Salut à tous, voilà une petite nouvelle autobiographique en deux parties... bonne lecture 
I
Je n'ai plus peur.
Je n'ai plus peur car je suis avec eux et je sais qu'ils sont avec moi.
Je les vois depuis longtemps. J'ai mis longtemps à comprendre. J'avais peur la nuit, juste avant de m'endormir, ils marchaient, ils faisaient du bruit, ils me réveillaient. Dans ma chambre il y avait du parquet. Il craquait et ça me faisait sursauter
Les adultes se cachaient à temps pour ne pas m'effrayer mais les enfants ils étaient comme moi, en fait, insouciants. Ils se jouaient de moi et leurs rires me terrifiait. Pour eux, c'était juste un jeu...je ne leur en veux pas, ils pouvaient pas savoir...
La première fois que j'ai compris vraiment ce qui m'arrivait et la nature de la force qui m'animait. J'avais quelque chose comme douze ans, presque treize, je pense, ça s'est passé au début de l'été 2003 quand mon arrière-grand-père est mort.
Mon père l'adorait, il le considérait comme son père. Je l'ai jamais vu dans un pareil état avant ça. C'était le week-end, un dimanche matin je me suis levé et il vomissait dans les toilettes. On aurait dit un monstre qui se transformait, il poussait des gros cris. Ma mère pleurait dans le canapé du salon. Elle m'a dit.
« Papé est mort. »
Ma réaction l'a choqué parce que je n'ai rien fait. Aucune émotion sinon cette terreur muette qui s'exprimait sur ma peau et me donnait la chaire de poule. Aucune surprise. Je le savais déjà. J'ai dis ;
« Je sais, il est venu me voir hier soir. »
Elle a ravalé sa morve et s'est reprise en main ; face à un môme totalement flegmatique, elle devait se sentir pitoyable, la pauvre. Une montagne de mouchoirs humides trônaient sur la table. La télé était éteinte. D'habitude, elle était toujours allumé et, selon moi, c'était ce détail qui avait fortement contribué à ternir l'ambiance. Elle m'a dis ;
« Qu'est-ce que tu racontes ?
- Il est venu me voir hier soir, dans ma chambre. Il n'était pas là, je ne l'ai pas vu, mais je l'ai senti, je l'ai entendu.
- Arrête tes bêtises, tu me fais peur.
- Oh, t'inquiète, il faisait juste un peu froid c'est tout mais après je lui ai dis que j'étais fatigué et que je devais dormir et il est parti. »
Ma mère m'avait déjà emmené voir un psy à cause de mes terreurs nocturnes mais le psy n'avait rien trouvé tout simplement parce que je ne savais pas quoi dire, j'étais incabale d'expliquer ces ombres et ces rires d'enfants et ce parquet qui grognait... tout simplement parce que ça n'a aucun sens, de raconter des choses pareilles. N'empêche que, avec le regard qu'elle m'a lancé juste après mon aveu sur la visite de Papé, je me suis douté que j'étais pas loin de gagner un nouveau tour gratuit chez ce foutu psy. Du coup je suis vite remonté dans ma chambre et je l'ai bouclé bien sagement...c'était tout ce qu'on attendati de moi !
Ma seconde expérience, par contre, fut carrément traumatisante. J'avais seize ans. Pour canaliser mon émotivité hors-norme je fumais des joints, ça me détendait, ça posait sur mon esprit une sorte de voile protecteur, comme une serviette hygiènique pour éponger mes fuites macabres... disons que ça atténuait mes crises nocturnes, je m'endormais plus facilement, sans angoisse, sans me poser de questions. Et puis, aussi, ça me rendait plus sociable, on me prenait moins pour un malade dans l'école, j'étais un peu devenu ce qu'on appelle communément un mec cool.
