Si je vous écris, ma chère, c'est pour que vous compreniez. Vous vous trompez lourdement à mon sujet, et j'en souffre chaque jour un peu plus. Il est temps pour moi de vous faire connaître la véritable valeur d'un mariage entre nos deux personnes.
Je vous imagine aisément devant cette lettre, visualisant le mot mariage. Ne vous affolez pas autant, très chère, je sais que vous n'avez pas encore donné de réponse exacte à ma demande. Mais vous ne pouvez simplement pas refuser. À votre avis, pourquoi vos parents vous ont tant poussé vers moi ? C'est pour que vous acceptiez. Vous avez tout à gagner à me dire oui. Et tellement à perdre à me dire non.
Je sais d'avance que vous ne serez jamais convaincue par si peu. Il vous faut des raisons, des avantages, de l'amour peut-être ! J'ai tout cela. Et je suis prêt à vous le partager. Ma richesse plaît à vos chers géniteurs ; pas à vous. Je l'ai vu dans vos yeux, je l'ai lu sur votre corps lors de la visite de mon palace. Vous n'en avez que faire. Et pourtant, mon opulence, en ces jours sombres de guerre du pouvoir, vous ouvre toutes les portes.
Vous vivrez dans le luxe et vous habituerez rapidement – très rapidement – au faste et aux paillettes. J'adore les banquets, et si cela vous sied, je vous léguerai parfois les rênes de l'organisation. C'est un grand travail qu'est la tenue d'une maison comme la mienne mais je sais que vous serez à la hauteur et ce doit être avant tout et surtout un plaisir.
Les cuisines deviendront immédiatement vôtres, en tant que maîtresse de maison, et tous les domestiques vous obéiront au doigt et à l’œil. Vous verrez, se faire servir à toute heure et pour tout devient vite agréablement relaxant.
Pour ce qui est de l'hygiène, les gens de ménages sont toujours présents.
Ensemble, nous apprendront le merveilleux amour qui nous habitera, et notre passion fulgurante nous occupera de longues nuits chaudes durant. Vous allez aimer m'appartenir, ce n'est qu'une question de temps. Après cela, rien ne pourra plus nous séparer.
Il y a évidemment quelques conditions de ma part si vous acceptez le mariage. Il vous sera interdit sauf en ma présence de partir vous balader en ville, que ce soit pour une affaire urgente comme un tour de marché. Vous aurez l'interdiction formelle de ne serait-ce qu'adresser un regard à d'autres hommes que moi. Cela engendre votre enfermement dans vos appartements lors d'une soirée de gala où un repas entre politiques. Mais vous pourrez tout de même avoir le loisir de superviser ces différents événements au mieux.
La lourde tâche de femme, heureusement accompagnée de tous ses bénéfices, vous séduira dans un proche avenir, j'en suis certain. Il ne peut en être autrement. Dans cette optique, j'ai ainsi pris quelque moment tout à l'heure pour écrire à vos aimables parents. Je leur ai envoyé votre accord pour notre union, bien que point encore prononcé. Ils seront de toute évidence pleins de reconnaissance et de gratitude envers moi. Ce sont de bonnes personnes, ils savent ce qui est bon pour leur tendre et charmante fille.
Je profite de cette lettre pour vous annoncer une autre excellente nouvelle. Je suppose que vous vous souvenez de l'homme vous ayant demandé votre main il y a peu, cette créature misérable et miséreuse, ce vicieux petit personnage disant vouloir votre bonheur ? Et puis comment vous aurait-il rendu heureuse, de toute façon ? De sa vie, il n'a jamais fait plus que vendre de sales bols en terre cuite et vous voler de mon logis, alors que je vous montrais durant une semaine exceptionnelle tous les avantages de vivre chez moi ! Bref, ce scarabée dérangeant ne nous ennuiera plus, et il vous sera à partir de maintenant impossible de vous rendre chez cet amant de fortune. Nous l'avons exécuté hier au soir, alors qu'il tentait de pénétrer sur ma propriété. Pour vous sauver, as-t-il dit. Pitoyable.
Oh, je sais comment vous allez réagir. Vous allez pleurer. Cela ne sert à rien, ma chère, de s’apitoyer de la sorte. Il vous faut devenir majestueuse à mes côtés, et ne jamais tenter de dégrader ma réputation d'une quelconque manière. La honte de votre ancien statut social ne sera bientôt plus qu'un lointain mauvais souvenir. Vous allez vous élever, grâce à moi, et devenir ma femme, que vous le vouliez ou non.
Il va sans dire que votre beauté fut un grand atout lors de notre rencontre. Je m'étonne encore aujourd'hui qu'une enfant de si basse extraction se voie doter d'un si beau visage et de si précieuses formes. Mais j'ai depuis longtemps déjà mis cela sur le compte d'une divinité voulant m'aider dans ma création de descendants. Je n'ai qu'un espoir, c'est que votre corps reste le même après les multiples grossesses dont je vais vous faire grâce.
Le temps me manque de vous écrire une plus longue lettre, et de toute façon, tout est dit. Je vais faire porter cette lettre à votre chambre. Vous n'en sortirez pas avant la célébration du mariage, que je pense prévoir dans deux semaines. Plus vite nous seront mariés, plus vite vous comprendrez la joie d'être ma femme.
De plus, vous avez la stricte interdiction de parler de mes visites nocturnes à vos appartements à qui que soit. Si jamais quelqu'un apprenait que votre hymen fut consommé avant le mariage, je devrai le tuer avant que ma réputation en pâtisse, et serais dans l'obligation de vous faire fouetter pour que cela ne se reproduise plus.
Avec amour, au plaisir de vous revoir, votre humble et dévoué serviteur,
Jaridfa