voilà donc c'est un texte qui relate une orgie charcutière qui s'est vraiment passée, l'hiver dernier. Une histoire vraie donc, et une grosse fringale comme on en fait peu 
Bonne lecture et bon appétit 
Saucisson (s)
C'était un soir hivernal, les trottoirs gelés glissaient énormement. Je poussai la porte de la charcuterie et retrouvai ce fumet si précis. Mr. Guillaume me dit bonjour et me demanda comme ça allait. Je venais souvent, une fois tous les deux jours, à peu près. Il était gentil, Mr Guillaume, avec ses joues rouges et son grand sourire. Je lui dis que ça allait parfaitement bien, en frottant mes mains engourdies. Ça allait toujours à ravir, quand je pénétrais dans la Boucherie Guillaume.
Cette senteur...mmh... quelle douceur, quel délice ! Je pouvais décidement pas y résister !
Il me demanda ensuite si je voulais comme d'habitude. Je lui dis non, pas comme d'habitude, monsieur Guillaume, ce soir c'est un grand soir ! Cette annonce le mit en joie, évidemment. J'étais son meilleur client. Alors je vous écoute, dit-il en endossant une paire de gants.
J'énumerai ; un saucisson d'âne, un saucisson aux trois poivres, un saucisson au beaufort, un saucissson aux noisettes, un saucisson aux herbes, six tomates farcies, deux douzaines de tranches de rosette de lyon, dix tranches (fines) de mortadelles et, pour finir en beauté, vingt tranches (épaisses) de salami.
Dernière moi, une vieille dame s'impatientait. Je la voyais qui soufflait, je la voyais jalouser. Mr. Guillaume mettait du cœur à l'ouvrage, il prenait son temps, comme s'il pouvait entendre mes papilles ronronner. Un grand professionnel, ce monsieur Guillaume. Mais cette vieille dame me gâchait mon plaisir. Non sans narquoiserie, je lui proposai de passer devant moi, je dis à Monsieur Guillaume de s'occuper d'elle avant, puisqu'elle avait l'air si pressé. Elle déclina et s'en alla, honteuse.
J'en eus au total pour quarante-quatre euros cinquante. Je remontai à mon appartement et me mis au fourneau. En réalité, c'était un soir comme un autre, à cette exception près que j'avais vraiment très très faim. Sans doute la faute à l'hiver qui faisait augmenter mes dépenses énergetiques. Bizarre, car je n'avais pas mis un pied dehors de la journée.
Je divisai chaque saucisson sur une planche à découper, et les mangeait au fur et à mesure, si bien que lorsque j'avais fini de les couper, il n'y en avait plus. Mes lèvres étaient imprégnées de sel et de gras je les léchais. Le meilleur fut sans nulle doute celui aux trois poivres, très relevé et très doux à la fois.
Puis l'heure vint de mettre les tomates farcies au four. Je m'exécutai, et pour patienter, je me préparai un petit plateau repas avec la mortadelle, la rosette et le salami. Par chance, je tombai sur l'émission de Gordon Ramsay. Il reprenait en main un restaurant mexicain. Les burritos avaient l'air succulents.
Après vingt minutes, il ne me restait plus que le plateau à manger... heureusement, les tomates étaient prêtes. Je me levai difficilement de mon canapé pour les récupérer. Avidement, je léchai le jus qui dégoulinait sur l'aluminium que j'avais posé sur la plaque. C'était revigorant.
Les tomates farcies ne firent pas long feu. Quand j'engloutissai ma dernière bouchée, Gordon n'avait pas encore redressé l'enseigne mexicaine, en Californie. Certains plans montraient des rues baignées de soleil. Moi je préférais ma France froide. Je ne troquerai la boucherie Guilllaume pour rien au monde !