Grâce à ça, j'avais trouvé une copine. Une jolie nana, Émilie. On fumait ensemble, dans le parc, on séchait les cours, j'étais en seconde, elle en terminale, on allait chez moi parce que mes parents bossaient toute la journée, on fumait et on jouait à la console... et on baisait.
Et quand je dis on baisait, je plaisante pas. Elle était hyper open, on faisait tout et n'importe quoi, toutes les positions bizarres qu'on voyait dans les films, tous les lieux... une fois, on l'a même fait avec une copine à elle !
Le problème, c'est qu'elle prenait pas la pilule. Elle est tombée enceinte et sa mère refusait strictement l'avortement. J'étais jeune, constamment défoncé, sur un petit nuage, à vingt mille lieux sous la réalité et je m'intéressais plus à son cul qu'à sa famille.
Monumentale erreur, comme on dit, parce qu'elle venait vraiment d'une famille chelou. Je me demandais pourquoi elle refusait toujours de m'emmener chez elle. La raison, je ne l'ai apprise qu'au moment ou j'ai dû rencontrer sa mère, les couilles dans un étau à cause de ce mioche que je ne désirais pas et dont je n'osais pas révéler l'existence à mes parents qui m'auraient assassiné sur place. La raison, c'est que ça mère était malade. Un sale truc.
C'était une grande famille, ils vivaient genre à sept ou huit dans cette putain de ruine, franchement, l'odeur de leur case c'était vraiment ignoble, les tapisseries étaient jaunâtres, il y avait de la poussière partout... J'étais ultra mal à l'aise. J'ai pu rencontrer deux de ses sœurs, son frère, son beau-frère... ils avaient tous des tronches étranges, Émilie était la seule potable.
Sa mère végétait dans la cuisine étroite, sur une chaise calée entre une table en bois et le réfrigirateur. Merde, que je me suis dis, qu'est-ce que c'est que ce monstre ? J'étais jeune à l'époque et malgré toutes ces dingueries que je vivais la nuit, il en fallait peu pour me flanquer la trouille.
À peine humaine. Toute jaune, sa peau coulait, emportant au sol ses paupières, ses sourciles, ses oreilles et sa joue...ses cheveux étaient gris-noir, secs et rêches comme de la paille...elle puait férocement, j'aurai pu m'évanouir. Et dire que c'était elle qui décidait de mon avenir ! Elle me forcait à garder ce gosse !
Je me rappelerai toujours de ce qu'elle m'a dit ce jour-là ;
« Tu sais, si tu ne veux pas le reconnaître, je ne t'en voudrai pas, c'est vrai que tu es jeune... »
Quand mes parents l'ont su, parce qu'Émilie a décidé d'aller les voir pour tout leur raconter, ils ont halluciné. Une fois qu'il m'eût assez savaté à coups de claquettes pour me punir de ma profonde connerie, il m'a dit ;
« Ah ouais, et tu accepterais de laisser une partie de toi, comme ça, dans la nature ? Elle est malade, cette femme ! »
Effectivement, elle était malade. Pas malade au sens folle, quoiqu'on s'en rapprochait sérieusement, mais malade, malade, quoi. Cancer du pancréas, ou un truc dans le genre, j'ai jamais trop su, je me suis pas intéressé, on va dire. C'est pour ça qu'elle voulait garder le bébé je pense, parce qu'elle voulait voir sa dernière descendance avant de clamser dans la souffrance et la douleur... Le stress et la douleur causé par l'avortement, imposé par mes parents ont précipité son trépas. Elle est mort à peine quelques jours après qu'on soit revenu des Pays-bas pour aspirer ce maudit mini-nous qui grossissait sans cesse dans le ventre de mon ex.
On s'est séparé genre une semaine plus tard. J'ai doublé ma consommation de beuh, j'allais plus du tout en cours, j'étais trop faible pour supporter ce genre de merde. Je n'étais pas le quart d'un homme, comme disait ma mère.
C'est là que les trucs bizarre ont recommencé.